Archives du mot-clef métropole



L’inter-institutionnalité technique au cœur de la construction métropolitaine

Cet article part du constat selon lequel la gestion des territoires métropolitains est inter-organisationnelle. Dans la lignée de la sociologie de l’action organisée, il développe une approche systémique de l’action publique dans le cas d’un projet de réseau de transport métropolitain. Celui-ci implique une coopération entre le syndicat des transports, le conseil régional, plusieurs départements, une communauté urbaine et plusieurs communautés d’agglomération. En nous intéressant aux acteurs qui, concrètement, assurent le déploiement de ce projet, nous explorons les mécanismes qui rendent possible cette action collective entre des administrations autonomes liées par des interdépendances stratégiques fondées sur la distribution territoriale et sectorielle des compétences en matière de transport public et d’aménagement. Nous mettons ainsi en évidence l’inter-institutionnalité technique qui, à l’occasion d’actions opérationnelles, contribue à la construction métropolitaine.

L’action métropolitaine, version française

Cet article de synthèse participe au débat sur la théorie des métropoles. Il analyse l’action qui vise à créer, développer ou faire fonctionner des entités que les acteurs identifient comme des métropoles. Il étudie successivement les objets de l’action métropolitaine, ses acteurs et leurs coopérations, puis les régulations qui maintiennent le système en équilibre.

Il montre que des acteurs nombreux et peu homogènes coopèrent au sein de jeux instables et toujours plus nombreux. Ils produisent des objets composites. La régulation repose sur le benchmarking, les contraintes extérieures et la capacité mobilisatrice des entrepreneurs de métropole.

Il met en évidence un paradoxe de la métropole, forte par la concentration des opportunités et des ressources et la capacité de développement, faible car elle reconstruit sans cesse son équilibre, et dépend fortement de la contrainte extérieure. L’enjeu est alors de fédérer un grand nombre d’acteurs autour d’un récit ou d’un projet collectif.

Métropoles en tension. La construction heurtée des espaces politiques métropolitains

La loi française MAPAM, relative aux métropoles et adoptée en 2014, reconnaît juridiquement les métropoles. Cette réforme participe d’un flux d’initiatives diffuses, repérables sur d’autres scènes que le Parlement. Croisant les échelles d’analyses, cet article montre comment l’espace métropolitain de la région urbaine marseillaise se renforce en s’indexant aux dispositifs d’action publique et en agrégeant des élites engagées dans la prospective et la promotion économique du territoire. La convergence entre la volonté nationale et la stratégie des élites locales ne suffit pas à ancrer le projet métropolitain, contrarié par les réactions défensives des maires opposés à l’hégémonie de la ville-centre et inquiets des effets sélectifs des transferts de pouvoirs à des niveaux de gouvernance qui les marginalisent.

Faire converger projet métropolitain et stratégies universitaires : l’autre grand chantier de Montpellier ?

Le développement de Montpellier dans les années 1960 s’est notamment appuyé sur la création de deux vastes campus « à l’américaine » au nord du territoire communal. Dans une approche planificatrice et descendante, l’État a imposé aux pouvoirs locaux (qui ont finalement pris fait et cause pour le projet) l’implantation de grands ensembles universitaires dans la périphérie montpelliéraine, à l’écart des services urbains et des facultés historiques restées au centre. Les opportunités foncières offertes à l’époque dans ce secteur ont conforté le choix des pouvoirs publics. Le quartier « Hôpitaux-Facultés » s’est révélé être un des moteurs de l’extension urbaine et l’une des portes d’entrée d’une ville, alors davantage tournée en direction des garrigues que vers la mer. De la construction du Centre Richter sur les rives du Lez à la requalification des anciens hospices en centre ville, les stratégies universitaires se sont depuis diversifiées, tout en faisant écho à l’évolution du projet montpelliérain – dont le quartier d’Antigone, le parc urbain du Lez puis l’avenue Dugrand ont tour à tour constitué les fronts. Ce faisant, « l’Opération Campus » débutée en 2009 paraît désormais déconnectée des priorités de la municipalité, alors qu’elle recouvre de multiples enjeux en matière de logements, d’environnement et de transport à l’échelle métropolitaine.

Contre le déterminisme de la forme urbaine, une approche totale de la forme de la ville

La compréhension de la forme de la ville ne peut se réduire au questionnement des formes urbaines et architecturales. Il est impérieux de concevoir la ville comme totalité. Si la construction de la forme de la ville en appelle à une détermination physique, elle implique des formes sociales et politiques. Au-delà de cette dialectique, conformément aux principes de la réalité totale, la forme de la ville ne se réduit pas à la somme de ses composantes, mais procède de leur transcendance. L’espace public urbain, marqué par les formes urbaines et architecturales, n’en est pas moins une construction sociale et politique. Sommé de concilier les pratiques habitantes et les missions idéologiques ayant à voir avec les enjeux métropolitains, son appréhension exige de reconsidérer sa polysémie. Le questionnement de la forme urbaine prend sens en relation avec celui de la ville et, en particulier, de l’espace public urbain.

La formation : réponse aux défis économiques et sociaux des métropoles ouesteuropéennes ? Le cas bruxellois

Partant des constats que l’offre d’emploi est plus qualifiée que la demande, et que le risque individuel de chômage est fortement lié au niveau de diplôme, les pouvoirs publics ont fait de la formation l’axe principal des politiques d’insertion sur le marché du travail. Pourtant, la qualification croissante à l’échelle d’une grande métropole comme Bruxelles ne se traduit pas forcément par une amélioration de la situation du marché du travail. En outre, à l’échelle intra-urbaine, la formation croissante de la population n’a pas permis de diminuer les inégalités socio-spatiales d’insertion sur le marché du travail. Les personnes issues des quartiers défavorisés ont à la fois un accès plus difficile au diplôme et connaissent, à diplôme égal, un risque de chômage de plus en plus élevé. Jusqu’à présent, les différentes politiques de formation (discrimination positive, formation professionnelle) se sont donc avérées incapables de résorber le chômage et sa concentration dans les zones les plus pauvres de la ville.

Quand les managers publics locaux inventent la métropole procédurale

Cet article met en évidence le rôle de certains managers locaux dans la construction politique des métropoles, en s’appuyant sur l’étude de terrains français. Ces administrateurs et ces techniciens, qui coordonnent des actions impliquant plusieurs institutions (collectivités territoriales, établissements publics) et sont situés dans l’orbite du champ politique, peuvent être classés en trois catégories : les régulateurs de l’intercommunalité, les inventeurs de territoires, les pilotes d’actions publiques. Ils occupent une position de marginal sécant et développent leur capacité d’action en s’appuyant sur différentes ressources : la maîtrise des règles du jeu ; la territorialité ; la « sectorialité ». Les métropoles qu’ils co-construisent peuvent être qualifiées de procédurales parce qu’elles procèdent de la recherche approximative des régulations possibles à partir de ces trois types de ressources.