Archives du mot-clef ségrégation



« Le collège c’est une prison, ici c’est le cachot ». Un apprentissage de la déviance scolaire sous surveillance

Face à une école qui peine à gérer l’hétérogénéité de son public, les réponses éducatives apportées aux élèves qui posent problème à l’institution sont individualisées, en fonction de besoins supposés spécifiques de certains élèves, et notamment de ceux vivant sur les territoires cibles des politiques d’éducation prioritaire. Les pouvoirs locaux, en multipliant les « dispositifs » tentant de répondre à chacune des difficultés rencontrées dans l’espace de l’école, se saisissent des questions de « déviances scolaires ». Cet article est issu d’une recherche de type ethnographique menée sur une structure associative prenant en charge, à l’intérieur d’un collège, les élèves exclus temporairement. Il revient sur les effets d’une ségrégation scolaire organisée en interne sur les comportements perturbateurs qu’elle est supposée enrayer.

S’éviter ou coexister tant bien que mal. Usages de deux parcs publics à Belo Horizonte

Alors que les espaces publics brésiliens se transforment, l’observation de type socio-ethnographique de deux parcs publics de Belo Horizonte révèle des tendances ambivalentes. Le Parc Municipal, en plein centre-ville, très fortement sécurisé, accueille principalement des usagers des classes populaires ou des populations marginales. Au Parc Barrage, la coexistence de fait entre habitants des classes aisées et des classes populaires va de pair avec de nombreux vols et les usagers adoptent de multiples stratégies d’évitement. Deux conclusions principales ressortent de notre étude. D’abord, si les espaces publics n’apparaissent plus comme des repoussoirs, la coexistence entre populations n’y va pas de soi et elle est loin d’y renforcer la tolérance. Ensuite, les usagers tendent à considérer que la régulation des espaces publics relève exclusivement de l’État et y adoptent des comportements destinés à leur éviter toute implication.

Les écarts sociaux de recrutement des universités d’Île-de-France : un processus de ségrégation ?

Cet article interroge le rôle de la division sociale de l’espace résidentiel étudiant dans la genèse d’écarts sociaux de recrutement entre les seize universités publiques franciliennes. Des entretiens auprès d’étudiants inscrits à Paris 1 (Paris) et Paris 8 (Saint-Denis) soulignent les dimensions spatiale (distance), relationnelle (effet de pairs), et institutionnelle (sectorisation) qui font jouer la localisation résidentielle dans l’inscription à l’université. Outre cette importance de la distance dans les recrutements, associée à la localisation des sites dans des espaces sociaux contrastés, de tels écarts entre universités s’expliquent par une différenciation du rapport à l’espace local dans les arbitrages étudiants (évitement). Ce « sens du placement universitaire », qui s’appuie sur des capitaux sociaux et scolaires en évolution, permet d’interroger, par analogie avec les travaux sur l’enseignement secondaire, l’existence d’une « ségrégation universitaire » en Île-de-France

Le Droit à la ville de Henri Lefebvre : quel héritage politique et scientifique ?

En mars 1968, Le Droit à la ville de Henri Lefebvre paraît. Il provoque une prise de conscience dans l’histoire des idées sur la perception de la ville comme enjeu de société. Il annonce l’arrivée d’une nouvelle réalité, l’urbain, la fin de la ville industrielle et son éclatement en périphéries et banlieues. Cet article montre les prolongements et la modernité des thèses de Lefebvre : ses notions ont été largement reprises, tant au niveau national qu’international, par des praticiens de la politique de la ville et des sociologues de l’urbain, confirmant ses intuitions et ses craintes. Ce livre, par sa démarche, a également favorisé une progression dans l’appropriation de la ville et il laisse des pistes aidant à la compréhension de l’urbain aujourd’hui. La place de ce droit à la ville est une question plus que jamais d’actualité.

Effets paradoxaux de la loi SRU et profil des acquéreurs de biens immobiliers en Île-de-France

Dans le contexte français, la notion de « mixité sociale » s’est imposée comme la réponse aux dynamiques de fragmentation urbaine et d’accentuation des inégalités territoriales. La loi SRU de décembre 2000 en constitue le point d’orgue. Elle fixe des objectifs à atteindre en termes de logements sociaux, à l’échelle de la commune. Sur la période 2001-2005, les choix des acquéreurs de biens immobiliers ont évolué. Avec des héritages complexes résultant des politiques des années 1950/1960, les situations sont contrastées. La position des communes concentrant de forts taux de logements sociaux a-t-elle évolué, sur le plan des niveaux de prix comme sur celui des profils sociaux des acquéreurs ? L’étude se limite à la région Île-de-France, où les contrastes et les enjeux sont les plus forts.

Classes supérieures de promotion et entre-soi résidentiel : l’agrégation affinitaire dans les quartiers refondés de Milan (Italie)

Issu d’une enquête de terrain réalisée en 2004-2008 dans les quartiers résidentiels de San Felice et Milano 2, cet article contribue à l’analyse différenciée des dynamiques d’auto-ségrégation des classes (moyennes-)supérieures milanaises. Dans une première partie, il décrit la configuration urbaine et l’organisation interne de ces quartiers d’immeubles collectifs de haut standing bâtis durant les années 1970 et issus de vastes opérations immobilières d’arasement, reconstruction, repeuplement et enclosure. Il analyse ensuite les représentations, les univers symboliques, les constructions de sens et les registres justificatifs au travers desquels les résidents développent leur refus de la mixité – dessinant ainsi des spécificités italiennes quant à l’articulation entre la hiérarchie sociale et son inscription territoriale.