Archives du mot-clef développement durable



Les enjeux de la planification spatiale en Angleterre et en France : regards croisés

Le développement durable est depuis vingt ans un référentiel prégnant dans l’action publique, en Angleterre et en France. Cet article compare les évolutions de la planification spatiale dans ces deux pays, qui se distinguent par leur degré de (dé)centralisation. Puis il analyse comment le « verdissement » de la planification est entravé par des systèmes institutionnels, qui évoluent lentement. Dans chaque pays, la planification a été étudiée dans quatre grands territoires agglomérés, au regard de la consommation foncière dédiée aux zones d’activités économiques. La décentralisation des décisions en matière de planification est forte en France et la recherche de cohérence et de durabilité est très variable selon les territoires. En Angleterre, les orientations nationales sont plus fidèlement retranscrites dans les plans locaux. L’hétéronomie des collectivités locales semble un élément important pour la déclinaison territoriale du développement durable.

Modernité et développement durable. Le cas des fronts pionniers d’Amazonie Orientale

En Amazonie brésilienne, les migrations d’agriculteurs de front pionnier en front pionnier, à l’origine des déboisements, sont la conséquence de l’ajustement des modes de reproduction sociale d’une société paysanne à son environnement socio-économique. Or, elles s’opposent aux principes du développement durable, qui vise la stabilisation de ces sociétés. À moins de supposer une utopique modification des règles régissant le fonctionnement socioéconomique des fronts pionniers, cette stabilisation n’est possible qu’au prix d’une transformation sociale profonde de l’agriculture paysanne. Cet article étudie les enjeux de cette transformation en se focalisant sur la transmission de la terre considérée comme un fait social total : celle-ci est en effet le moyen permettant aux parents de s’assurer la proximité et l’aide de leurs enfants, valeurs essentielles dans le système de normes paysan ; dès lors, le refus d’une terre proposée par les parents marque, en même temps que l’arrêt des migrations, une entrée dans la modernité de la société paysanne.

De la protection de la nature au développement durable : vers un nouveau cadre de savoir et d’action ?

L’émergence de l’environnement dans les années 1960 est en rupture avec la perspective de la nature comme construction sociale et avec le clivage nature/société, supposé le fonder. Les politiques de la nature s’éloignent des politiques sectorielles, étroitement encadrées mais associées à des enjeux ambitieux d’aménagement du territoire. Aujourd’hui, des développements diffus et multiformes, déterritorialisés et mondialisés, irriguent les mondes ruraux et urbains par des réseaux complexes d’acteurs et de pratiques. La prégnance de l’environnement aboutit à une reconfiguration des dispositifs institutionnels et des pratiques collectives du territoire et de sa protection : un remodelage des cadres cognitifs et pratiques de l’action, introduisant la fluidité et l’échange, pour assurer cohérence et coordination d’une part, pilotage du long terme d’autre part.

Des sols agricoles au service de la résilience urbaine : réflexions à partir du cas de la Russie

Le développement durable des villes implique aussi de réduire la vulnérabilité alimentaire et résoudre également le mal-être révélé par les violences dans les banlieues. Pour ce faire, il faut revoir l’usage des sols agricoles périurbains, en s’inspirant de l’expérience d’autres régions du monde. Ainsi, le jardinage urbain à grande échelle pratiqué en Europe du Centre et de l’Est fournit des références intéressantes. En Russie, les collectifs de jardins sont une réalisation actuelle résultant d’une forme de conquête sociale. Ce sont à la fois des lieux de villégiature et de production alimentaire, attractifs pour toutes les catégories de la population. Par leur effet thérapeutique, sociocompensateur et stabilisateur, ils sont un amortisseur des crises alimentaires, sociales et économiques.

Développement durable : discours consensuel et pratiques discordantes. Montpellier et Nîmes

Cet article propose d’interroger, à travers l’exemple des agglomérations de Montpellier et de Nîmes en Languedoc-Roussillon, les adaptations et les décalages existant entre les discours, parfois injonctifs, prônant l’application des principes souvent peu explicités du développement durable dans le champ urbain, et les pratiques des acteurs des collectivités territoriales à différentes échelles, au cours des années 1990- 2000. Il met en évidence l’écart entre les consensus sur les objectifs – désormais inscrits dans les documents de planification et d’aménagement, particulièrement en matière de maîtrise de l’étalement urbain dans une région soumise à une forte pression foncière due à l’attractivité – et les freins à la mise en oeuvre, à partir d’entretiens et d’observations de terrain.

La « ville durable » comme produit transactionnel

L’article interroge la place du développement durable dans les projets et les stratégies urbaines françaises sous l’angle de la fabrique de la « ville durable », en mobilisant l’outillage sociologique des transactions sociales et une démarche comparative fondée sur six aires métropolitaines françaises. La transaction suppose l’émergence d’acteurs et de lieux « tiers », par qui et où des transpositions entre différents univers peuvent déboucher sur des hybridations, de portée variable. Cette mise en correspondance de prétentions diverses conduit, si elle fonctionne, à une création qui comprend une part de compromis et d’innovation, de coopération conflictuelle et d’hybridation. L’analyse dévoile en même temps des points aveugles de non-dits sociaux et institutionnels relatifs à ce répertoire « à la mode » ; les produits transactionnels en portent l’empreinte.