Archives du mot-clef gentrification



Lieux de culture et gentrification. Le cas de la Maison des métallos à Paris

Les quartiers en voie de gentrification accueillent aujourd’hui des lieux de culture nombreux et variés. Cet article propose de saisir ces lieux dans leur relation avec l’espace urbain, afin d’interroger le processus de gentrification au regard du rapport que les acteurs urbains entretiennent à la culture. Il s’appuie pour cela sur l’étude d’un lieu de culture parisien, la Maison des métallos. Après une présentation des acteurs et des processus qui ont conduit à l’ouverture de ce lieu dans un quartier en voie de gentrification, l’accent est mis dans une deuxième partie sur les décalages entre le projet initial et la réalité de la programmation comme de la fréquentation. La troisième partie analyse les formes de cohabitation et/ou de conflit entre groupes sociaux que ces lieux cristallisent. En somme, l’article donne à voir des clivages qui renvoient à des visions de la culture et de la ville en partie divergentes.

Le « Village Gai » de Montréal. Une aventure urbaine minoritaire

Cet article interroge l’apparition d’un « quartier gay » à Montréal à travers les changements qui affectent le statut minoritaire et stigmatisé des populations homosexuelles dans les sociétés occidentales contemporaines. À partir d’une enquête portant sur le Village Gai de Montréal, il montre comment l’image du refuge identitaire est d’abord centrale dans la construction du quartier gay durant les années 1980 et comment elle est effectivement mobilisée par une première génération gay montréalaise. Les années 1990 inaugurent une nouvelle étape pour le quartier et les populations gays : celle de la conversion du stigmate en ressource sociale et spatiale.

Habiter le patrimoine mondial : « ville de pierre » et ville des hommes. Le patrimoine ordinaire à Bordeaux

La patrimonialisation de quartiers d’habitat ordinaire est le dernier jalon de l’évolution de la notion de patrimoine depuis l’invention de celle de « monument historique ». Mais les mesures de protection de tels patrimoines ont des incidences complexes sur les quartiers concernés, les pratiques de leurs habitants et l’évolution de leur profil social. À partir de l’exemple de quartiers de maisons mitoyennes qui ont couvert pendant le xIxe siècle un vaste territoire constituant la première banlieue de la ville de Bordeaux, les auteurs proposent une lecture des incidences d’une réglementation à vocation protectrice de ce patrimoine ordinaire habité, à travers l’image esthétisante qui en est prônée, niant les pratiques d’occupation actuelles et en relation de fait avec la gentrification progressive de cet habitat urbain depuis les années 1980.

Cités ouvrières et patrimonialisation : d’un modèle à ses multiples transformations

Le texte montre les tensions patrimoniales autour d’un objet hybride, produit par des logiques industrielles et résidentielles : les cités ouvrières. La complexité des dynamiques de patrimonialisation de ces ensembles immobiliers, issus du modèle paternaliste nourri d’hygiénisme et d’expériences coloniales, s’explique par le développement de l’urbanisation, l’évolution des populations résidentes, les processus de valorisation foncière et de gentrification et aussi par l’actualisation de conflits de classes portant notamment sur les modalités d’appropriation de l’espace. Les enquêtes conduites dans des cités ouvrières en régions lyonnaise et stéphanoise montrent que la question patrimoniale ne va pas de soi puisqu’elle n’y est parfois tout simplement pas posée. Portant sur les modes d’appropriation de l’espace ou sur le projet patronal initial, les intentions patrimoniales divergent par ce qu’elles choisissent de valoriser : les lieux, les pratiques sociales et culturelles du milieu ouvrier, la propriété, etc. Par leur diversité, elles mettent au fond en exergue l’incompatibilité entre les modes d’habiter et le projet fonctionnaliste initial.

Le retour à la rue comme support de la gentrification

La rue est l’une des formes urbaines les plus emblématiques de la rupture avec le modernisme. Pourtant, les conséquences du « retour à la rue » ont rarement été analysées. Cet article montre qu’il est au coeur du système de sens et de valeurs qui a accompagné la gentrification des quartiers anciens populaires. Le retour à la rue présente deux volets : la convivialité et le mélange social des quartiers populaires traditionnels, et le rôle structurant de la trame viaire dans le paysage urbain traditionnel. Le volet social s’appuie sur des arguments très similaires à ceux mobilisés par les gentrifieurs pour valoriser l’ambiance de leur quartier et pour y justifier leur présence. Le volet paysager a été au cœur de la revalorisation de l’image des quartiers anciens populaires et a accompagné diverses politiques de réhabilitation.

Liens territoriaux, liens sociaux. Le territoire, support ou prétexte ?

Cet article entend interroger la capacité du lien territorial, quand il est médiatisé par une association de quartier, à transcender la différenciation sociale des pratiques et des sociabilités. Les associations d’habitants sont en effet volontaristes et cherchent à multiplier les occasions de « vivre ensemble » au sein de l’espace local. Cependant, les discours d’ouverture et de mixité sociale professés par les militants héritiers de la « classe d’alternative » se heurtent à des pratiques valorisant largement l’entre soi au sein même de l’association. Ce n’est qu’à l’occasion d’échanges éphémères, festifs et militants, que s’atténue, très temporairement, la ségrégation des liens sociaux.

« Gentrifieurs, gentrifiés » : cohabiter dans le quartier de la Mission (San Francisco)

Depuis les années 1980 et 1990, le quartier populaire hispanique de la Mission, à San Francisco (Californie), a été l’objet d’un processus de gentrification assez visible, devenant ainsi l’épicentre d’un vif débat sur les enjeux de ce phénomène pour les citadins aux États-Unis. À partir de cet exemple, cet article s’intéresse à l’impact d’une telle transformation sur les rapports au quartier de l’ensemble des habitants de la Mission. Il analyse en particulier les modalités de cohabitation entre les anciens résidents (que j’appellerai les « gentrifiés ») et les nouveaux arrivants par lesquels la gentrification advient (que je désignerai comme « gentrifieurs »). L’on verra qu’un certain nombre de décalages entre les pratiques et les représentations des uns et des autres rendent la cohabitation difficile et pleine de contradictions.

Les « gentrifieurs » du Bas-Montreuil : vie résidentielle et vie professionnelle

Au début des années 1980, les investissements réalisés par les ménages de classes moyennes dans des logements et des quartiers anciens populaires pouvaient être interprétés comme des façons de compenser une socialisation professionnelle défaillante ou insuffisamment valorisante. L’article examine un cas contemporain de gentrification à la lumière d’une telle relation compensatoire entre vie professionnelle et vie résidentielle. Si certaines formes d’investissements dans l’espace résidentiel semblent toujours relever de cette logique compensatoire, on voit apparaître de nouvelles articulations entre vie résidentielle et vie professionnelle. Ainsi, l’expé- rience résidentielle de « gentrifieur » peut être mobilisée comme ressource dans certaines trajectoires professionnelles bien différentes de celles des
« gentrifieurs » des années 1980. Ces nouvelles articulations reflètent les évolutions du rapport au quartier et du rapport au travail de certaines fractions des classes moyennes.

Le « travail » de gentrification : les transformations sociologiques d’un quartier parisien populaire

Jusqu’à la fin des années 1990 le quartier de Sainte-Marthe (Paris, 10e ) abritait une population ouvrière et des ateliers d’artisanat. Depuis cette époque, ces activités ont disparu, et la population s’est transformée à travers à la fois une paupérisation et une gentrification.
Des artistes-plasticiens se sont installés dans les anciens locaux d’artisans, et des professions artistiques au sens large ont repris et transformé un habitat vétuste et très dégradé.
Cet article propose de montrer que le processus de gentrification ne correspond pas simplement au remplacement de catégories sociales populaires par des catégories de niveau socio-économique plus élevé. La gentrification se constitue aussi à travers le « travail social » effectué par les « gentrifieurs ». Ceux-ci en emménageant dans un habitat où l’environnement est difficile (trafic de drogues, ateliers clandestins, violence…) s’investissent matériellement et symboliquement. Mais ce faisant, ils construisent aussi l’espace du quartier en « ressources sociales » professionnellement mobilisables. Leur valorisation de la mixité sociale et de la sociabilité de quartier est cependant souvent mise à mal par une certaine pratique de l’« entre-soi ».

Les anciennes cours réhabilitées des faubourgs : une forme de gentrification à Paris

Les anciens faubourgs populaires de Paris se caractérisaient par une interaction entre activité artisanale et logement, notamment dans certaines grandes cours et passages hérités du parcellaire rural. Dans le faubourg Saint-Antoine (11e , 12e arrondissements), ces cours étaient spécialisées dans le travail du bois, et celles du faubourg du Temple (10e , 11e ) dans la petite métallurgie. La désindustrialisation progressive du centre de Paris a laissé vides ces cours dans les années 1980-1990 et la gentrification investit ces lieux, soit spontanément, soit par l’intervention d’un marchand de biens. Dans le premier cas, la transformation sociale est progressive et les « gentrifieurs » appartiennent aux classes moyennes ; dans le second cas, la réhabilitation entraîne le remplacement complet des anciens habitants des classes populaires par de nouveaux, appartenant aux classes moyennes et supérieures. Dans ces cours réhabilitées, les « gentrifieurs » introduisent un nouveau mode de vie et une forme particulière de sociabilité collective. Même s’ils ne pratiquent guère la mixité sociale de leur quartier, ils la valorisent dans une stratégie de distinction sociale afin de se constituer en un groupe social à part entière, dont l’existence reste à confirmer.