Archives du mot-clef frontière



Commerce et contrebande : les réseaux d’importation des textiles imprimés entre Brazzaville et Kinshasa

Un port fluvial organise le trafic entre deux villes frontalières, Brazzaville et Kinshasa, situées de part et d’autre du fleuve Congo en Afrique centrale. il est devenu en une dizaine d’années un espace notoire de trafic dans lequel une vaste activité de petite contrebande – connue de tous, mais visible et cachée, tout à la fois – s’est organisée pour l’importation à Kinshasa via Brazzaville des textiles imprimés d’origine asiatique. À travers une analyse des pratiques frauduleuses dans un port fluvial qui réunit plusieurs services de l’État chargés en principe d’appliquer la loi, cette contribution examine comment les acteurs qui travaillent dans ce poste frontalier et ceux qui y circulent, construisent ensemble les normes d’importations et de passages illégaux des marchandises.

Fonctionnaires internationaux à Genève : le poids du privilège

À Genève, la perception des fonctionnaires internationaux est passée de l’enthousiasme qui a accompagné l’installation de la Société des Nations en 1920 à l’accusation récente de faire monter les prix du logement. Le développement urbain et économique de la ville est passé par un processus en trois étapes qui a mené à l’invention d’une minorité urbaine privilégiée : la « communauté internationale ». Comment cette population, hétérogène par la nationalité, le sexe, l’âge ou encore la fonction, a constitué une « communauté » ? En retour, comment et en quels termes, les fonctionnaires internationaux se reconnaissent-ils comme d’une communauté fondée sur leur « commune internationalité » et se démarquent-ils des « locaux » ? Cette enquête ethnographique, dans une agence de l’onu, contribue à une anthropologie urbaine d’une minorité cosmopolite.

De la permanence du concept de frontière. Les liens entre travail et vie privée à La Défense

La notion de frontière connaît un bouleversement important : l’avènement d’une nouvelle modernité la rend de plus en plus transparente et donc inopérante. La frontière entre travail et vie privée semble plus particulièrement touchée par les évolutions récentes. En effet, lieux et temps de l’une ou l’autre de ces sphères s’avèrent de plus en plus diffus. Pourtant ces constats méritent d’être relativisés, comme le montre l’exemple empirique d’un quartier d’affaires, La Défense en région parisienne. Ce quartier n’a pas été conçu comme un lieu exclusivement dédié au travail. Il devrait donc être symptomatique du mélange permanent des sphères aujourd’hui à l’oeuvre. Pourtant, à travers des forces d’attraction et de répulsion, le travail conserve une emprise sur les lieux. Ce faisant, la frontière garde au moins en partie sa rigidité, contrairement à ce que le laissent supposer en filigrane les théories de la nouvelle modernité.

La frontière, un outil de projection au monde. Les mutations de Tanger (Maroc)

L’article explore le rôle de la frontière comme pont, permettant de se brancher sur les opportunités résultant du fonctionnement du système-monde. Il montre que le projet est un lieu d’articulation entre la frontière, les réseaux (techniques et sociaux) et la ville, concepts dont la parenté a déjà été soulignée. L’exemple pris est celui des mutations actuelles de Tanger, à l’initiative du gouvernement marocain. L’accent est mis sur la charge symbolique très forte du lieu comme facteur de réussite du projet, et sur la mutation progressive de celui-ci qui, d’étatique et de frontalier, devient peu à peu métropolitain. C’est dans l’interaction souvent paradoxale avec d’autres figures spatiales que la frontière devient tremplin et démultiplicateur de projet.

Métropolisation et intégration transfrontalière : le paradoxe luxembourgeois

À partir de l’exemple de Luxembourg, cet article traite de l’intégration des espaces frontaliers métropolitains, en s’interrogeant sur l’articulation de leurs propriétés institutionnelles et fonctionnelles. Dans un premier temps, il questionne l’évolution fonctionnelle de l’aire métropolitaine en prenant pour variable l’intensité des flux pendulaires, l’objectif étant de montrer l’existence d’un espace métropolitain aux dimensions transfrontalières. Dans un second temps, l’article examine les initiatives entreprises dans le domaine de l’intégration institutionnelle par les acteurs politiques. Le cas luxembourgeois permet alors de montrer que, contrairement à d’autres métropoles européennes et de manière paradoxale, il n’existe aujourd’hui aucune gouvernance métropolitaine transfrontalière susceptible de répondre aux enjeux de l’aire fonctionnelle préalablement définie. Cette situation singulière résulte du rôle prépondérant de l’État luxembourgeois – plutôt que de la Ville – dans les dynamiques métropolitaines.

Frontières en Amérique latine : réflexions méthodologiques

Les frontières en Amérique latine ont connu de riches et intenses modifications depuis le dernier quart du XXe siècle. Les frontières sont plus dynamiques en raison de l’intensification des échanges commerciaux dans cette phase dite de mondialisation. La communication entre les peuples et les échanges culturels s’accélèrent. La porosité, les ambiguïtés, les contradictions, la perméabilité et la mutabilité sont les marques de ce territoire. L’intention de cet article est d’établir une réflexion critique à partir des concepts de la géographie et de la catégorie de territoire, cela en proposant une typologie de rapports frontaliers pour l’espace latino-américain.