Archives du mot-clef espace public



Les trafics dans la pierre. Prostitutions, espace public et commerces à la Goutte d’Or à la fin du XIXe siècle

En décrivant quelques enjeux du trafic de la prostitution de rue au tournant des xixe et xxe siècles à la Goutte d’Or, cet article met au jour l’origine de la mauvaise réputation qui colle toujours à la pierre de ce quartier populaire parisien. L’analyse des doléances envoyées au préfet de police révèle l’intensité des conflits qui mettaient aux prises des acteurs économiques locaux aux conceptions antagonistes de l’espace public. Le rapport original que les péripatéticiennes entretenaient avec les autres usagers de l’espace public enrichissait des commerçants qui, du coup, faisaient des jaloux parmi leurs collègues de l’économie formelle ne bénéficiant justement pas de cette relation directe avec les piétons du quartier.

Ce que cachent les murailles. le patrimoine historique comme icône urbaine

Le centre historique de Pampelune (la capitale de la Navarre) fait actuellement l’objet d’un important processus de réhabilitation et requalification. En particulier, les murailles qui entourent ce centre ont suscité l’intérêt de l’administration publique locale. Comme une sorte de « trésor redécouvert », elles ont été érigées comme nouveau symbole de la ville autour duquel des expositions, des conférences, des visites touristiques, des recherches scientifiques sont organisées. Déclarées Monument national historique-artistique, on cherche maintenant à ce qu’elles soient classées au Patrimoine de l’Humanité. La « récupération » de cet espace monumental s’effectue cependant selon un jeu de lumières et d’ombres mettant l’accent sur certains éléments et les événements qui y sont associés, tandis que d’autres sont occultés. Cet article s’interroge ainsi sur la formation de l’idée même de patrimoine et la manière dont certaines pratiques de patrimonialisation, comme dans le cas des murailles de Pampelune, impliquent l’exclusion des définitions, regards et usages qui ne concordent pas avec l’image institutionnelle qu’on souhaite générer et projeter.

Les « habitants de rue » à Rio de Janeiro (Brésil) : la gestion des intolérances

L’article analyse les conditions de vie des habitants de rue dans la ville de Rio de Janeiro (Brésil). Il souligne les formes de négociation nécessaires à la vie commune dramatique et à la gestion des intolérances que subissent ces habitants non désirés. Il indique les particularités de l’adaptation et du respect des principes culturels qui, dans la société brésilienne, distinguent les significations spécifiques attribuées respectivement à la rue et à la maison, espaces opposés dans le coude à coude privé et collectif.

L’expérience de la rue chez les jeunes comme forme extrême d’urbanité

Nous étudions l’errance des jeunes de 18 à 29 ans sur le territoire de Lille Métropole Communauté Urbaine, par la comparaison avec un groupe témoin de jeunes de milieu populaire qui s’épargnent l’expérience de la rue. L’hypothèse veut vérifier l’intelligibilité de cette expérience à partir de la déconstruction de la dialectique espace privé/espace public qui oscille entre deux positions limites : réduit à sa fonction instrumentale d’hébergement l’espace privé perd sa réalité amenant les jeunes à affronter l’espace public sans médiation ; la perte de maîtrise dans l’espace public entraîne la sociabilité à se dissocier du lieu où elle se développe. La naissance d’un enfant place les parents à la rue devant le dilemme du retrait de l’enfant ou du départ de la rue. L’expérience de la dérive place les jeunes sous la menace d’un retrait momentané de l’espace public, hôpital ou prison : vivre à la rue implique la reconstruction toujours inaboutie de la dialectique espace privé/espace public donnant lieu à une forme extrême d’urbanité toujours en chantier. Ballotté entre ces deux extrêmes, le sans-logis s’impose l’expérience qu’il voudrait initiatique, d’une urbanité transitoire et précaire.

Les lectures sportives de la ville : formes urbaines et pratiques ludo-sportives

Les usages sportifs des espaces publics interrogent le sens accordé par les sportifs aux formes urbaines définies comme structures spatiales et comme enveloppes extérieures d’un espace. Les agencements formels mis en évidence combinent des dynamiques de polarisation et une organisation réticulaire des espaces de pratique. Ces lieux publics ne sont pas des supports neutres. Les usages sportifs et les sociabilités qu’ils accueillent sont influencés par leur forme linéaire ou surfacique. Les significations de ces formes découlent des perceptions sensibles des sportifs. Ceux-ci ont des manières spécifiques de voir, d’entendre, de sentir et, plus encore, de toucher la ville. Ces lectures ont aussi des dimensions symboliques et les représentations de la nature, du patrimoine et de l’artificialité du paysage occupent une place importante.

Le retour à la rue comme support de la gentrification

La rue est l’une des formes urbaines les plus emblématiques de la rupture avec le modernisme. Pourtant, les conséquences du « retour à la rue » ont rarement été analysées. Cet article montre qu’il est au coeur du système de sens et de valeurs qui a accompagné la gentrification des quartiers anciens populaires. Le retour à la rue présente deux volets : la convivialité et le mélange social des quartiers populaires traditionnels, et le rôle structurant de la trame viaire dans le paysage urbain traditionnel. Le volet social s’appuie sur des arguments très similaires à ceux mobilisés par les gentrifieurs pour valoriser l’ambiance de leur quartier et pour y justifier leur présence. Le volet paysager a été au cœur de la revalorisation de l’image des quartiers anciens populaires et a accompagné diverses politiques de réhabilitation.

Les résidences fermées à Toulouse : une offre immobilière construisant la « ville privée »

Les espaces résidentiels fermés se développent en France depuis les années 1990, dans l’agglomération toulousaine en particulier. Cet article explique le succès des « résidences fermées » toulousaines par les enjeux immobiliers et sécuritaires que leurs promoteurs exploitent pour en faire une offre commercialement attractive. Mais il faut relativiser leur portée sociale en réinscrivant cette fermeture dans le cadre historique des espaces résidentiels privés qui affirment la logique d’appropriation exclusive par la propriété privée, infirmant l’interprétation en termes de « privatisation de l’espace public », souvent privilégiée à des fins de dénonciation.

Minorités et espace public dans la ville. Le « Chicano Park » à San Diego (Californie)

La privatisation de l’espace public dans les métropoles américaines rend plus difficile l’expression de revendications politiques par des populations exclues. La disparition de l’espace public touche particulièrement les centres urbains marginalisés qui abritent minorités ethniques ou raciales et des sans-papiers. Les débats sur les transformations urbaines du barrio (quartier) mexicain de San Diego (Californie) illustrent ces processus. La mise en place d’audiences publiques entre habitants, représentants de l’agence de redéveloppement de la ville et promoteurs immobiliers, ainsi que la création d’un comité de quartier pour débattre de la revitalisation de l’ensemble du quartier, ont institutionnalisé les discussions. Ces pratiques visent moins à coopter les leaders ou à se réapproprier les discours participatifs qu’à restreindre les définitions de l’espace public et de ceux qui forment le public.

Entre urbanité et ordre public. Une écologie de l’usage des places à Caracas

Observer les conditions citadines des activités, publiques des espaces et civiles des usagers sert à repérer les formes élémentaires de l’urbanité. Les enjeux socio-spatiaux deviennent ainsi intelligibles sans pour autant faire l’impasse de leurs corrélats conflictuels. Une ethnographie comparative des usages de la Plaza Caracas et de la Plaza Bolivar de Chacao permet de rendre compte de l’interaction entre lieux et liens à Caracas. Du statut métropolitain au communautaire, il est question de jeu d’échelles, de passages et d’ancrages, de désoeuvrement et de prosélytisme religieux, de sociabilités « ordinaires » et « programmées ». L’ordre public émerge comme objet sociologique à part entière grâce aux ouvertures cognitives d’une écologie de l’usage.

Une urbanité de confrontation. Regroupements de jeunes et gestionnaires de l’espace urbain

Les regroupements de jeunes sont à la fois divers et changeants, au gré de leur composition du moment, des espaces fréquentés et des contextes auxquels ils sont soumis. L’urbanité des situations est donc relative à ces différents facteurs. Cependant, les tensions qui traversent les rassemblements semblent mettre à nu une « hospitalité de confrontation », mêlant promiscuité socio-spatiale et souci de différenciation. D’une part, ils reposent sur une « gestion permanente du conflit potentiel », gage de leur survie. D’autre part, les sociabilités qui s’y déploient reposent sur une « familiarité a priori » qui atténue le devoir de catégorisation propre aux relations urbaines. Enfin, ils fonctionnent de manière centrifuge, mettant en mouvement les jeunes qui les côtoient. Ces qualités semblent faire du rassemblement un « espace public pratique », mettant à l’épreuve les rapports de dépendance ou d’autonomie des liens sociaux par rapport aux lieux.