Archives du mot-clef urbanité



L’expérience de la rue chez les jeunes comme forme extrême d’urbanité

Nous étudions l’errance des jeunes de 18 à 29 ans sur le territoire de Lille Métropole Communauté Urbaine, par la comparaison avec un groupe témoin de jeunes de milieu populaire qui s’épargnent l’expérience de la rue. L’hypothèse veut vérifier l’intelligibilité de cette expérience à partir de la déconstruction de la dialectique espace privé/espace public qui oscille entre deux positions limites : réduit à sa fonction instrumentale d’hébergement l’espace privé perd sa réalité amenant les jeunes à affronter l’espace public sans médiation ; la perte de maîtrise dans l’espace public entraîne la sociabilité à se dissocier du lieu où elle se développe. La naissance d’un enfant place les parents à la rue devant le dilemme du retrait de l’enfant ou du départ de la rue. L’expérience de la dérive place les jeunes sous la menace d’un retrait momentané de l’espace public, hôpital ou prison : vivre à la rue implique la reconstruction toujours inaboutie de la dialectique espace privé/espace public donnant lieu à une forme extrême d’urbanité toujours en chantier. Ballotté entre ces deux extrêmes, le sans-logis s’impose l’expérience qu’il voudrait initiatique, d’une urbanité transitoire et précaire.

Entre urbanité et ordre public. Une écologie de l’usage des places à Caracas

Observer les conditions citadines des activités, publiques des espaces et civiles des usagers sert à repérer les formes élémentaires de l’urbanité. Les enjeux socio-spatiaux deviennent ainsi intelligibles sans pour autant faire l’impasse de leurs corrélats conflictuels. Une ethnographie comparative des usages de la Plaza Caracas et de la Plaza Bolivar de Chacao permet de rendre compte de l’interaction entre lieux et liens à Caracas. Du statut métropolitain au communautaire, il est question de jeu d’échelles, de passages et d’ancrages, de désoeuvrement et de prosélytisme religieux, de sociabilités « ordinaires » et « programmées ». L’ordre public émerge comme objet sociologique à part entière grâce aux ouvertures cognitives d’une écologie de l’usage.

Une urbanité de confrontation. Regroupements de jeunes et gestionnaires de l’espace urbain

Les regroupements de jeunes sont à la fois divers et changeants, au gré de leur composition du moment, des espaces fréquentés et des contextes auxquels ils sont soumis. L’urbanité des situations est donc relative à ces différents facteurs. Cependant, les tensions qui traversent les rassemblements semblent mettre à nu une « hospitalité de confrontation », mêlant promiscuité socio-spatiale et souci de différenciation. D’une part, ils reposent sur une « gestion permanente du conflit potentiel », gage de leur survie. D’autre part, les sociabilités qui s’y déploient reposent sur une « familiarité a priori » qui atténue le devoir de catégorisation propre aux relations urbaines. Enfin, ils fonctionnent de manière centrifuge, mettant en mouvement les jeunes qui les côtoient. Ces qualités semblent faire du rassemblement un « espace public pratique », mettant à l’épreuve les rapports de dépendance ou d’autonomie des liens sociaux par rapport aux lieux.

Urbanités complexes : la fabrique des lieux « publics » aux Berges du Lacde Tunis

Les « Berges du Lac » constituent le premier jalon d’un mégaprojet d’urbanisation de la lagune de la capitale tunisienne. La formation d’un nouveau territoire urbain très favorisé ne doit pas conduire à penser mécaniquement que la fragmentation urbaine s’accentue à Tunis et qu’avec elle l’urbanité en est réduite à l’entre-soi d’une bourgeoisie émergente. Afin de mettre àl’épreuve cette interprétation trop rapide, cet article focalise sur les lieux marchands (bowlings, restaurants, salons de thé, discothèques…) qui ont éclos depuis 1997 et résument ce qui fait office d’espace « public », géré en fait pour l’essentiel par des entrepreneurs privés et contrôlé par l’État. Leur succès fulgurant doit à la mise en scène d’une modernité consensuelle aux référentiels fortement mondialisés. L’article montre que ces lieux marchands construisent une urbanité en mouvement qui, loin d’être figée, articule et intègre sans doute autant qu’elle exclut. Les liens sociaux qui en résultent, basés sur des réseaux résidentiels communautaires et affinitaires, sont certes pour une part influencés par le caractère élitiste de ce nouveau morceau deville, mais échappent également à cette forte qualification du territoire en autorisant en certains lieux une réelle mixité sociale.

Recomposition des liens sociaux en milieu rural. De la fréquentation d’espaces à la production de normes collectives ?

La diversité des usages de l’espace rural et la remise en cause du contrat social de l’activité agricole dans notre société invitent à nous interroger surles traces incertaines d’une urbanité entendue comme « modalité de bienvivre ensemble » appliquée au rural. Cet article propose une grille de lecture devant permettre de saisir les signes de la construction d’un lien social entre agriculteurs et non-agriculteurs à l’aune des manières dont les espaces http://www.espacesetsocietes.msh-paris.fr/wp-admin/post-new.phpsont investis par les individus ou les groupes sociaux. En considérant l’espace on comme facteur explicatif, mais comme contexte de l’action, trois référents analytiques sont tour à tour explorés pour questionner les relations sociales qui leur sont consubstantielles: « l’espace ouvert », le lieu et l’espace public.

La double révolution urbaine du tourisme

Cet article travaille l’hypothèse que le système touristique a provoqué une double « révolution urbaine » : la première débute au XVIIIe siècle et correspond au développement partout dans le monde de lieux urbains créés spécifiquement par et pour le tourisme : la station touristique. La seconde, plus récente (2e moitié du XXe siècle) est relative à l’imprégnation de plus en plus importante des villes par la sphère de la recréation. Pour cela, nous dégageons dans un premier temps un cadre théorique qui, à partir de travaux existant, propose une définition enrichie et complexifiée de l’« urbanité » et de l’« urbanisation ». Ce socle permet alors de réunifier dans une même réflexion les différentes modalités de participation du tourisme quant à la dimension urbaine des sociétés, ici plus spécifiquement envisagée à travers la qualité de ses lieux.