Archives du mot-clef territoire



Territoires, offre de formation et expérience du décrochage scolaire : une étude de cas

La mobilisation autour de la question du décrochage scolaire répond à la difficulté grandissante rencontrée par les non diplômés à trouver un emploi. Les facteurs de risque individuels et familiaux sont aujourd’hui connus. Toutefois, une dimension moins explorée des inégalités de décrochage scolaire relève des spécificités territoriales dans lesquelles s’inscrit l’expérience scolaire des élèves. À partir d’une enquête quantitative dans le département de Loire-Atlantique, nous avons mis en évidence des différences significatives de motifs de décrochage scolaire selon l’offre de formation initiale en enseignement secondaire de second cycle. En distinguant trois types de territoires en fonction de leurs offres de formation, ce travail révèle que, paradoxalement, ce sont les territoires périurbains qui favorisent le cumul de motifs de décrochage.

Le centre commercial comme levier des politiques urbaines d’attractivité

Cet article appréhende le rôle des responsables politiques locaux dans la création des centres commerciaux. En s’appuyant sur l’histoire des projets Bercy Village à Paris et Odysseum à Montpellier, il relève une capacité d’action politique significative face aux acteurs économiques impliqués dans les réalisations. Les élus de ces deux villes ont pu mobiliser des ressources stratégiques pour être associés au processus de définition des caractéristiques des édifices. À la « construction commerçante » des centres commerciaux, ils ont ajouté une « construction politique ». Dans un contexte de concurrence urbaine, il s’agissait de faire du futur centre commercial un levier des politiques locales d’attractivité.

Quand l’histoire orale s’invite dans la gestion de l’eau. L’espace irrigué de Kerma (Tunisie)

Les expériences de transfert de la gestion de l’eau, de l’État vers les usagers, rencontrent des difficultés qui échappent aux analyses techniques et agro-économiques. À travers le cas de la région de Kairouan en Tunisie, cet article mobilise l’histoire racontée localement, pour réinterpréter les dysfonctionnements contemporains d’un périmètre irrigué. Relatant une succession de dépossessions, l’histoire orale explique une partie des revendications actuelles des populations, notamment celle d’avoir accès à plus d’eau. Les prises d’eau illicites qui perturbent le partage de l’eau sont vues comme une adaptation des populations à des évolutions imposées de l’extérieur et compensant des droits perdus au cours de l’histoire. Dans le contexte politique actuel, favorable à la (re)construction du dialogue entre administration et populations rurales, l’histoire orale peut jouer un rôle important.

Construction, reconstruction territoriale et décentralisation en Côte d’Ivoire (2002- 2009)

Depuis une décennie, la Côte d’Ivoire mène une décentralisation effrénée, créant des régions, des départements, des sous-préfectures et des communes. Ce processus de déconstruction et de reconstruction (à la fois territoriale, administrative et politique) transfère des compétences du pouvoir central vers les acteurs locaux, pour leur donner plus d’autonomie dans leurs stratégies de développement. Les résultats obtenus sont encore difficiles à évaluer. En se fondant sur les réalisations de six conseils généraux, ce texte présente un bilan succinct du processus de décentralisation; il fait ressortir les perspectives et les facteurs potentiels de blocage. Il conclut à la nécessité d’un véritable transfert de compétences aux collectivités locales.

Les scenarii contradictoires du retour en ville : le cas de l’université Paris XIII

Fondée en 1971 l’université Paris XIII est confrontée depuis ses débuts à une double problématique d’intégration urbaine et de stratégie territoriale. Les projets contemporains de repositionnement de l’université dans l’espace universitaire francilien et plus particulièrement au nord de Paris se heurtent aux difficultés structurelles d’insertion urbaine de Paris XIII en particulier sur le site principal du campus de Villetaneuse. Le recours à une analyse historique et spatiale croisée permet de mettre à jour les déterminismes qui pèsent sur les choix d’aménagement et les stratégies des différents acteurs aujourd’hui en charge du destin de l’université et des relations avec son environnement urbain. Le développement de l’intercommunalité de projet, l’opportunité de la présence d’un établissement public d’aménagement sur le territoire, les stratégies scientifiques et territoriales de la présidence de l’université accentuées depuis la loi LRU forment objectivement des conditions nouvelles pour repenser le « retour en ville » de l’université. Paris XIII ne peut pas, pour autant, faire table rase du passé de son échec urbain dont les failles rejouent sans cesse et placent la décision sous le signe de la schizophrénie.

Contre le déterminisme de la forme urbaine, une approche totale de la forme de la ville

La compréhension de la forme de la ville ne peut se réduire au questionnement des formes urbaines et architecturales. Il est impérieux de concevoir la ville comme totalité. Si la construction de la forme de la ville en appelle à une détermination physique, elle implique des formes sociales et politiques. Au-delà de cette dialectique, conformément aux principes de la réalité totale, la forme de la ville ne se réduit pas à la somme de ses composantes, mais procède de leur transcendance. L’espace public urbain, marqué par les formes urbaines et architecturales, n’en est pas moins une construction sociale et politique. Sommé de concilier les pratiques habitantes et les missions idéologiques ayant à voir avec les enjeux métropolitains, son appréhension exige de reconsidérer sa polysémie. Le questionnement de la forme urbaine prend sens en relation avec celui de la ville et, en particulier, de l’espace public urbain.

Mutations des marchés du travail et régulation des territoires

L’objet de cet article consiste à montrer que les mutations qui traversent actuellement les marchés du travail répondent aussi à des logiques spatiales. L’espace n’est pas neutre et les stratégies des entreprises en tiennent compte, particulièrement en matière d’emploi. La mondialisation n’efface pas les territoires, au contraire, elle les révèle. Elle s’accompagne d’une forte évolution de la structure des échanges, mais aussi d’une fragmentation croissante des processus productifs, d’une nouvelle division spatiale et cognitive du travail qui se caractérise par une polarisation des activités hautement qualifiées dans les pays de la Triade. Elle n’est pas synonyme d’harmonisation, mais plutôt de ségrégation spatiale et sociale. Ces logiques sont guidées par l’attractivité que dégagent certains territoires, chacun présentant une offre des pécificité qui lui est propre, celle-ci pouvant évoluer dans le temps et dans l’espace. Parmi les ressources disponibles capables de valoriser un territoire, la force de travail et plus précisément les compétences, constituent un atout privilégié. Trop souvent négligées ces dernières années par les spécialistes de l’économie industrielle et de l’innovation, elles retrouvent leur sens historique, celui de variable d’ajustement.

Le tournant territorial de l’économie global

Cet article propose de présenter l’hypothèse selon laquelle les formes émergentes de regroupements géographiques d’acteurs pour l’organisation de la production constituent un moyen important d’adaptation de la division mondiale du travail à l’économie globale. Ce mouvement est daté historiquement et correspond à la sortie du fordisme a-spatial. L’article décrit d’abord ces différentes formes (DI, SPL,…) puis débouche sur la mise en évidence d’un modèle productif «territorialisé» qui coexiste avec le modèle classique de productivité.

L’organisation des solidarités dans des territoires en construction : quartiers restructurés au Maroc

En tant que territoire en construction, les quartiers d’habitat non réglementaires ou les quartiers restructurés présentent des solidarités nourries de conditions de vie communes et d’un sentiment d’abandon et de marginalisation mais organisées à différents niveaux de territoire. Pour ce faire, plusieurs appartenances sont alors instrumentalisées. Cet article voudrait surtout insister sur le rôle primordial joué par les lieux de culte dans l’organisation mêmede ces solidarités. Représentants de l’autorité ou élites locales les ont longtemps manipulés dans l’encadrement des populations. Une situation qui connaît actuellement des changements conjoncturels à travers les nouvelles dispositions prises dans la lutte contre le terrorisme ou les revirements constatés dans le mode d’intervention sur l’habitat insalubre au Maroc.

Solidarité et urbanisation à Pékin : l’exemple du « village de Zhejiang »

Depuis l’ouverture de la Chine à l’économie de marché, le développement des villes a attiré de nombreux ruraux voulant profiter de cette opportunité. Mais le contrôle de la localisation des populations par le « hukou » leur interdit l’accès aux services publics. Pour éviter de tomber dans l’exclusion, elles ont développé des stratégies collectives. Ces stratégies, qui reposent sur une combinaison originale entre concurrence et solidarité, sont à labase d’un territoire qui ne peut plus être nié par les autorités municipales. Nous entendons suggérer dans cet article que le transfert des modèles de solidarité villageoise en milieu urbain peut permettre à l’urbanisation chinoise des’exprimer sur un mode moins  « dommageable » aux rapports humains…