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Reconnaître les « zones grises » de l’observation : du trouble à la vigilance ethnographique

La pratique de l’observation est balisée par un certain nombre de procédés méthodologiques qui permettent à tout chercheur prudent de préparer et contrôler un tant soit peu les paramètres de sa recherche. Or cette méthode est traversée en parallèle de « zones grises » qui, tout en mettant à l’épreuve le cadre « raisonnable » de ces procédés, laissent entrevoir des troubles ou des enjeux face auxquels les chercheurs font preuve de vigilance réflexive et s’engagent à maintenir une cohérence dans leur démarche d’enquête. Sur la base d’exemples tirés d’enquêtes, en anthropologie et en sociologie, et de nos propres démarches d’observation, nous discuterons plus spécifiquement de ces zones grises de l’observation via une typologie détaillant trois enjeux qui sont des occasions de trouble : la délimitation, la distanciation et l’identification. Sans être exhaustive, cette typologie attire l’attention sur les dimensions spatiales (tant géographiques, subjectives que sociales) de l’observation.

Le soin enfermé. La porte comme frontière en maison d’arrêt

Pour accéder au soin en prison il faut franchir des grilles et des portes qui, au-delà des séparations matérielles, symbolisent des frontières entre le monde de la prison et celui de l’hôpital. Les professionnels de la santé, de la surveillance et les personnes détenues redessinent au fil du temps leurs territoires en marquant des frontières plus ou moins floues et instables. À partir d’une démarche ethnographique, nous montrons comment la gestion de l’espace par les différents corps de métier redéfinit le statut des individus et conditionne l’accès au soin des personnes détenues.

Cultiver en ville… Cultiver la ville ? L’agriculture urbaine à Montpellier

L’agriculture a pratiquement disparu à l’intérieur des villes et fait pourtant l’objet d’un intérêt renouvelé de la part des citadins, ce qui amène à s’interroger sur sa place dans la ville durable. Nous avons étudié les différentes formes d’agriculture dans la ville de Montpellier en combinant analyse des politiques urbaines, analyse spatiale et analyse des pratiques et des représentations d’acteurs agricoles citadins. Nous montrons la diversité des formes d’agriculture et un décalage entre la façon dont l’agriculture est perçue par les politiques urbaines et sa réalité spatiale. Une dynamique contrastée est mise en évidence. L’agriculture marchande régresse même si elle reste la plus importante en surface, tandis que de nouvelles formes d’agriculture se développent : des jardins et des agriparcs mettant en interaction acteurs publics et citadins. Ces résultats sont discutés en lien avec les concepts d’urbanité et de ville durable.

Genèse, représentations et usages de l’espace de la famille chez les bédouins maures (Mauritanie)

Les familles bédouines maures de l’ouest du Sahara entretiennent une relation très étroite avec leur habitation textile emblématique. La tente abrite les membres de la famille nucléaire et est intégrée à un ensemble résidentiel plus large, le campement. Cet espace familial présente un cycle de vie calqué sur celui du couple marié et est par ailleurs soumis aux contraintes de mobilité imposées par le nomadisme. Il s’agit donc d’un espace éphémère, que la mère de famille a la responsabilité de réinventer après chaque déménagement. Enfin, l’espace intérieur exigu de la tente est dépourvu de cloisons tangibles et son occupation est régie par des normes comportementales et par un système de valeurs qui sont propres à cette société.

L’espace, une propriété des projets collectifs locaux : un exemple sur le plateau de Millevaches

Sur la base d’une conception de l’espace en tant que capacité – à la fois étendue et puissance –, l’article examine l’hypothèse suivante : les projets collectifs locaux sont des projets spatiaux, des projets prenant sens aussi dans et par leur inscription spatiale. Un travail empirique en Limousin montre qu’un objet spatial en particulier, la grande plantation résineuse, incarne l’opposition entre deux projets : celui d’un espace rural ouvert, où « faire société » ; celui d’un espace rural dont l’accès serait contrôlé, où rester « entre soi ». Concevoir l’espace comme une propriété des relations sociales aide à comprendre la nature du conflit – au-delà du conflit d’usages ou de représentations – ainsi que les limites des oppositions catégorielles classiques – agriculteurs/forestiers, habitants d’origine/migrants.

Les jardins familiaux aujourd’hui : des espaces socialement modulés

Cette recherche ethnologique et sociologique montre qu’au sein de la famille des jardins familiaux prennent place des styles de pratique et de vie pluriels. Ces derniers sont révélés par l’organisation de l’espace et par le discours de l’aménageur. L’étude a une fonction heuristique : elle révèle les différents types qui constituent cette pluralité sociale nouvelle et une fonction analytique : elle précise les facteurs à l’origine des ces usages. Ainsi, nous voyons que le jardin est un lieu où se superposent des sédiments de diverses cultures. Ils sont ainsi le support d’une production de biens consommables et échangeables, tels que des légumes, des fruits et des fleurs, mais ils peuvent également être des lieux de repos, de détente et de convivialité, des «îlotsde campagne».

De la permanence du concept de frontière. Les liens entre travail et vie privée à La Défense

La notion de frontière connaît un bouleversement important : l’avènement d’une nouvelle modernité la rend de plus en plus transparente et donc inopérante. La frontière entre travail et vie privée semble plus particulièrement touchée par les évolutions récentes. En effet, lieux et temps de l’une ou l’autre de ces sphères s’avèrent de plus en plus diffus. Pourtant ces constats méritent d’être relativisés, comme le montre l’exemple empirique d’un quartier d’affaires, La Défense en région parisienne. Ce quartier n’a pas été conçu comme un lieu exclusivement dédié au travail. Il devrait donc être symptomatique du mélange permanent des sphères aujourd’hui à l’oeuvre. Pourtant, à travers des forces d’attraction et de répulsion, le travail conserve une emprise sur les lieux. Ce faisant, la frontière garde au moins en partie sa rigidité, contrairement à ce que le laissent supposer en filigrane les théories de la nouvelle modernité.