Archives du mot-clef gouvernance



Quand l’histoire orale s’invite dans la gestion de l’eau. L’espace irrigué de Kerma (Tunisie)

Les expériences de transfert de la gestion de l’eau, de l’État vers les usagers, rencontrent des difficultés qui échappent aux analyses techniques et agro-économiques. À travers le cas de la région de Kairouan en Tunisie, cet article mobilise l’histoire racontée localement, pour réinterpréter les dysfonctionnements contemporains d’un périmètre irrigué. Relatant une succession de dépossessions, l’histoire orale explique une partie des revendications actuelles des populations, notamment celle d’avoir accès à plus d’eau. Les prises d’eau illicites qui perturbent le partage de l’eau sont vues comme une adaptation des populations à des évolutions imposées de l’extérieur et compensant des droits perdus au cours de l’histoire. Dans le contexte politique actuel, favorable à la (re)construction du dialogue entre administration et populations rurales, l’histoire orale peut jouer un rôle important.

Métropoles en tension. La construction heurtée des espaces politiques métropolitains

La loi française MAPAM, relative aux métropoles et adoptée en 2014, reconnaît juridiquement les métropoles. Cette réforme participe d’un flux d’initiatives diffuses, repérables sur d’autres scènes que le Parlement. Croisant les échelles d’analyses, cet article montre comment l’espace métropolitain de la région urbaine marseillaise se renforce en s’indexant aux dispositifs d’action publique et en agrégeant des élites engagées dans la prospective et la promotion économique du territoire. La convergence entre la volonté nationale et la stratégie des élites locales ne suffit pas à ancrer le projet métropolitain, contrarié par les réactions défensives des maires opposés à l’hégémonie de la ville-centre et inquiets des effets sélectifs des transferts de pouvoirs à des niveaux de gouvernance qui les marginalisent.

Les déchets et l’aménagement des territoires de Buenos Aires et Rio de Janeiro

Buenos Aires et Rio de Janeiro sont deux métropoles latino-américaines de plus de 10 millions d’habitants ; la gestion des déchets pèse sur l’aménagement de leurs territoires. Cette gestion était souvent prise en charge par le gouvernement central, au nom des enjeux de sécurité sanitaire et de maîtrise d’espaces stratégiques. Ces décisions, prises par des dictatures militaires répressives, ont été remises en cause au cours des années 1990, avec la redistribution des cartes de la gestion par les gouvernements locaux. Les municipalités tentent de tirer leur épingle du jeu, en associant les acteurs publics, privés et associatifs à leurs politiques de durabilité. Les dispositifs de participation démocratique laissent entrevoir le début d’une gouvernance métropolitaine des déchets.

La coopération urbaine transfrontalière ou l’Europe « par le bas » ?

Le texte s’intéresse à une forme particulière de coopération intercommunale mettant en jeu non seulement des collectivités françaises voisines, mais aussi des collectivités allemandes, autour de la zone frontalière Moselle-Sarre, dessinant les contours d’une gouvernance locale renouvelée dans un rapport singulier à la construction européenne. De la sorte, c’est la redistribution des chances de gagner du pouvoir à l’intérieur du territoire et la transformation des ressources dans la compétition politique que l’on
aborde. L’analyse s’ancre dans une sociologie politique et urbaine de la gouvernance, pour souligner tout l’intérêt qu’il y a à revenir sur les différents types d’acteurs en présence et leurs propriétés sociales, afin de comprendre comment la gestion d’une agglomération transfrontalière se met en oeuvre, suivant une articulation sophistiquée de combinaisons entre le modèle politico-administratif du gouvernement local et les modes de gouvernance locale, excluant un certain nombre de partenaires possibles et produisant des modifications de la définition de l’intérêt général, du transfrontalier, des relations avec les acteurs extérieurs et des rapports de pouvoir, modifications significatives de processus d’européanisation « horizontale ».

L’aménagement des chemins de randonnée : un instrument d’identification et de « gouvernance » territoriales

Le développement des pratiques sportives itinérantes dans les espaces « naturels » péri-urbains s’accompagne de politiques publiques d’aménagement. Celle menée depuis 1993 par une Communauté d’agglomération, analysée comme instrument de dynamique intercommunale, participe à l’énonciation d’un nouveau territoire politique et de l’action publique. La réhabilitation des chemins vicinaux, leur transformation en chemins de randonnée, leur « patrimonialisation », leur mise en ordre par un schéma directeur mais aussi leur mise en scène et en carte apparaissent comme autant de dispositifs qui permettent la régulation des tensions entre différents usages de cet espace péri-urbain, la fabrication d’une « identité » intercommunale et son identification comme territoire « pertinent » et légitime d’action publique locale.

Métropolisation et intégration transfrontalière : le paradoxe luxembourgeois

À partir de l’exemple de Luxembourg, cet article traite de l’intégration des espaces frontaliers métropolitains, en s’interrogeant sur l’articulation de leurs propriétés institutionnelles et fonctionnelles. Dans un premier temps, il questionne l’évolution fonctionnelle de l’aire métropolitaine en prenant pour variable l’intensité des flux pendulaires, l’objectif étant de montrer l’existence d’un espace métropolitain aux dimensions transfrontalières. Dans un second temps, l’article examine les initiatives entreprises dans le domaine de l’intégration institutionnelle par les acteurs politiques. Le cas luxembourgeois permet alors de montrer que, contrairement à d’autres métropoles européennes et de manière paradoxale, il n’existe aujourd’hui aucune gouvernance métropolitaine transfrontalière susceptible de répondre aux enjeux de l’aire fonctionnelle préalablement définie. Cette situation singulière résulte du rôle prépondérant de l’État luxembourgeois – plutôt que de la Ville – dans les dynamiques métropolitaines.

Participation du secteur privé à la gestion des services des eaux : tendances récentes et débats dans les pays en voie de développement

Ces deux dernières décennies, la participation du secteur privé a été l’une des questions les plus controversées de la gestion des réseaux urbains de l’eau dans les pays en voie de développement. Cet article s’intéresse aux tendances récentes sur cette question, et présente de façon synthétique des éléments qui semblent montrer que le modèle le plus courant – des compagnies multinationales, engagées dans des contrats de délégation de service public à long terme – a connu un repli stratégique. L’analyse expose brièvement la réorientation stratégique du secteur privé, et suit l’évolution subséquente des doctrines et débats concernant la gestion privée ou publique de l’approvisionnement en eau. En guise de conclusion, l’article suggère la nécessité d’élargir nos conceptions de la gouvernance pour prendre en compte les questions du pouvoir et des politiques dans le contexte d’une citoyenneté urbaine. Mots-clés : eau, privatisation, urbain, gouvernance, développement.

Petites communes et opérateurs privés : généalogie du modèle français de gestion des services d’eau potable

Pour 75 % de la population française, le service public d’eau potable est délégué à un opérateur privé. Ce modèle concentre l’attention dans un contexte marqué par l’opposition entre gestions publique et privée. Il occulte de fait la grande diversité de l’organisation des services d’eau, née de la combinaison d’organisations distinctes pour chacune des activités (production, distribution), de l’application de règles différentes selon la taille des services et de l’évolution territoriale que ces derniers connaissent depuis la loi Chevènement (1999). La domination du modèle en délégation de service public est en fait l’aboutissement d’une histoire, où l’organisation institutionnelle et territoriale des services et les opportunités de gestion ont joué un rôle déterminant. La mise en perspective historique des contraintes auxquelles les collectivités locales ont été soumises et de leurs choix permet d’analyser l’ensemble du modèle actuel et d’envisager ses possibles évolutions.

Migrations urbaines en milieu rural : diversification sociale et recomposition du politique

Les migrations d’urbains vers le milieu rural connaissent une augmentation croissante depuis plusieurs décennies en France. Elles traduisent de profondes transformations des rapports aux territoires dans les sociétés postindustrielles. Au plan local, elles induisent un processus de recomplexification que l’on déclinera dans trois directions complémentaires : l’identification du processus en lui-même, l’analyse de la place qu’y occupent des systèmes de représentations, l’analyse de son impact sur la gestion de l’espace commun et de la chose publique. L’analyse d’un conflit entre différentes fractions de la population d’un village des Pyrénées-Orientales servira à la fois d’illustration de l’une des facettes de cette recomplexification et de support à une réflexion sur les voies de la reconstruction du politique dans ces espaces sociaux ni vraiment urbains, ni vraiment ruraux, qui expriment sans doute des transformations durables de nos rapports aux territoires.

Gouverner par les normes environnementales : jeux d’acteurs et de puissance dans la certification forestière

Le champ environnemental international est un lieu important d’émergence de dispositifs privés de normalisation et de certification visant à encadrer les actions et les pratiques des acteurs. Envisagés comme des instruments de gouvernance et de négociation, ces dispositifs se voient souvent attribuer une forte légitimité démocratique de même qu’un potentiel régulatoire et « pacificateur » élevé au sein du jeu forestier international. Pourtant ce dernier révèle des persistances conflictuelles, parfois soustendues par les dispositifs et les processus de certification eux-mêmes. Il s’agit donc de réintroduire dans l’analyse des interactions les variables du pouvoir et de la puissance, de prendre en compte les stratégies et jeux d’acteurs – privés ou publics – et les enjeux conflictuels de captation, de maîtrise des processus de normalisation environnementale à l’oeuvre en matière forestière.