Archives du mot-clef urbanisation



Production culturelle et urbanisation : la scène Manguebeat à Recife

L’une des manifestations musicales les plus importantes au Brésil au cours des dernières décennies, le Manguebeat ou Manguebit, apparue à Recife, la capitale de l’état de Pernambuco, se diffuse au début des années 1990. En utilisant la notion de scène musicale, on souligne la composition du Manguebeat, basée sur l’articulation de sujets provenant de différents endroits de Recife, agglomération urbaine historiquement marquée par l’inégalité socio-territoriale. Nous présentons la méthodologie de recherche fondée sur la collecte d’informations primaires, à partir d’entretiens semi-directifs et de visites techniques. On observe que la Scène Manguebeat a renforcé la dynamique culturelle de Recife et l’appropriation de la ville à partir de la production culturelle. Avec l’étude du Manguebeat, nous voulons contribuer au débat sur les liens entre production culturelle et urbanisation dans la période actuelle.

La patrimonialisation à l’occidentale et ses conséquences sur un territoire africain. Porto-Novo au Bénin

Peut-on aujourd’hui parler de « patrimoine » en Afrique sans faire référence aux théories élaborées en Occident ? Cet article se propose d’analyser le cadre juridique et les actions mis en place au Bénin à partir d’un questionnement autour des significations attribuées à ce mot dans le cas précis de Porto-Novo. Si la « traduction » locale de notions exogènes est assurée par l’intermédiaire de l’École du patrimoine africain, les mesures adoptées pour sa sauvegarde et valorisation ne sauraient se détacher des valeurs et des objectifs promus par les institutions internationales et, depuis peu, par la coopération décentralisée.
Le patrimoine comme enjeu du développement local via le tourisme demeure une invention exogène dont les acteurs locaux s’accommodent, sauf exception, plus pour capter des financements que par conviction. Les projets se focalisent, pour l’essentiel, sur l’architecture et les monuments, mais connaissent auprès des Porto-Noviens peu de succès. Considèrent-ils que le patrimoine réside ailleurs ? De fait, en dépit des démarches participatives, les populations restent en marge du processus…

Intervention publique et développement à Hong Kong : un libéralisme en trompe-l’oeil ?

Le développement de Hong Kong a été souvent expliqué par l’attitude libérale de son gouvernement. L’article revient sur ce mythe en analysant les politiques d’aménagement de l’espace depuis les années 1950. La définition du libéralisme (sur laquelle s’appuient les autorités) est tout d’abord fournie. Il est ensuite montré que le gouvernement a pesé lourdement sur l’immobilier, en subventionnant indirectement environ la moitié des logements. Cette politique a permis la mise en place d’une politique de promotion des exportations, puis l’avènement d’une société de consommation. Paradoxalement, cette politique interventionniste n’a pas remis en cause le mythe libéral, les modes d’intervention publique utilisés échappant aux critères retenus dans la définition du libéralisme. Enfin, les changements en matière d’aménagement de l’espace après 1997 ont provoqué des difficultés économiques que Hong Kong a du mal à surmonter.

Du quartier au secteur, l’évolution des limites urbaines au Burkina Faso

Lors de la révolution au Burkina Faso, le nouveau leader Sankara imposa un nouveau découpage urbain pour rompre l’assise du pouvoir coutumier et faciliter l’avènement d’une nouvelle société. La gestion de l’espace est conçue comme une ressource au service de la révolution. À travers l’analyse du passage du quartier au secteur, dans une perspective diachronique, nous proposons une évaluation anthropologique d’un enjeu clef de cette politique spatiale et de ses conséquences aujourd’hui.

Batailles territoriales et symboliques autour de la muraille de Théodose II à Istanbul

La rencontre entre opérations de requalification urbaine et formes urbaines d’initiative populaire permet de poser la question du pouvoir de faire la ville, en particulier lorsque les formes spontanées, en dépit d’un rapport de force très inégal, parviennent à influencer durablement les opérations. C’est le cas depuis 1985 sur la muraille terrestre de Théodose II à Istanbul. Suite à l’inscription de la ville sur la liste du patrimoine mondial par l’Unesco, les opérations de dégagement et de « re-colonisation » par des formes d’usage clandestines se succèdent, caractérisant un processus de recomposition territoriale permanent et instable. L’article explore plusieurs pistes explicatives qui montrent la position paradoxale de la dimension historique dans les enjeux urbains et sociaux locaux, tiraillée entre reconstruction idéologique et refoulement.

Naissance et développement de La Bourboule : ville thermale neuve française exemplaire

La Bourboule est une petite ville agréable, de 2 000 habitants, située dans le massif du Sancy, au centre de la France. Qui pourrait penser qu’il y a encore 150 ans, elle n’existait ni sur le plan administratif, ni sur le plan physique ? Comment expliquer qu’un hameau de quelques âmes soit devenu une commune et une ville à part entière, dotée des équipements urbains les plus représentatifs ? La réponse, on la doit à la nature qui l’a pourvue de sources thermales et surtout à la société capitaliste qui les a exploitées. Par son action (d’où son surnom de « company town ») et malgré des tensions avec les autres acteurs, La Bourboule connaît un succès touristique énorme et acquiert tous les éléments d’urbanité.

Le rôle des pratiques sportives et de loisirs dans la définition et l’urbanisation des sites touristiques en France

Le développement conjoint du sport et du tourisme a donné naissance à l’exemple le plus marquant de construction urbaine ex nihilo avec les stations de ski. Au-delà de ce phénomène d’exception, l’urbanisation des destinations touristiques, définies par leur potentiel pour la pratique d’activités physiques de loisirs, est un phénomène à la fois plus diffus mais également beaucoup plus étendu. À travers les exemples des activités nautiques et montagnardes, nous mettrons en évidence le rôle moteur des activités physiques dans ce processus. Cette démonstration se centre sur les débuts de l’institutionnalisation des pratiques physiques et touristiques, à la fin du XIXe siècle, et s’appuie sur les archives et publications des sociétés d’encouragement de ces activités (Touring club de France, Club alpin français, Canoë club de France).