Archives du mot-clef mémoire



La patrimonialisation du centre historique de Berlin, un oubli programmé ? Le réaménagement de la place du château

Le réaménagement de la place du château à Berlin révèle la façon dont certains acteurs politiques et associatifs participent d’une « renationalisation » du discours sur les spécificités urbaines locales. La requalification de cet espace central a supposé l’éviction du palais de la République, édifice emblématique de Berlin-Est érigé en 1976 en lieu et place du château des Hohenzollern et qui fonctionna pendant près de 14 ans jusqu’à ce que les événements de 1989 remettent en question son existence. En 2002, le Bundestag vota sa destruction et la reconstruction de l’ancien château municipal. Nous verrons tout d’abord en quoi la création d’un objet patrimonial par voie de clonage architectural vise à combler l’espace urbain de fictions se rapportant aux identités locales. Nous montrerons ensuite comment certains acteurs contestèrent ces récits sur les identités urbaines. Il s’agira enfin d’explorer les effets exclusifs de la destruction du palais de la République.

Le Vaudreuil (Val-de-Reuil) contre l’État ou l’itinéraire sociopolitique du localisme revisité

Les villes nouvelles des années 1960 ont donné une place déterminante au localisme. Parmi elles, le Vaudreuil ville nouvelle (Val-de-Reuil) représente sans doute le triomphe de cette grande utopie. Incarnée par le Droit à la ville de H. Lefebvre, cette façon de penser les rapports sociaux et la citoyenneté par la base fait toujours l’objet des politiques de la ville depuis trente ans. L’article montre comment les configurations relationnelles et les affiliations socioprofessionnelles des « bâtisseurs » du Vaudreuil dans différentes sphères (culturelles, techniques et politiques) ont structuré intellectuellement, historiquement et géographiquement cette pensée localiste. Il en résulte une remise en cause de cette conception manichéenne et statique de l’espace politique – le centre contre la périphérie – au profit d’une vision réticulaire, où les différents territoires mentaux de l’action publique autour du Vaudreuil constituent ses « lieux mémoire » symboliques. Aux connivences tant décriées entre « notables et administrations » des années 1960 succède un modèle de pouvoir plus diffus et décentralisé, représenté par des liaisons profitables aux mouvements gauchistes et au socialisme autogestionnaire.

Autonomie dans la migration et dimension mémorielle des lieux

Dans la relation de l’individu à son environnement, des formes d’attention mettent l’accent sur la « reconnaissance » d’éléments familiers dans des endroits qui ne le sont pas. L’attention portée aux lieux et aux indices de proximité mis en évidence par les migrants invite à considérer autrement les ressorts de la migration, en tenant compte de leur autonomie dans la décision de migrer. Cet intérêt accordé au familier, parce qu’il met en tension le dépaysement et le « re-paysement », révèle la prégnance de cette migration qualifiée de volontaire dans le processus de subjectivation des migrants et souligne également l’importance des qualités d’hospitalité des villes d’inscription.

La restauration des qsûr : institution du patrimoine et enjeux de mémoire

Sous l’égide du ministère de la Culture algérien et de l’UNESCO, a été engagé récemment un programme de rénovation des qsûr, villages fortifiés du sud de l’Algérie. La restauration de ce patrimoine bâti, qui atteste de la prise de conscience de la part des autorités politiques de son importance en tant que patrimoine historique et culturel, est toutefois sujette à interrogation. Quelles sont les conditions et formes que prend cette réhabilitation ? Quels en sont les enjeux ? Et pour qui ? Car si sa rénovation repose sur une politique de préservation du patrimoine revêtant plusieurs enjeux pour les institutions, elle suscite également un grand intérêt auprès des populations des régions du Sud. En effet, les modalités de réhabilitation de ces qsûr interrogent les conditions et formes de l’institution du patrimoine en Algérie ainsi que les enjeux de mémoire et identitaires liés à l’institution de ces qsûr (lesquels sont les marques de l’autochtonie berbère).

Le centre, la mémoire, l’identité. Les usages de l’histoire dans la (re)-construction du Nouveau marché à Dresde

La reconstruction historicisante actuelle du Nouveau marché à Dresde fait jouer deux définitions du mot histoire : d’une part, « suite d’événements qui ont marqué une période », d’autre part, « mémoire que les générations postérieures conservent d’une période ». Si les projets prétendent porter témoignage de l’histoire du Neumarkt – au premier sens –, et renouer le « fil historique » rompu, force est cependant de constater qu’ils traduisent bien davantage la volonté d’oublier un passé récent douloureux à travers la construction d’un mythe. L’histoire dont ils portent témoignage est donc bien plutôt celle définie en second lieu.

Les Courtillières, cité ordinaire, histoire singulière ?

Dans le processus de rénovation des grands ensembles, il est fait appel à une forme d’histoire qui est davantage une mémoire du passé que sa reconstruction interprétative complète et distanciée. L’usage de cette forme d’histoire semble indispensable pour atténuer d’éventuelles réactions aux démolitions. À travers l’étude monographique de la cité des Courtillières à Pantin dans la région parisienne, c’est toute la complexité des situations et du jeu des acteurs qui éclaire les enjeux de la construction des grands ensembles et de leur évolution. Leur histoire sert ici à comprendre les grands ensembles dans toute leur diversité et à dépasser des lieux communs généralisateurs.

Le Programme d’Histoire et d’Évaluation des villes nouvelles : bilan et perspectives de la recherche historique

Entre 1999 et 2005, les villes nouvelles françaises ont fait l’objet d’un vaste Programme d’histoire et d’évaluation confié à Jean-Eudes Roullier. À l’occasion de ce programme, les historiens ont réinvesti un champ de recherche qu’ils avaient abordé une première fois à la fin des années 1980. L’achèvement de la Mission Roullier permet de mesurer l’état de la recherche historique sur les villes nouvelles. Si la question des origines reste ouverte, le PHEVN a aussi permis d’aborder les périodes les plus récentes de réalisation et de gestion des villes nouvelles. De même, alors que l’histoire culturelle avait été absente des premières recherches, elle a fortement conditionné les travaux les plus récents, tant dans les méthodes que dans les sujets de recherche. Le PHEVN participe du renouveau de l’histoire urbaine du contemporain, dans laquelle il devrait trouver ses prolongements naturels.

“Autenticité” et reconstruction de la mémoire dans l’architecture monumentale japonaise

Les notions d’architecture et de monument diffèrent grandement entre l’Occident et le Japon. Malgré la volonté de modernisation et d’occidentalisation de Meiji, aux alentours de 1885, les réalisations architecturales nouvelles se résolvent dans une imitation formelle, la théorie se réduit aux traités pratiques de charpenterie traditionnelle. Il faudra attendre ITÔ Chûta pour un premier traité théorique d’architecture, puis ÔTA Hirotarô pour une véritable histoire.
Le palais impérial de Kyôto nous montre comment la notion japonaise de monument s’affranchit des contraintes de lieu, de datation, et même de fonction. Les déplacements, reconstructions, reconstitutions et copies plus ou moins fidèles sont le lot commun. Multiples qui créent une sorte de paysage mental du palais impérial de Kyôto, planant au-dessus des époques et des lieux, renouant avec le modèle originel dans son esprit, porté par sa forme, fût-ce par l’image d’un bâtiment plus récent.