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Les classes populaires racisées face à la domination dans les beaux quartiers de Paris

Depuis 2001, la municipalité parisienne poursuit une politique de production de logements sociaux ambitieuse dans les beaux quartiers pour y loger des ménages de classes populaires. Cet article analyse les effets de ces mobilités résidentielles sur la production des rapports au territoire et à l’altérité de ces nouveaux habitants, en plaçant la focale sur les cohabitations perçues et vécues qui se structurent dans ce contexte de diversité imposée. À partir d’une enquête sociologique menée dans des immeubles sociaux du 8e arrondissement, il montre que ces habitants expérimentent une forte domination par l’espace qui articule des rapports sociaux de race et de classe. Ils s’y adaptent plus ou moins aisément et de manière différenciée selon leur trajectoire sociale et résidentielle. Alors que pour certains, s’inscrire en tant que minorités dans ce quartier est synonyme de marginalisation sociale, d’autres l’envisagent comme un levier d’ascension sociale, notamment à travers l’école et la sociabilité des enfants. Dans la pratique quotidienne, les sociabilités locales déployées par ces habitants représentent des ressources précieuses pour rompre leur isolement dans ce quartier, s’y ancrer, mais surtout, pour se préserver et résister à la forte stigmatisation à laquelle ils sont confrontés au sein de l’immeuble.

Pratiques linguistiques et parcours migratoires : une articulation complexe

La relation entre les parcours migratoires et les pratiques linguistiques révèle un lien complexe entre les langues parlées et la mise en place d’un sentiment d’appartenance territorial. En particulier, dans cet article on étudie comment le rapport privilégié à une langue régionale ou une langue d’immigration témoigne ou favorise un ancrage territorial. Parler la langue locale du lieu où l’on vit, du lieu auquel on se sent appartenir, c’est en quelque sorte donner une forme de légitimité supplémentaire à une inscription territoriale. Toutefois, ce sentiment d’appartenance à un territoire s’exprime de manière multiple. Il est plus ou moins mobilisé comme composante identitaire selon les parcours de vie et les situations personnelles. Une typologie des différentes formes d’articulation entre pratiques linguistiques et inscriptions spatiales vient éclairer l’interaction réciproque des parcours géographiques et des pratiques linguistiques et rend compte de la diversité des rapports à la langue et au territoire.