Archives du mot-clef habitat



Habiter le patrimoine mondial : « ville de pierre » et ville des hommes. Le patrimoine ordinaire à Bordeaux

La patrimonialisation de quartiers d’habitat ordinaire est le dernier jalon de l’évolution de la notion de patrimoine depuis l’invention de celle de « monument historique ». Mais les mesures de protection de tels patrimoines ont des incidences complexes sur les quartiers concernés, les pratiques de leurs habitants et l’évolution de leur profil social. À partir de l’exemple de quartiers de maisons mitoyennes qui ont couvert pendant le xIxe siècle un vaste territoire constituant la première banlieue de la ville de Bordeaux, les auteurs proposent une lecture des incidences d’une réglementation à vocation protectrice de ce patrimoine ordinaire habité, à travers l’image esthétisante qui en est prônée, niant les pratiques d’occupation actuelles et en relation de fait avec la gentrification progressive de cet habitat urbain depuis les années 1980.

Dans la « cuisine » de la mixité : retour sur des expérimentations nantaises

Fabriquer une diversité de produits de logements sur les opérations publiques d’aménagement est au coeur de la commande des élus nantais. La programmation est un levier pour établir une mixité d’occupation sociale (locataires, primo-accédants et autres propriétaires occupants). Les aménageurs, chargés par les collectivités des projets urbains, doivent intégrer des logements sociaux (liés aux droits à construire hérités par les bailleurs sociaux des démolitions faites dans les quartiers en rénovation urbaine), constituer une offre inédite de logements à prix encadrés (logements dits « abordables ») et expérimenter des opérations immobilières associant les logements « libres », « abordables » et sociaux. La mise en oeuvre de cette programmation complexe montre les réponses faites par les bailleurs sociaux et les promoteurs, l’évolution de leurs pratiques et cultures professionnelles, mais aussi la persistance de réflexes ségrégatifs et une volonté de différenciation argumentée des deux côtés.

Choix résidentiels et différenciation des modes de vie des familles de classes moyennes en suisse

Cet article approche la question de la différenciation des classes moyennes par la thématique des choix résidentiels. Basés sur une enquête auprès de ménages familiaux des agglomérations de Lausanne et Berne (Suisse), l’article propose une approche en termes de modes de vie – saisissant dans un même cadre d’analyse les dimensions sensibles, sociales et fonctionnelles du rapport à l’environnement construit. Les résultats permettent ainsi d’identifier sept modes de vie résidentiels contrastés au sein des classes moyennes qui permettent de lier aspirations résidentielles et manières de vivre. La diversité en jeu n’est ici pas simplement relative à une transformation des valeurs ou des modes de consommation mais elle renvoie à l’articulation complexe des différentes sphères du mode de vie révélant une sédimentation historique des différentes manières de se rapporter au logement et au territoire apparu au fil du siècle dernier.

Le loft : habitat atypique et innovation sociale pour deux générations de « nouvelles classes moyennes »

La reconversion d’anciens locaux d’activité en logements est un phénomène certes marginal, mais révélateur de certaines innovations sociales dans les franges supérieures des classes moyennes. Plusieurs auteurs ont vu dans la diffusion des lofts l’effet de la récupération marchande de la critique artiste et d’une demande croissante envers un habitat distinguant. L’analyse de cinq cas d’habitants ayant reconverti d’anciens locaux industriels dans le Bas-Montreuil, en région parisienne, fait apparaître d’autres ressorts d’un tel choix résidentiel. Pour la génération des « nouvelles classes moyennes » arrivée dans les années 1980, ces espaces ont permis de mettre en oeuvre des normes d’habitat alternatives et de donner sens à une position sociale nouvelle. Pour leurs successeurs, arrivés dans les années 2000, la conversion de locaux d’activité permet de valoriser des ressources non financières et de compenser une position sur le marché immobilier fragilisée par la précarisation de l’emploi.