Archives du mot-clef Suisse



Motivations résidentielles et pratiques de mobilité des classes moyennes supérieures dans les villes suisses

Cet article analyse le regain d’attractivité des villes pour les catégories socio-professionnelles supérieures dans le cas de trois centres urbains suisses. Les choix résidentiels étudiés sont étroitement liés à la recherche d’un capital spatial spécifique de la part de ménages qui placent les questions de proximité et de mobilité au cœur de leur décision de vivre en ville, qui adoptent un comportement multimodal, et qui apparaissent attachés à la proximité tout en étant potentiellement hypermobiles (à l’instar de certains pendulaires interurbains). Cette dotation en capital spatial s’explique par des stratégies d’adaptation (afin de concilier les différentes facettes de la vie quotidienne) et par certaines valeurs (notamment environnementales). Le choix résidentiel apparaît dans l’ensemble comme un choix stratégique, la localisation centrale et le potentiel de mobilité qui lui est associé devant permettre aux ménages de rendre compatible contraintes spatio-temporelles et modes de vie.

Valeurs, rivalités locales et créativité institutionnelle dans la vie de deux appellations de vin suisses

Cet article analyse les dynamiques locales conduisant à la différenciation de deux appellations de vin en Suisse. En adoptant une lecture en termes de ressource, l’analyse met en évidence les rivalités qui opposent les acteurs locaux, entre le maintien d’un certain goût, de leur autonomie et la réputation de l’appellation. Les deux études de cas témoignent de la créativité des producteurs locaux, qui façonnent des arrangements institutionnels spécifiques et construisent des alliances pour répondre à la globalisation du secteur et défendre les valeurs qu’ils retirent de la production de vin. L’article souligne l’intérêt de se pencher en détail sur les processus territorialisés – à l’échelle locale et dans leur articulation avec le contexte régional et national – pour comprendre l’évolution d’un secteur qui fait face à un marché mondial mettant en tension les pratiques, les goûts et les identités locales.

« S’ouvrir sur l’extérieur » : une réforme saisie par les professionnels d’un centre éducatif fermé

Depuis ces dernières décennies, on assiste en Suisse (comme dans d’autres pays d’Europe) à un retour de la question carcérale parmi l’ensemble des réponses sociopolitiques engagées vis-à-vis du traitement de la délinquance juvénile. Ce retour se manifeste par des mouvements d’apparence contradictoires contraignant notamment les Centres éducatifs fermés à plus de « dignité » mais aussi à plus de « fermeté ». La question des liens entre intérieur et extérieur se situe au cœur de cette réforme. Cet article entend explorer la manière dont cette question est éprouvée par les professionnels en mettant en lumière leurs formes d’adhésion, d’appropriation et de résistance.

Une gentrification émergente et diversifiée : le cas des villes suisses

Apparu dans les années 1960, le terme de gentrification désigne au sens strict la réhabilitation physique de certains quartiers urbains et le remplacement de leur population par des catégories plus aisées. Ces dernières années, cette définition a été élargie à d’autres processus d’élitisation et intègre désormais une pluralité de formes, d’acteurs et d’espaces. Cette extension est discutée sur la base des spécificités de l’urbanisation en Suisse, des différents acteurs impliqués et de l’émergence de nouveaux quartiers. Du point de vue résidentiel, les catégories moyennes supérieures quittent de moins en moins les villes helvétiques. Cette amorce de gentrification pourrait se renforcer sous l’effet de facteurs tels que la politique fédérale revalorisant le rôle des villes-centres, les stratégies de ces dernières visant à attirer des contribuables aisés, le regain d’activité du marché immobilier et l’existence d’une demande latente pour une localisation résidentielle en zone centrale.

Gouvernance des risques hydrologiques dans un contexte urbain – le cas de la ville de Berne (Suisse)

La gestion des risques naturels – hydrologiques en particulier – constitue l’une des tâches centrales de l’État en raison de la nécessité pour ce dernier de garantir la sécurité de sa population. La plupart des villes suisses étant situées à proximité d’un cours d’eau ou d’un lac, cette problématique y est particulièrement sensible. Basé sur une étude en ville de Berne (Suisse), cet article dégage les principales caractéristiques spécifiques à la gouvernance des risques hydrologiques en milieu urbain. Les enjeux majeurs sont liés à la densité du bâti, qui limite très fortement le recours à des mesures actives en vue de réduire l’aléa, à la diversité et à la densité des activités, qui augmentent le potentiel de dégâts, et finalement à la multiplicité des usages de l’eau, qui augmente le potentiel de conflits et nécessite le recours à une gouvernance du risque en vue d’intégrer la problématique du risque dans le cadre global de la gestion de l’eau à l’échelle de la ville.

De la naissance des réseaux d’eau à l’hydroélectricité : l’essor du municipalisme en Suisse

En Suisse, la mobilisation de l’eau en ville semble s’être faite concomitamment comme force motrice pour les ateliers (avant l’invention de l’électricité) et comme alimentation en eau ; la double clientèle a facilité la levée des fonds nécessaires à l’installation puis à la généralisation des réseaux, tout en stimulant, sous l’influence du modèle germanique, une culture de services industriels bien gérés par des municipalités puissantes en régime fédéral. Tout au long du XXe siècle, ces services industriels municipaux multiservices étendront progressivement leurs réseaux (notamment d’approvisionnement en eau potable et de traitement des eaux usées) dans les communes suburbaines et périurbaines, menant souvent à des concentrations sectorielles ou multisectorielles à l’échelle supra-communale. Cette montée en puissance et cette extension des grands services urbains municipaux de l’eau connaîtront une nouvelle étape sous la forme de leur participation au développement, à partir des années 1950, des grands barrages alpins, prolongeant ainsi dans les espaces montagnards les compétences en matière de mobilisation de l’eau comme force motrice acquises au début du XXe siècle dans les villes.