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Reconnaître les « zones grises » de l’observation : du trouble à la vigilance ethnographique

La pratique de l’observation est balisée par un certain nombre de procédés méthodologiques qui permettent à tout chercheur prudent de préparer et contrôler un tant soit peu les paramètres de sa recherche. Or cette méthode est traversée en parallèle de « zones grises » qui, tout en mettant à l’épreuve le cadre « raisonnable » de ces procédés, laissent entrevoir des troubles ou des enjeux face auxquels les chercheurs font preuve de vigilance réflexive et s’engagent à maintenir une cohérence dans leur démarche d’enquête. Sur la base d’exemples tirés d’enquêtes, en anthropologie et en sociologie, et de nos propres démarches d’observation, nous discuterons plus spécifiquement de ces zones grises de l’observation via une typologie détaillant trois enjeux qui sont des occasions de trouble : la délimitation, la distanciation et l’identification. Sans être exhaustive, cette typologie attire l’attention sur les dimensions spatiales (tant géographiques, subjectives que sociales) de l’observation.

comment étudier les classes populaires aujourd’hui ? Une démarche d’ethnographie comparée

Depuis la fin des années 1970, le modèle de développement économique néolibéral a entraîné le délitement de la société salariale, affectant directement le quotidien des classes populaires. Nous proposons dans cet article des éléments d’analyse issus d’une enquête collective en cours qui réunit trois équipes, en France, en Espagne et en Argentine, autour de préoccupations communes pour les reconfigurations des classes populaires, et de la volonté de s’y intéresser empiriquement. Nous explicitons d’abord le parti pris d’une analyse territorialisée et s’attachant aux pratiques ordinaires. Puis nous proposons quelques pistes de réflexion à partir des résultats intermédiaires de l’enquête en cours, organisés selon deux échelles d’analyse : l’échelle du territoire, qui permet de s’attacher au passage d’une territorialité ouvrière à une territorialité populaire, et celle des tensions entre l’autonomie et la dépendance expérimentées par les classes populaires.

Transactions économiques et marquage des frontières autour des « copropriétés fermées » à Buenos Aires

Comme dans d’autres villes du monde, il existe à Buenos Aires une classification résidentielle récente qui distingue les « copropriétés fermées » des « copropriétés non fermées ». Plutôt que d’aborder les « copropriétés fermées » comme des enclaves, cet article restitue le caractère « indigène » de cette classification et s’interroge sur le type de relations qui l’accompagne. Dans une démarche ethnographique, l’article montre que, contrairement à ce que suppose la notion d’enclave, le classement des immeubles comme « copropriétés fermées » ne repose pas sur l’absence de rapports entre leurs habitants et l’extérieur, mais sur la manière dont ces rapports – en particulier entre les habitants et les employés des copropriétés – sont gérés en interne. Cet article propose une approche de ce sujet sous l’angle des changas – les travaux et services que les employés des copropriétés effectuent à titre individuel pour les habitants dans le cadre d’une relation personnelle – afin de dévoiler les enjeux de légitimation de cette classification.

L’espace de la mise à mort de l’animal. Ethnographie d’un abattoir

L’article vise à présenter, après avoir rappelé le contexte historique de création du lieu, les résultats d’une enquête ethnographique dans un abattoir. À partir de la question du fonctionnement de l’abattage, se dessine une activité mettant en espace la mise à mort de l’animal. Les acteurs de cette situation produisent leur action en s’appuyant sur un code implicite qui distingue des catégories d’individus en fonction de leur proximité avec la mise à mort. Cette distinction hiérarchique et morale est notamment visible à travers un jeu de mise en espace. Le secteur de la mise à mort est réservé aux « tueurs », tandis que les « non-tueurs » restent souvent cantonnés à l’espace de réception ou au grand hall de l’abattoir. L’article attire également l’attention sur la réalisation de l’activité de mise à mort en tant que telle. L’observation met en évidence un traitement de l’animal en tant qu’ennemi qui vient nuancer l’affirmation d’une objectivation dominante, liée au processus d’industrialisation, des animaux de boucherie.