Archives du mot-clef France



La dialectique dans la comparaison. Construction d’une enquête franco-italienne et échelles d’analyse

La présente contribution soutient l’importance d’une approche inductive et dialectique de la comparaison. Une approche inductive de la comparaison a l’avantage de nous faire plonger dans des situations concrètes au travers d’une recherche empirique localisée et de faire remonter les données de recherches effectuées vers les résultats empiriques d’autres auteurs et la mise en débat des théories. Une approche dialectique de la comparaison prévoit que la confrontation des différents terrains d’enquête mobilisés puisse représenter une opportunité d’interroger constamment les phénomènes observés dans l(es)’autre(s) terrain(s), tout particulièrement lorsqu’ils sont dissemblables et divergents. Cet argumentaire s’appuie sur l’analyse concrète de notre processus comparatif d’enquête : nous restituons le contexte de contraintes et d’opportunités nous ayant conduit, à partir d’une enquête sur les relations entre sites industriels à risques et territoires dans le Val de Durance, à prolonger la comparaison dans une dimension transnationale avec le site chimique de Rosignano en Toscane (Italie).

Ré-habiter sa vie. L’exploration méthodologique d’un nouveau vivre ensemble via le cheminement urbain filmé

La création d’une pension de famille dans un quartier mixte parisien, fait l’objet d’une étude qualitative dans les champs de la sociologie urbaine et de la sociologie visuelle. Le suivi des parcours des nouveaux résidents sortant de situations de mal-logement et leurs processus d’appropriation des espaces de vie et d’installation dans ce nouveau vivre ensemble sont propices à l’exploration d’un protocole méthodologique particulier : le cheminement urbain filmé. Cette démarche exploratoire, mobilisée pour susciter la parole sur les pratiques des espaces vécus est ici soumise à l’examen. À la manière d’un carnet d’enquête, notre propos est d’exposer cette expérience et de proposer une lecture critique de cette méthode qui débouche sur un nouvel espace relationnel d’enquête, soit un nouveau cadre d’observation de co-production sociologique.

Territoires, offre de formation et expérience du décrochage scolaire : une étude de cas

La mobilisation autour de la question du décrochage scolaire répond à la difficulté grandissante rencontrée par les non diplômés à trouver un emploi. Les facteurs de risque individuels et familiaux sont aujourd’hui connus. Toutefois, une dimension moins explorée des inégalités de décrochage scolaire relève des spécificités territoriales dans lesquelles s’inscrit l’expérience scolaire des élèves. À partir d’une enquête quantitative dans le département de Loire-Atlantique, nous avons mis en évidence des différences significatives de motifs de décrochage scolaire selon l’offre de formation initiale en enseignement secondaire de second cycle. En distinguant trois types de territoires en fonction de leurs offres de formation, ce travail révèle que, paradoxalement, ce sont les territoires périurbains qui favorisent le cumul de motifs de décrochage.

Construire l’école du bien-être dans un quartier pauvre. Une expérience d’accompagnement sociologique

L’école française se caractérise par de très médiocres indicateurs concernant le bien-être et le sentiment des enfants d’être chez eux à l’école. Cet article analyse une démarche de reconstruction d’une école dans un quartier défavorisé d’une ville française de taille moyenne. La recherche ethnographique et sociologique est fondée sur la constitution et le suivi d’un groupe comprenant les différents acteurs du quartier concernés par l’école. Cette démarche expérimentale montre les potentialités et les obstacles pour ouvrir le jeu notamment aux associations, aux parents d’élèves et aux enfants. Pour avancer vers une école du bien-être, les auteurs proposent de considérer des enjeux pragmatiques du quotidien de la communauté éducative (cour, sécurité, santé) afin de contourner les polémiques autour des valeurs de l’école.

« Le collège c’est une prison, ici c’est le cachot ». Un apprentissage de la déviance scolaire sous surveillance

Face à une école qui peine à gérer l’hétérogénéité de son public, les réponses éducatives apportées aux élèves qui posent problème à l’institution sont individualisées, en fonction de besoins supposés spécifiques de certains élèves, et notamment de ceux vivant sur les territoires cibles des politiques d’éducation prioritaire. Les pouvoirs locaux, en multipliant les « dispositifs » tentant de répondre à chacune des difficultés rencontrées dans l’espace de l’école, se saisissent des questions de « déviances scolaires ». Cet article est issu d’une recherche de type ethnographique menée sur une structure associative prenant en charge, à l’intérieur d’un collège, les élèves exclus temporairement. Il revient sur les effets d’une ségrégation scolaire organisée en interne sur les comportements perturbateurs qu’elle est supposée enrayer.

La place des « indésirables ». Pratiques et effets de l’exclusion dans les établissements de secteurs populaires

À partir de plusieurs enquêtes ethnographiques réalisées dans huit établissements de secteurs populaires, cet article propose de contribuer à l’analyse des recompositions qui travaillent l’école française aujourd’hui massifiée, en interrogeant, à l’échelle des espaces scolaires, les effets et enjeux associés à la prise en charge de nouvelles problématiques scolaires et sociales, qui tendent particulièrement à se concentrer dans les zones les plus ségréguées. On partira ici de ce qui constitue l’une des expériences ordinaires les plus partagées par une partie de ces enfants de la massification, parfois jugés inenseignables ou ingérables : l’exclusion de cours. L’examen de cette pratique, souvent ignorée dans les champs politique et médiatique s’avère heuristique pour saisir quelques-unes des transformations qui affectent aujourd’hui l’organisation des espaces scolaires, notamment en termes de distribution spatiale des corps, de division du travail et de socialisation des élèves.

Les acteurs locaux aux prises avec l’injonction paradoxale de la mixité sociale à l’école

L’émergence du credo de la mixité sociale à l’école est concomitante de transformations de la sphère éducative : émergence d’un libre choix de l’école, accroissement des logiques concurrentielles, responsabilisation accrue des acteurs locaux. L’article montre que, sous couvert de promotion des élèves de milieux populaires dans les établissements les plus « attractifs », le credo de la mixité sociale contribue à reproduire le schème de la méritocratie scolaire. Le renvoi de la responsabilité de la mixité sociale aux acteurs locaux, s’il donne lieu à des réalisations institutionnelles modestes, contribue au renforcement des dispositifs de normalisation des classes populaires. Le credo de la mixité sociale à l’école ne remet ainsi pas en cause les inégalités structurelles devant l’école ainsi que les stratégies d’entre-soi scolaire des classes moyennes et supérieures.

Des liens aux lieux : l’appropriation des lieux dans les grandes mobilités de travail

Le présent article questionne l’articulation entre mobilités et ancrages chez les grands mobiles pour raisons professionnelles. Plus précisément, il interroge la manière dont leurs pratiques de mobilité permettent de s’approprier les lieux qu’ils pratiquent durant leurs déplacements. Pour cela, nous nous appuyons sur des récits de vie obtenus par entretiens, réalisés en France dans le cadre du second volet d’une enquête européenne portant sur les grandes mobilités liées au travail et la vie de famille (programme JobMob). Les résultats montrent des modes d’appropriation différenciés des lieux de la mobilité, selon que ces derniers sont pratiqués de manière régulière ou éphémère, répétée ou exceptionnelle. Loin de vivre leurs mobilités professionnelles comme un nomadisme, sans attaches territoriales ni sociales, les grands mobiles montrent plutôt un fort ancrage sur leur lieu de résidence et, à la fois ici et ailleurs, vivent dans leurs mobilités l’expérience de la rupture à la manière de l’étranger au sens de Simmel.

Accompagner les mobilités résidentielles des salariés : l’épreuve de l’ « entrée en territoire »

Cet article propose d’aborder les mobilités résidentielles des salariés dans leur déroulement, entre opportunité et contrainte, en étudiant l’« entrée en territoire » des mobiles, c’est-à-dire la façon dont ils confrontent leurs aspirations à un nouveau territoire. On a interrogé par questionnaire 150 salariés ayant été mobiles à l’occasion d’une embauche ou d’une mutation et qui ont été accompagnés dans leur mobilité par une société de « relocation ». Une typologie des mobilités permet de différencier les aspirations selon l’agencement de la dimension professionnelle et la dimension familiale des mobilités. L’ « entrée en territoire » se révèle être une épreuve pour les mobiles qui doivent mobiliser deux jeux de compétences spécifiques. Il leur faut traduire leurs aspirations en une recherche de logement, et les confronter à la sanction du marché résidentiel. L’« entrée en territoire » invite à poser la question des médiations marchandes dans le déroulement des mobilités résidentielles.

La domestication de l’espace cellulaire en prison

La prison est un espace qui, de par sa fonction sociale, sa forme architecturale et son organisation interne, impose une expérience résidentielle exceptionnelle aux personnes qui y sont détenues. On se focalise dans cet article sur l’espace cellulaire afin d’interroger les modalités de sa domestication par les détenus. On montre dans un premier temps que malgré les contraintes architecturales, règlementaires et la promiscuité, les détenus parviennent à s’approprier cet espace. Si un certain nombre d’aménagements et de pratiques s’observent dans la plupart des cellules, on constate que les modalités de cette appropriation varient selon les caractéristiques sociales et le passé résidentiel des personnes.