Archives du mot-clef mixité sociale



Les classes populaires racisées face à la domination dans les beaux quartiers de Paris

Depuis 2001, la municipalité parisienne poursuit une politique de production de logements sociaux ambitieuse dans les beaux quartiers pour y loger des ménages de classes populaires. Cet article analyse les effets de ces mobilités résidentielles sur la production des rapports au territoire et à l’altérité de ces nouveaux habitants, en plaçant la focale sur les cohabitations perçues et vécues qui se structurent dans ce contexte de diversité imposée. À partir d’une enquête sociologique menée dans des immeubles sociaux du 8e arrondissement, il montre que ces habitants expérimentent une forte domination par l’espace qui articule des rapports sociaux de race et de classe. Ils s’y adaptent plus ou moins aisément et de manière différenciée selon leur trajectoire sociale et résidentielle. Alors que pour certains, s’inscrire en tant que minorités dans ce quartier est synonyme de marginalisation sociale, d’autres l’envisagent comme un levier d’ascension sociale, notamment à travers l’école et la sociabilité des enfants. Dans la pratique quotidienne, les sociabilités locales déployées par ces habitants représentent des ressources précieuses pour rompre leur isolement dans ce quartier, s’y ancrer, mais surtout, pour se préserver et résister à la forte stigmatisation à laquelle ils sont confrontés au sein de l’immeuble.

Liens territoriaux, liens sociaux. Le territoire, support ou prétexte ?

Cet article entend interroger la capacité du lien territorial, quand il est médiatisé par une association de quartier, à transcender la différenciation sociale des pratiques et des sociabilités. Les associations d’habitants sont en effet volontaristes et cherchent à multiplier les occasions de « vivre ensemble » au sein de l’espace local. Cependant, les discours d’ouverture et de mixité sociale professés par les militants héritiers de la « classe d’alternative » se heurtent à des pratiques valorisant largement l’entre soi au sein même de l’association. Ce n’est qu’à l’occasion d’échanges éphémères, festifs et militants, que s’atténue, très temporairement, la ségrégation des liens sociaux.

Urbanités complexes : la fabrique des lieux « publics » aux Berges du Lacde Tunis

Les « Berges du Lac » constituent le premier jalon d’un mégaprojet d’urbanisation de la lagune de la capitale tunisienne. La formation d’un nouveau territoire urbain très favorisé ne doit pas conduire à penser mécaniquement que la fragmentation urbaine s’accentue à Tunis et qu’avec elle l’urbanité en est réduite à l’entre-soi d’une bourgeoisie émergente. Afin de mettre àl’épreuve cette interprétation trop rapide, cet article focalise sur les lieux marchands (bowlings, restaurants, salons de thé, discothèques…) qui ont éclos depuis 1997 et résument ce qui fait office d’espace « public », géré en fait pour l’essentiel par des entrepreneurs privés et contrôlé par l’État. Leur succès fulgurant doit à la mise en scène d’une modernité consensuelle aux référentiels fortement mondialisés. L’article montre que ces lieux marchands construisent une urbanité en mouvement qui, loin d’être figée, articule et intègre sans doute autant qu’elle exclut. Les liens sociaux qui en résultent, basés sur des réseaux résidentiels communautaires et affinitaires, sont certes pour une part influencés par le caractère élitiste de ce nouveau morceau deville, mais échappent également à cette forte qualification du territoire en autorisant en certains lieux une réelle mixité sociale.

Le « travail » de gentrification : les transformations sociologiques d’un quartier parisien populaire

Jusqu’à la fin des années 1990 le quartier de Sainte-Marthe (Paris, 10e ) abritait une population ouvrière et des ateliers d’artisanat. Depuis cette époque, ces activités ont disparu, et la population s’est transformée à travers à la fois une paupérisation et une gentrification.
Des artistes-plasticiens se sont installés dans les anciens locaux d’artisans, et des professions artistiques au sens large ont repris et transformé un habitat vétuste et très dégradé.
Cet article propose de montrer que le processus de gentrification ne correspond pas simplement au remplacement de catégories sociales populaires par des catégories de niveau socio-économique plus élevé. La gentrification se constitue aussi à travers le « travail social » effectué par les « gentrifieurs ». Ceux-ci en emménageant dans un habitat où l’environnement est difficile (trafic de drogues, ateliers clandestins, violence…) s’investissent matériellement et symboliquement. Mais ce faisant, ils construisent aussi l’espace du quartier en « ressources sociales » professionnellement mobilisables. Leur valorisation de la mixité sociale et de la sociabilité de quartier est cependant souvent mise à mal par une certaine pratique de l’« entre-soi ».

Les anciennes cours réhabilitées des faubourgs : une forme de gentrification à Paris

Les anciens faubourgs populaires de Paris se caractérisaient par une interaction entre activité artisanale et logement, notamment dans certaines grandes cours et passages hérités du parcellaire rural. Dans le faubourg Saint-Antoine (11e , 12e arrondissements), ces cours étaient spécialisées dans le travail du bois, et celles du faubourg du Temple (10e , 11e ) dans la petite métallurgie. La désindustrialisation progressive du centre de Paris a laissé vides ces cours dans les années 1980-1990 et la gentrification investit ces lieux, soit spontanément, soit par l’intervention d’un marchand de biens. Dans le premier cas, la transformation sociale est progressive et les « gentrifieurs » appartiennent aux classes moyennes ; dans le second cas, la réhabilitation entraîne le remplacement complet des anciens habitants des classes populaires par de nouveaux, appartenant aux classes moyennes et supérieures. Dans ces cours réhabilitées, les « gentrifieurs » introduisent un nouveau mode de vie et une forme particulière de sociabilité collective. Même s’ils ne pratiquent guère la mixité sociale de leur quartier, ils la valorisent dans une stratégie de distinction sociale afin de se constituer en un groupe social à part entière, dont l’existence reste à confirmer.

Mixité sociale ou inclusion sociale ? Bricolages montréalais pour un jeu à acteurs multiples

L’histoire de la mixité sociale comme catégorie d’action publique dans les politiques de logement à Montréal (province du Québec, Canada) peut être lue à travers des projets exemplaires et des moments phares, qui l’incarnent à des échelles spatiales différentes. À chaque fois cependant, la mixité sociale apparaît plus comme le résultat d’un bricolage où interviennent plusieurs acteurs autour de l’enjeu du logement social que comme une politique top down. Elle est aussi davantage associée aux statuts d’occupation (propriété, location) qu’à des préoccupations de cohésion sociale. Les HLM, les coopératives et le logement abordable y jouent un rôle-clé. Enfin, elle se déploie aujourd’hui sur le registre de l’équité socio-spatiale et repose fortement sur le dynamisme et l’influence des organismes communautaires.

Quand la mixité sociale mobilise des gentrifieurs. Enquête sur un mot d’ordre militant à Boston

Cet article part d’un conflit qui a opposé des résidents d’un quartier de centreville requalifié aux États Unis, à propos de l’aménagement d’habitat collectif pour des anciens sans-logis. Deux camps s’affrontent, dont l’un défend l’opération au nom de la « mixité sociale ». On partira de la manière dont, à l’occasion du conflit, ce concept a été utilisé pour mettre au jour le fonctionnement d’un groupe de propriétaires blancs mobilisés qui impulse et contrôle les transformations du quartier, et ce malgré les différenciations internes qui le traversent. À travers la gestion territoriale qui s’est ainsi mise en place depuis les années 1960, se jouent les formes et la légitmité de la présence de populations perçues comme « autres ». On met ainsi en évidence l’impact plus ou moins inclusif ou exclusif de la mobilisation des gentrifieurs pour la « mixité sociale ».

De Paris à Londres : le défi de la mixité sociale par les « acteurs clés »

La mixité sociale constitue un des objectifs centraux des politiques urbaines menées à Paris et à Londres et légitime des interventions sur le peuplement du logement social et intermédiaire pour transformer les quartiers populaires. Dans cette optique, une attention toute particulière est accordée aux acteurs clés considérés comme des « relais » efficaces de mixité sociale auprès des couches populaires et issues de l’immigration. Pourtant, cette politique comporte des risques dans la mesure où elle repose sur une acceptation supposée, bien que non vérifiée, des habitants aux trajectoires sociales et résidentielles hétérogènes à cohabiter avec d’autres.

La mixité dans la rénovation urbaine : dispersion ou re-concentration ?

La mixité est un objectif central des programmes de rénovation urbaine lancés en France et en Europe dans les années 2000, la diversification de l’habitat en étant l’instrument. L’article, après avoir présenté les enjeux de la mixité dans la rénovation, associée à l’idée de parcours résidentiel, met en évidence les effets paradoxaux de la démolition et des relogements dans une dizaine d’opérations franciliennes. D’une part, à l’inverse des effets de la rénovation des années 1960, la tendance est plutôt à la re-concentration des familles les plus pauvres dans la ZUS qu’à la dispersion, et au départ de petits ménages plus « aisés » vers des secteurs plus valorisés, dans et hors de la ZUS. D’autre part, les recompositions sociales et urbaines, perceptibles à travers ces mobilités et le vécu des habitants, vont plutôt dans le sens d’une fragmentation des « grands ensembles » et/ou de la commune en petites unités résidentielles, homogènes, mais différenciées entre elles. Elles posent la question des échelles de la mixité, tout en reposant celles de la cohabitation et des inégalités dans le choix de ces proximités spatiales et sociales.

La mixité : mot d’ordre, voeu pieux ou simple argument ?

Le mot « mixité » a des significations différentes et de nombreux usages dans le domaine de la sociologie, des politiques locales et de l’urbanisme. Cet article met au jour la variété de sens et d’enjeux, dévoilant les différentes conceptions de la société et les divers modèles de justice qui irriguent l’imaginaire politique contemporain. Le mot « mixité » est appréhendé selon une démarche d’analyse de discours, comme un symptôme des contradictions et des hésitations intellectuelles et idéologiques actuelles.