Archives du mot-clef mixité



Les acteurs locaux aux prises avec l’injonction paradoxale de la mixité sociale à l’école

L’émergence du credo de la mixité sociale à l’école est concomitante de transformations de la sphère éducative : émergence d’un libre choix de l’école, accroissement des logiques concurrentielles, responsabilisation accrue des acteurs locaux. L’article montre que, sous couvert de promotion des élèves de milieux populaires dans les établissements les plus « attractifs », le credo de la mixité sociale contribue à reproduire le schème de la méritocratie scolaire. Le renvoi de la responsabilité de la mixité sociale aux acteurs locaux, s’il donne lieu à des réalisations institutionnelles modestes, contribue au renforcement des dispositifs de normalisation des classes populaires. Le credo de la mixité sociale à l’école ne remet ainsi pas en cause les inégalités structurelles devant l’école ainsi que les stratégies d’entre-soi scolaire des classes moyennes et supérieures.

S’éviter ou coexister tant bien que mal. Usages de deux parcs publics à Belo Horizonte

Alors que les espaces publics brésiliens se transforment, l’observation de type socio-ethnographique de deux parcs publics de Belo Horizonte révèle des tendances ambivalentes. Le Parc Municipal, en plein centre-ville, très fortement sécurisé, accueille principalement des usagers des classes populaires ou des populations marginales. Au Parc Barrage, la coexistence de fait entre habitants des classes aisées et des classes populaires va de pair avec de nombreux vols et les usagers adoptent de multiples stratégies d’évitement. Deux conclusions principales ressortent de notre étude. D’abord, si les espaces publics n’apparaissent plus comme des repoussoirs, la coexistence entre populations n’y va pas de soi et elle est loin d’y renforcer la tolérance. Ensuite, les usagers tendent à considérer que la régulation des espaces publics relève exclusivement de l’État et y adoptent des comportements destinés à leur éviter toute implication.

« Gentrifieurs, gentrifiés » : cohabiter dans le quartier de la Mission (San Francisco)

Depuis les années 1980 et 1990, le quartier populaire hispanique de la Mission, à San Francisco (Californie), a été l’objet d’un processus de gentrification assez visible, devenant ainsi l’épicentre d’un vif débat sur les enjeux de ce phénomène pour les citadins aux États-Unis. À partir de cet exemple, cet article s’intéresse à l’impact d’une telle transformation sur les rapports au quartier de l’ensemble des habitants de la Mission. Il analyse en particulier les modalités de cohabitation entre les anciens résidents (que j’appellerai les « gentrifiés ») et les nouveaux arrivants par lesquels la gentrification advient (que je désignerai comme « gentrifieurs »). L’on verra qu’un certain nombre de décalages entre les pratiques et les représentations des uns et des autres rendent la cohabitation difficile et pleine de contradictions.

« Comment nous sommes devenus HLM ». Les opérations de mixité sociale à Paris dans les années 2000

Cet article entend travailler la thématique de la mixité sociale à partir d’une perspective dynamique, qui envisage les situations de mixité à travers la coprésence non de positions mais de trajectoires socio résidentielles différenciées, interagissant au sein d’un cadre global lui-même en évolution. À partir d’une enquête sur les actions menées depuis 2002 par la Ville de Paris en vue d’agir sur la mixité sociale résidentielle, il met en évidence la pertinence de la distinction entre mobilités actives et passives afin de comprendre les discours et pratiques des habitants concernés. Il éclaire la multiplicité des points de vue, de l’ascension sociale au déclassement, et souligne comment la contrainte vécue conduit à l’exacerbation des rapports sociaux et des logiques de distinction autour de la question raciale. Dans cette perspective, la figure du ghetto devient prégnante et souligne combien l’objectif de cohésion par la mixité est loin d’être atteint.