Archives du mot-clef projet urbain



Faire converger projet métropolitain et stratégies universitaires : l’autre grand chantier de Montpellier ?

Le développement de Montpellier dans les années 1960 s’est notamment appuyé sur la création de deux vastes campus « à l’américaine » au nord du territoire communal. Dans une approche planificatrice et descendante, l’État a imposé aux pouvoirs locaux (qui ont finalement pris fait et cause pour le projet) l’implantation de grands ensembles universitaires dans la périphérie montpelliéraine, à l’écart des services urbains et des facultés historiques restées au centre. Les opportunités foncières offertes à l’époque dans ce secteur ont conforté le choix des pouvoirs publics. Le quartier « Hôpitaux-Facultés » s’est révélé être un des moteurs de l’extension urbaine et l’une des portes d’entrée d’une ville, alors davantage tournée en direction des garrigues que vers la mer. De la construction du Centre Richter sur les rives du Lez à la requalification des anciens hospices en centre ville, les stratégies universitaires se sont depuis diversifiées, tout en faisant écho à l’évolution du projet montpelliérain – dont le quartier d’Antigone, le parc urbain du Lez puis l’avenue Dugrand ont tour à tour constitué les fronts. Ce faisant, « l’Opération Campus » débutée en 2009 paraît désormais déconnectée des priorités de la municipalité, alors qu’elle recouvre de multiples enjeux en matière de logements, d’environnement et de transport à l’échelle métropolitaine.

Patrimoine et projet urbain : produire et valoriser la localité à Saint-Étienne, Nantes et Clermont-Ferrand

La question patrimoniale et les enjeux de l’identité locale ont pris un rôle croissant dans les politiques symboliques et les politiques d’image des villes. L’objet de cet article est de rendre compte des usages sociaux de la mémoire et du patrimoine dans les projets urbains actuels. Partant d’une dynamique de production et de valorisation d’une image globale de la localité (Appaduraï, 2005) dans les trois villes de Saint-Étienne, Nantes et Clermont-Ferrand, nous comprenons que les choix opérés par les professionnels de la ville dans les références et les mémoires urbaines participent d’un travail d’imagination autour de la spécificité locale qui détermine grandement l’enjeu d’une visibilité et d’une reconnaissance globale.

Urbanités complexes : la fabrique des lieux « publics » aux Berges du Lacde Tunis

Les « Berges du Lac » constituent le premier jalon d’un mégaprojet d’urbanisation de la lagune de la capitale tunisienne. La formation d’un nouveau territoire urbain très favorisé ne doit pas conduire à penser mécaniquement que la fragmentation urbaine s’accentue à Tunis et qu’avec elle l’urbanité en est réduite à l’entre-soi d’une bourgeoisie émergente. Afin de mettre àl’épreuve cette interprétation trop rapide, cet article focalise sur les lieux marchands (bowlings, restaurants, salons de thé, discothèques…) qui ont éclos depuis 1997 et résument ce qui fait office d’espace « public », géré en fait pour l’essentiel par des entrepreneurs privés et contrôlé par l’État. Leur succès fulgurant doit à la mise en scène d’une modernité consensuelle aux référentiels fortement mondialisés. L’article montre que ces lieux marchands construisent une urbanité en mouvement qui, loin d’être figée, articule et intègre sans doute autant qu’elle exclut. Les liens sociaux qui en résultent, basés sur des réseaux résidentiels communautaires et affinitaires, sont certes pour une part influencés par le caractère élitiste de ce nouveau morceau deville, mais échappent également à cette forte qualification du territoire en autorisant en certains lieux une réelle mixité sociale.

À quoi sert l’expérience des autres ? ” Bonnes pratiques ” et innovation dans l’aménagement urbain

Cet article aborde la circulation des modèles urbains en s’intéressant à la rationalité de ceux qui s’y référent quand ils élaborent des projets d’aménagement urbain. En effet, labelliser, capitaliser et diffuser les « bonnes pratiques » ne dit rien sur ceux qui les utilisent, comment et pour en faire quoi. Pourtant, le recours aux expériences des autres est une démarche ordinaire des acteurs opérationnels de l’urbanisme.
Deuxième point, s’appuyant sur les théories de l’innovation et une analyse empirique des pratiques, l’article souligne l’ambiguïté de la relation entre innovation et exemplarité. Enfin, il s’intéresse aux mécanismes de circulation des modèles dans un contexte d’innovation. Soulignant leur diversité, y compris au cours d’un même projet, il met en évidence un processus d’apprentissage et de production de connaissances. Il montre enfin comment le référent territorial joue un rôle déterminant dans l’exploration et l’évaluation des expériences « étrangères ».

Premiers quartiers urbains « durables » dans les pays arabes : enseignements sur une génération spontanée

Les premiers projets de quartiers présentés comme « durables » apparaissent dans les pays de la rive sud de la Méditerranée (particulièrement au Maroc, en Tunisie et en Égypte) dans un contexte ambivalent : d’un côté, une gouvernance malaisée et la prégnance du néolibéralisme ; d’un autre côté, le démarrage timide, mais réel, de politiques urbaines dites de « développement durable ». L’article montrera qu’un spectre assez large d’acteurs (privés, publics et même ONG), venant avec des intérêts très divers, se mobilise depuis peu sur les projets de « quartiers durables ». Trois études de cas mettront au jour un changement qui ouvre une période de relative indétermination liée aux incertitudes quant à la capacité à fédérer les initiatives, à articuler des politiques et à surmonter les blocages liés à la mise en oeuvre. Des convergences et des divergences apparaîtront avec le modèle nord-européen considéré comme le berceau de l’urbanisme « durable ».

De l’expertise associative à la constitution d’un contre-pouvoir. Action collective et concertation à Paris Rive Gauche

Dans les dispositifs de démocratie participative, l’impact des citoyens se limite souvent à l’échelle des quartiers, sans pouvoir peser sur les grandes transformations urbaines. Pourtant, à Paris Rive Gauche, les acteurs associatifs sont parvenus à avoir un impact non négligeable sur un projet urbain de grande ampleur. En s’interrogeant sur cette exception, cet article montre que les associations peuvent imposer leurs savoirs sur la table des négociations, en dépit des questions d’échelles et de la dimension économique des projets, à partir du moment où elles arrivent à saisir les effets d’opportunités politiques, à développer une capacité de contre-expertise et à s’inscrire dans une double dynamique de coopération et de contre-pouvoir. Cette articulation entre des logiques de savoir et de pouvoir est sans doute la condition pour que les citoyens puissent se faire entendre sur les questions d’urbanisme à grande échelle.