Archives du mot-clef quartiers populaires



La place des « indésirables ». Pratiques et effets de l’exclusion dans les établissements de secteurs populaires

À partir de plusieurs enquêtes ethnographiques réalisées dans huit établissements de secteurs populaires, cet article propose de contribuer à l’analyse des recompositions qui travaillent l’école française aujourd’hui massifiée, en interrogeant, à l’échelle des espaces scolaires, les effets et enjeux associés à la prise en charge de nouvelles problématiques scolaires et sociales, qui tendent particulièrement à se concentrer dans les zones les plus ségréguées. On partira ici de ce qui constitue l’une des expériences ordinaires les plus partagées par une partie de ces enfants de la massification, parfois jugés inenseignables ou ingérables : l’exclusion de cours. L’examen de cette pratique, souvent ignorée dans les champs politique et médiatique s’avère heuristique pour saisir quelques-unes des transformations qui affectent aujourd’hui l’organisation des espaces scolaires, notamment en termes de distribution spatiale des corps, de division du travail et de socialisation des élèves.

Justifications des politiques participatives : deux études de cas en Belgique

Nous analysons les justifications des acteurs engagés au coeur des politiques participatives dans deux dispositifs en Belgique : les conseils consultatifs des locataires à Bruxelles et le budget participatif à Mons. L’étude des registres de justification des acteurs politiques, initiateurs de ces nouveaux projets, témoigne à la fois de l’existence d’un important fond normatif commun dans lequel ils puisent pour légitimer leur action et de l’usage différencié de celui-ci en fonction de l’échelle d’intervention, de l’auditoire présent et de la temporalité. Nous montrons aussi que la confrontation des dispositifs aux terrains locaux et aux autres acteurs produit une complexification du recours aux justifications. Enfin, si ces autres acteurs puisent eux aussi dans le même réservoir d’idées, ils le font avec des positionnements et des intentions parfois opposés.

Jeunes filles « invisibles » dans les quartiers populaires

Lors des troubles de novembre 2005, les jeunes filles n’ont été mentionnées que pour commenter les actions commises par des garçons. Comment peut-on expliquer, à partir de l’analyse du quotidien des jeunes gens des quartiers, qu’elles n’expriment que rarement leur mécontentement sous une forme directe ? Les logiques de genre apparaissent fortement dans les rapports à l’espace du quartier et à l’univers scolaire tels que l’auteur a pu les observer et les analyser dans une commune de la banlieue parisienne. Si elles tiennent les filles à l’écart de la rue et de certaines formes d’expression, celles-ci n’en désavouent pas pour autant les garçons quand ils se font les porteurs d’une colère commune.

De Paris à Londres : le défi de la mixité sociale par les « acteurs clés »

La mixité sociale constitue un des objectifs centraux des politiques urbaines menées à Paris et à Londres et légitime des interventions sur le peuplement du logement social et intermédiaire pour transformer les quartiers populaires. Dans cette optique, une attention toute particulière est accordée aux acteurs clés considérés comme des « relais » efficaces de mixité sociale auprès des couches populaires et issues de l’immigration. Pourtant, cette politique comporte des risques dans la mesure où elle repose sur une acceptation supposée, bien que non vérifiée, des habitants aux trajectoires sociales et résidentielles hétérogènes à cohabiter avec d’autres.

L’occupation populaire de la rue : un frein à la gentrification ? L’exemple de Paris intra-muros

À partir des quartiers populaires et immigrés du Bas-Belleville (10e-11e arrondissements) et de Château-Rouge (18e) à Paris, cet article montre l’importance des usages populaires de la rue et de l’espace public. Marqués par une importante fréquentation autour de centralités commerciales immigrées et une sociabilité populaire extravertie, ces usages se prolongent d’une vague d’immigration à l’autre, en transcendant les origines nationales. Dans les deux quartiers étudiés, ils parviennent même à masquer le processus de gentrification en cours. S’il a été nettement retardé et freiné dans ces quartiers par rapport au reste de Paris, celui-ci n’en est pas moins réel et s’accompagne d’une volonté d’appropriation matérielle et symbolique de l’espace public par les gentrifieurs. Dès lors, usages populaires et gentrification apparaissent directement en concurrence. À Paris, la municipalité de gauche tend à accompagner les gentrifieurs par une politique d’embellissement de la ville et de normalisation des usages de l’espace public, au détriment des pratiques populaires.