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Les copropriétés en difficulté dans les grands ensembles. Le cas de Clichy-Montfermeil

Tandis que les centres-villes se gentrifient et que la rénovation urbaine cherche à introduire plus de mixité sociale dans les Zones urbaines sensibles, d’autres espaces de concentration des classes populaires peu médiatisés apparaissent : des copropriétés en difficulté situées au sein de grands ensembles. Cet article rend compte de ce phénomène en se penchant sur une copropriété emblématique de ce problème : les Bosquets à Clichy-sous-Bois–Montfermeil (93). L’étude socio-démographique de cette copropriété de 1 500 logements bâtie en 1965 montre qu’elle accueille une population dont le positionnement social est tout particulièrement fragile. Or, l’analyse de l’histoire des Bosquets et des trajectoires de ses habitants révèle que loin d’être un refuge sécurisant, ce type de copropriété aggrave au contraire la précarité des classes populaires qui y sont logées. L’exemple des Bosquets est symptomatique d’un phénomène plus diffus qui se développe à l’échelle nationale à mesure que se développent les copropriétés.

Gentrification : un « concept » à déconstruire

La gentrification désigne le processus par lequel la classe moyenne s’approprie les quartiers centraux des villes dans une logique de l’entre-soi. En fait, les contextes urbains sont très différents ; les trajectoires résidentielles des entrants ou des sortants sont diverses ; les catégories populaires et moyennes concernées ne sont pas homogènes et ont évolué dans le temps.
La gentrification n’est pas le seul processus de localisation des catégories moyennes et se distingue de la création de nouveaux quartiers urbains qui attirent une population aisée sur d’anciens espaces industriels ou portuaires, ou encore des effets de filtrage de population qui découlent de l’augmentation des prix immobiliers dans les grandes villes.
L’« entre soi » est plus souvent une conséquence qu’un choix. Il rassemble les consommateurs des mêmes styles de vie ou « modes d’occupation », plus que les membres d’un groupe social.
L’opérationnalité de la notion de gentrification est donc très limitée.

Trajectoires résidentielles et choix électoraux chez les couches moyennes périurbaines

Les zones pavillonnaires périurbaines sont souvent considérées comme l’espace des couches moyennes par excellence. Depuis 2002 et avec les évolutions électorales récentes, s’est développée une tendance à la stigmatisation de ces mondes périurbains en raison des pratiques électorales supposées illégitimes de leurs habitants. Une enquête par questionnaire « sortie des urnes » réalisée lors de la présidentielle de 2007permet de discuter de la validité empirique de ce qui est souvent présenté comme des évidences scientifiques en matière de socialisation résidentielle et politique des couches moyennes. Son exploitation montre qu’en contexte périurbain comme ailleurs, les positions et trajectoires socio-résidentielles des habitants continuent de peser lourd sur leurs choix électoraux.

Le logement, facteur de sécurisation pour des classes moyennes fragilisées ?

Les classes moyennes font aujourd’hui l’objet d’une attention accrue, moins pour célébrer leur hégémonie que pour souligner les difficultés croissantes d’une partie d’entre elles. À l’issue d’une vaste enquête sur la population active en France, cet article montre les décalages existant entre l’appartenance aux classes moyennes sur la base du statut socioprofessionnel et les conditions matérielles de vie et de logement. En cause : la faible progression des revenus, l’augmentation des dépenses contraintes (au premier rang desquelles figure le logement) et surtout, le déclassement professionnel d’une partie des ménages des classes moyennes. Les fortes disparités internes à ce groupe accroissent la différenciation des trajectoires résidentielles. Trois type se dégagent nettement : les trajectoires ascendantes qui nourrissent une logique d’aspirations croissantes ; les trajectoires descendantes de ménages confrontés à une « logique de subsistance », au même titre que les fractions les plus modestes des couches populaires ; et, dans l’entre-deux, les trajectoires obéissant à une logique de sécurisation par le logement, tant sur le plan patrimonial, que social et statutaire.