Archives du mot-clef localisme



Les acteurs locaux aux prises avec l’injonction paradoxale de la mixité sociale à l’école

L’émergence du credo de la mixité sociale à l’école est concomitante de transformations de la sphère éducative : émergence d’un libre choix de l’école, accroissement des logiques concurrentielles, responsabilisation accrue des acteurs locaux. L’article montre que, sous couvert de promotion des élèves de milieux populaires dans les établissements les plus « attractifs », le credo de la mixité sociale contribue à reproduire le schème de la méritocratie scolaire. Le renvoi de la responsabilité de la mixité sociale aux acteurs locaux, s’il donne lieu à des réalisations institutionnelles modestes, contribue au renforcement des dispositifs de normalisation des classes populaires. Le credo de la mixité sociale à l’école ne remet ainsi pas en cause les inégalités structurelles devant l’école ainsi que les stratégies d’entre-soi scolaire des classes moyennes et supérieures.

Le Vaudreuil (Val-de-Reuil) contre l’État ou l’itinéraire sociopolitique du localisme revisité

Les villes nouvelles des années 1960 ont donné une place déterminante au localisme. Parmi elles, le Vaudreuil ville nouvelle (Val-de-Reuil) représente sans doute le triomphe de cette grande utopie. Incarnée par le Droit à la ville de H. Lefebvre, cette façon de penser les rapports sociaux et la citoyenneté par la base fait toujours l’objet des politiques de la ville depuis trente ans. L’article montre comment les configurations relationnelles et les affiliations socioprofessionnelles des « bâtisseurs » du Vaudreuil dans différentes sphères (culturelles, techniques et politiques) ont structuré intellectuellement, historiquement et géographiquement cette pensée localiste. Il en résulte une remise en cause de cette conception manichéenne et statique de l’espace politique – le centre contre la périphérie – au profit d’une vision réticulaire, où les différents territoires mentaux de l’action publique autour du Vaudreuil constituent ses « lieux mémoire » symboliques. Aux connivences tant décriées entre « notables et administrations » des années 1960 succède un modèle de pouvoir plus diffus et décentralisé, représenté par des liaisons profitables aux mouvements gauchistes et au socialisme autogestionnaire.