Archives du mot-clef logement social



Résister à l’exil. Enquête auprès des mal-logés parisiens

En raison de l’élévation des prix de l’immobilier, la tendance est depuis plusieurs décennies à l’éviction des classes populaires de la capitale. Celles qui y subsistent malgré tout, si elles n’ont pas la chance d’accéder à un parc social largement saturé, doivent bien souvent se replier sur des logements de piètre qualité. Résister à l’exil hors de Paris est cependant pour elles la première des priorités. À leurs yeux, la capitale permet en effet de compenser des conditions de travail difficiles et d’échapper à la ségrégation territoriale, deux marqueurs forts de la condition populaire contemporaine. Bien plus, ce lieu est considéré comme une façon de favoriser les projets d’ascension sociale. Par ailleurs, ces personnes redoutent un déracinement suite auquel elles perdraient leurs repères et les maigres ressources sociales dont elles disposent.

Écrire aux HLM, se plaindre à l’État. Quelques figures de la protestation dans un quartier populaire

Les correspondances envoyées aux organismes hlm sont souvent considérées comme une pratique individuelle soumise aux impératifs bureaucratiques. Pourtant, elles constituent le terrain d’un rapport de forces tout particulier. Au-delà d’une simple relation locataires-bailleur, ces correspondances nous révèlent une intense relation à l’État. Qu’il s’agisse d’un droit revendiqué, d’une clause d’un contrat non respectée ou d’une situation illégale mais légitime, le droit est sans cesse utilisé pour accéder à une protection cautionnée par l’État. Entre idées morales et catégories juridiques, ce droit indigène force les décisions de l’organisme hlm. Cet article s’appuie principalement sur l’analyse des dossiers des locataires d’une cité d’habitat social de Seine-Saint-Denis (93) et sur l’ensemble des matériaux collectés lors d’une enquête dans l’office hlm gestionnaire.

Faut-il vraiment démolir les grands ensembles ?

En réponse aux problèmes que poseraient des grands ensembles, les pouvoirs publics en ont programmé la démolition. Cette décision s’appuie sur des arguments techniques et sociaux, justifications qui cachent en réalité une volonté de dispersion des populations concernées. Cette démolition-dispersion est l’aboutissement d’un raisonnement s’appuyant sur un postulat suivant lequel le lieu ferait la personne et qu’une action sur l’espace permettrait de résoudre des problèmes sociaux. Cette manière de résoudre la question du logement des catégories défavorisées et la conception universaliste du politique dans lequel cette question s’inscrit méritent d’être examinées, d’autant que cette mesure entraîne la disparition de logements pouvant accueillir la frange la plus démunie de la population.

Archives et construction de l’objet. Un parcours de recherche sur les politiques de l’habitation populaire

Le propos de cette réflexion est méthodologique : il envisage le rapport entre construction de l’objet et archives, à partir de l’expérience de recherche de sociologie historique de l’auteur, dont les travaux portent sur la politique de l’habitation populaire. Le texte souligne la proximité des problèmes que rencontrent l’enquête sociologique et l’investigation historique portant sur l’époque contemporaine. Il s’arrête sur l’usage des archives en relation avec les questions de la recherche, après avoir souligné l’analogie des démarches du sociologue et de l’historien confrontés à un document de même nature, puis traité du choix des sources.

« Comment nous sommes devenus HLM ». Les opérations de mixité sociale à Paris dans les années 2000

Cet article entend travailler la thématique de la mixité sociale à partir d’une perspective dynamique, qui envisage les situations de mixité à travers la coprésence non de positions mais de trajectoires socio résidentielles différenciées, interagissant au sein d’un cadre global lui-même en évolution. À partir d’une enquête sur les actions menées depuis 2002 par la Ville de Paris en vue d’agir sur la mixité sociale résidentielle, il met en évidence la pertinence de la distinction entre mobilités actives et passives afin de comprendre les discours et pratiques des habitants concernés. Il éclaire la multiplicité des points de vue, de l’ascension sociale au déclassement, et souligne comment la contrainte vécue conduit à l’exacerbation des rapports sociaux et des logiques de distinction autour de la question raciale. Dans cette perspective, la figure du ghetto devient prégnante et souligne combien l’objectif de cohésion par la mixité est loin d’être atteint.

Artefacts sécuritaires et urbanisme insulaire : les quartiers d’habitat social rénovés à Belfast

L’objectif de cet article est de montrer que le processus de rénovation urbaine des années 1980 et 1990 à Belfast tend à créer des espaces insulaires. En effet, des considérations multiples sont à l’origine de la création de quartiers tournés sur eux mêmes mais pas totalement isolés. Le conflit communautaire et la violence confessionnelle sont en trame de fond, mais des considérations sur la délinquance de droit commun ainsi que les modes en terme de composition urbaine sont en jeu. L’organisme maître d’ouvrage, le Northern ireland Housing Executive (NIHE), gestionnaire du logement ocial est soumis à des pressions et impératifs contradictoires : peurs des communautés locales, revendications des élus et des milices paramilitaires, administration de la voirie opposée à la fermeture des rues. La voirie et les plans-masses des nouveaux quartiers, intégrant des grilles et des murs, sont en rupture avec la trame quadrillée et ouverte du bâti aligné sur rue, sans toutefois réaliser des enclaves retranchées de la ville.