Archives du mot-clef Paris



Se mouiller au propre comme au figuré. De l’observation à l’ethnographie dans les bains-douches parisiens

L’article rend compte d’une enquête collective menée par des étudiants de Licence de sociologie de l’université de Paris 8 dans les bains-douches municipaux parisiens, sous la conduite de leur enseignante. L’analyse d’extraits de journaux de terrain est centrée sur la performativité des interactions, au plus près de ce que les présents produisent de commun, au sens d’un espace social et spatial partagé et que tous les acteurs – usagers, employés, observateurs participants – contribuent à produire. L’inventivité des stratégies mises en place par les étudiants tient autant à leurs caractéristiques sociales qu’à un dispositif de recherche permettant la mise en commun des expériences. Ces lieux tout à la fois publics et privés apparaissent régulés par les tensions entre trois pôles : l’anonymat, l’hospitalité, et l’hostilité. La conclusion souligne l’ambiguïté de ces espaces, à la fois profondément vulnérables et porteurs de principes de résistance et de solidarisation, que seule l’observation permet de déchiffrer.

Lieux de culture et gentrification. Le cas de la Maison des métallos à Paris

Les quartiers en voie de gentrification accueillent aujourd’hui des lieux de culture nombreux et variés. Cet article propose de saisir ces lieux dans leur relation avec l’espace urbain, afin d’interroger le processus de gentrification au regard du rapport que les acteurs urbains entretiennent à la culture. Il s’appuie pour cela sur l’étude d’un lieu de culture parisien, la Maison des métallos. Après une présentation des acteurs et des processus qui ont conduit à l’ouverture de ce lieu dans un quartier en voie de gentrification, l’accent est mis dans une deuxième partie sur les décalages entre le projet initial et la réalité de la programmation comme de la fréquentation. La troisième partie analyse les formes de cohabitation et/ou de conflit entre groupes sociaux que ces lieux cristallisent. En somme, l’article donne à voir des clivages qui renvoient à des visions de la culture et de la ville en partie divergentes.

L’agriculture de proximité face aux enjeux fonciers. Quelques réflexions à partir du cas francilien

Alors que la notion de nature s’impose dans les agendas des politiques et les revendications des habitants des villes, se manifeste depuis quelques années un retour de l’intérêt pour la question agricole dans et à proximité de la cité. L’émergence de nouvelles formes d’organisation, souvent innovantes, réinterroge la place de l’agriculture ainsi que l’avenir de la profession agricole. L’objectif de cet article est de faire le point sur les enjeux actuels de l’agriculture de proximité et, à travers l’analyse des conflits d’usage du sol, d’apporter un point de vue sur sa faisabilité et sa pertinence en zones périurbaines. Nous commençons par traiter de la question de l’agriculture de proximité et de ses enjeux. Puis nous présentons les contextes agricole et agro-alimentaire de la région île-de-France et la problématique prégnante du foncier. Nous proposons enfin une analyse des évolutions du foncier agricole francilien à partir de l’étude des conflits d’usage. Nous montrons que la conflictualité des espaces proches de la ville n’est pas liée à l’activité agricole elle-même, mais aux usages et anticipations de reconversion des terres agricoles.

Résister à l’exil. Enquête auprès des mal-logés parisiens

En raison de l’élévation des prix de l’immobilier, la tendance est depuis plusieurs décennies à l’éviction des classes populaires de la capitale. Celles qui y subsistent malgré tout, si elles n’ont pas la chance d’accéder à un parc social largement saturé, doivent bien souvent se replier sur des logements de piètre qualité. Résister à l’exil hors de Paris est cependant pour elles la première des priorités. À leurs yeux, la capitale permet en effet de compenser des conditions de travail difficiles et d’échapper à la ségrégation territoriale, deux marqueurs forts de la condition populaire contemporaine. Bien plus, ce lieu est considéré comme une façon de favoriser les projets d’ascension sociale. Par ailleurs, ces personnes redoutent un déracinement suite auquel elles perdraient leurs repères et les maigres ressources sociales dont elles disposent.

Sur les traces des sans-abri. Le cas exemplaire de Joan

Cet article présente le cheminement d’un sans-abri dans un quartier parisien. Il semble posséder ce que la société considère comme essentiel à une vie « normale et intégrée » (logement, revenus, lien familial). Le comportement de fuite en avant permet de comprendre ce qu’il dit être son « choix de vie ». La succession de traumatismes et de ruptures l’a poussé à adopter ce comportement de protection, le contexte de contraintes qu’offre la rue lui permettant de se projeter dans un ailleurs. On observe la vie à la rue au quotidien, en termes de pratiques sociales et de relations humaines : ajustement identitaire (Goffman), valorisation de la situation (Vexliard), négociation de sa place (Strauss), et en termes de pratiques spatiales, vécues comme une atteinte à l’image de soi que le sans-abri tente de maintenir.

Formes urbaines et significations : revisiter la morphologie urbaine

Cet article reprend le questionnement de Ledrut sur le rapport entre la forme et le sens, dépassant ainsi les apories de la morphologie urbaine (réduction de la forme au tissu urbain et sectorisation des diverses). La forme urbaine complexe résulte des interrelations systémiques de cinq registres de forme (tissu, tracé, paysage, forme sociale, forme bioclimatique) dotés d’un sens spécifique. A contrario de l’approche morphogénétique qui met l’accent sur la continuité dans l’évolution de la forme urbaine, des discontinuités scandent les grandes périodes morphologiques et historiques. Ces discontinuités sont étudiées avec la « méthode idealtypique» de Weber, telle qu’il l’a appliquée à l’analyse de la ville, et avec la notion de « coupure épistémique » de Foucault, qui rejette le développement linéaire du savoir. Ces discontinuités sont illustrées sur le cas parisien, à partir d’une périodisation morphologique : ville antique (Lutèce), ville préindustrielle (médiévale et classique), ville industrielle (haussmannienne et moderne), ville postindustrielle. Tout changement de taille et d’échelle dans la croissance engendre une mutation de la forme avec la définition d’une nouvelle grammaire urbaine. Cet ensemble hypothèses, à partir d’une recherche en cours, permet de « revisiter » la morphologie urbaine comme théorie de la forme urbaine.

Action collective, institutionnalisation et contre-pouvoir: action associative et communautaire à Paris et Montréal

La question de l’institutionnalisation s’est posée dès les premiers travaux sur les mouvements urbains. Elle réapparaît aujourd’hui dans un contexte de reconfiguration des formes de gouvernance urbaine, d’ouverture de nouveaux espaces de débats et de mise en œuvre de dis-positifs participatifs. La comparaison du fonctionnement d’une coordination associative à Paris et d’une coalition communautaire à Montréal montre comment les mouvements sociaux participent à la transformation des règles démocratiques et s’en trouvent eux-mêmes transformés. Les associations et les groupes communautaires négocient leur rôle entre intégration partielle et logique de contre-pouvoir. Les facteurs déterminants de cette négociation sont le degré et les formes d’organisation des mouvements sociaux, leur autonomie financière, leur capacité à conserver un espace de débat autonome.

Terre et ciel : étude sociologique d’espaces-temps sportifs marginaux

La spéléologie urbaine et le BASE jump interrogent l’appropriation d’espaces pour soi au sein d’un groupe de pairs cooptés. Ces expériences corporelles en marge de toute reconnaissance institutionnelle (fédérations ou clubs sportifs) soulignent une volonté d’extraction momentanée du travail, de la famille, véritable recomposition du « théâtre de la vie quotidienne » (Goffman, 1973). Les pratiquants endossent le rôle de spectateur au sein de l’espace subi (« monde du dessus ») et celui d’acteur au sein d’un espace ludique et transgressif (monde outsider).

Le « travail » de gentrification : les transformations sociologiques d’un quartier parisien populaire

Jusqu’à la fin des années 1990 le quartier de Sainte-Marthe (Paris, 10e ) abritait une population ouvrière et des ateliers d’artisanat. Depuis cette époque, ces activités ont disparu, et la population s’est transformée à travers à la fois une paupérisation et une gentrification.
Des artistes-plasticiens se sont installés dans les anciens locaux d’artisans, et des professions artistiques au sens large ont repris et transformé un habitat vétuste et très dégradé.
Cet article propose de montrer que le processus de gentrification ne correspond pas simplement au remplacement de catégories sociales populaires par des catégories de niveau socio-économique plus élevé. La gentrification se constitue aussi à travers le « travail social » effectué par les « gentrifieurs ». Ceux-ci en emménageant dans un habitat où l’environnement est difficile (trafic de drogues, ateliers clandestins, violence…) s’investissent matériellement et symboliquement. Mais ce faisant, ils construisent aussi l’espace du quartier en « ressources sociales » professionnellement mobilisables. Leur valorisation de la mixité sociale et de la sociabilité de quartier est cependant souvent mise à mal par une certaine pratique de l’« entre-soi ».

Les anciennes cours réhabilitées des faubourgs : une forme de gentrification à Paris

Les anciens faubourgs populaires de Paris se caractérisaient par une interaction entre activité artisanale et logement, notamment dans certaines grandes cours et passages hérités du parcellaire rural. Dans le faubourg Saint-Antoine (11e , 12e arrondissements), ces cours étaient spécialisées dans le travail du bois, et celles du faubourg du Temple (10e , 11e ) dans la petite métallurgie. La désindustrialisation progressive du centre de Paris a laissé vides ces cours dans les années 1980-1990 et la gentrification investit ces lieux, soit spontanément, soit par l’intervention d’un marchand de biens. Dans le premier cas, la transformation sociale est progressive et les « gentrifieurs » appartiennent aux classes moyennes ; dans le second cas, la réhabilitation entraîne le remplacement complet des anciens habitants des classes populaires par de nouveaux, appartenant aux classes moyennes et supérieures. Dans ces cours réhabilitées, les « gentrifieurs » introduisent un nouveau mode de vie et une forme particulière de sociabilité collective. Même s’ils ne pratiquent guère la mixité sociale de leur quartier, ils la valorisent dans une stratégie de distinction sociale afin de se constituer en un groupe social à part entière, dont l’existence reste à confirmer.