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comment étudier les classes populaires aujourd’hui ? Une démarche d’ethnographie comparée

Depuis la fin des années 1970, le modèle de développement économique néolibéral a entraîné le délitement de la société salariale, affectant directement le quotidien des classes populaires. Nous proposons dans cet article des éléments d’analyse issus d’une enquête collective en cours qui réunit trois équipes, en France, en Espagne et en Argentine, autour de préoccupations communes pour les reconfigurations des classes populaires, et de la volonté de s’y intéresser empiriquement. Nous explicitons d’abord le parti pris d’une analyse territorialisée et s’attachant aux pratiques ordinaires. Puis nous proposons quelques pistes de réflexion à partir des résultats intermédiaires de l’enquête en cours, organisés selon deux échelles d’analyse : l’échelle du territoire, qui permet de s’attacher au passage d’une territorialité ouvrière à une territorialité populaire, et celle des tensions entre l’autonomie et la dépendance expérimentées par les classes populaires.

Des classes populaires (encore) mobilisées ? sociabilité et engagements municipaux dans une commune périurbaine

Longtemps demeurés absents des représentations sociales du périurbain, les ménages populaires sont désormais nombreux à vivre dans ce type d’espace. On connaît cependant peu de choses sur les modalités concrètes de mobilisation qui sont les leurs dans ces espaces résidentiels. Cet article s’attache, à partir d’une enquête ethnographique menée dans une commune périurbaine dominée par les ménages des classes populaires, aux formes de sociabilité locale dans lesquels ceux-ci sont engagés. Loin de correspondre aux engagements caractéristiques des classes moyennes à fort capital culturel, leurs pratiques n’en sont pas pour autant marquées du sceau d’un strict repli sur la sphère domestique. Les scènes associatives et municipales apparaissent au contraire comme d’importants lieux de mobilisation pour des ménages issus des fractions supérieures des classes populaires qui y construisent collectivement les signes de leur appartenance locale et de leur respectabilité sociale.

L’habitat auto-construit aux limites de la ville : des classes populaires havraises en quête d’ailleurs

Quand les habitants des quartiers populaires expriment le désir de vivre ailleurs, peu de possibilités s’offrent à eux. Leur condition de travailleurs pauvres ou de retraités modestes rend immédiatement caduque le rêve pavillonnaire, y compris dans une hypothèse périurbaine éloignée. Pourtant, au Havre, quelques ménages ont trouvé dans l’habitat informel une réponse à leurs aspirations à la faveur d’un détournement d’usage des jardins ouvriers sur une frange littorale oubliée. Sur cet espace, s’exprime une figure de la « résidence secondaire de proximité » qui traduit des formes inédites de bi-résidentialité populaire.

Les copropriétés dégradées de l’après-guerre à Marseille : un nouvel habitat social de fait

Cet article se propose de saisir une fraction de ce « populaire contemporain » (Collovald et Schwartz, 2006) à partir d’un type d’habitat spécifique, la copropriété dégradée en grand ensemble. Ce type d’habitat concentre une catégorie de population relativement homogène qui partage à la fois des caractéristiques socio-économiques et une expérience vécue similaire. L’analyse des parcours résidentiels des locataires de trois copropriétés dégradées marseillaises datant des années 1950-1960 permet de montrer comment « habiter » ce type d’habitat représente une rare opportunité d’accéder au logement pour certaines fractions des classes populaires, mais entraîne de fortes contraintes contribuant à accentuer leur précarité. Il s’agit ainsi de montrer que même des copropriétés construites après la Seconde Guerre mondiale peuvent devenir un nouvel habitat social de fait.

Les copropriétés en difficulté dans les grands ensembles. Le cas de Clichy-Montfermeil

Tandis que les centres-villes se gentrifient et que la rénovation urbaine cherche à introduire plus de mixité sociale dans les Zones urbaines sensibles, d’autres espaces de concentration des classes populaires peu médiatisés apparaissent : des copropriétés en difficulté situées au sein de grands ensembles. Cet article rend compte de ce phénomène en se penchant sur une copropriété emblématique de ce problème : les Bosquets à Clichy-sous-Bois–Montfermeil (93). L’étude socio-démographique de cette copropriété de 1 500 logements bâtie en 1965 montre qu’elle accueille une population dont le positionnement social est tout particulièrement fragile. Or, l’analyse de l’histoire des Bosquets et des trajectoires de ses habitants révèle que loin d’être un refuge sécurisant, ce type de copropriété aggrave au contraire la précarité des classes populaires qui y sont logées. L’exemple des Bosquets est symptomatique d’un phénomène plus diffus qui se développe à l’échelle nationale à mesure que se développent les copropriétés.

Les classes populaires racisées face à la domination dans les beaux quartiers de Paris

Depuis 2001, la municipalité parisienne poursuit une politique de production de logements sociaux ambitieuse dans les beaux quartiers pour y loger des ménages de classes populaires. Cet article analyse les effets de ces mobilités résidentielles sur la production des rapports au territoire et à l’altérité de ces nouveaux habitants, en plaçant la focale sur les cohabitations perçues et vécues qui se structurent dans ce contexte de diversité imposée. À partir d’une enquête sociologique menée dans des immeubles sociaux du 8e arrondissement, il montre que ces habitants expérimentent une forte domination par l’espace qui articule des rapports sociaux de race et de classe. Ils s’y adaptent plus ou moins aisément et de manière différenciée selon leur trajectoire sociale et résidentielle. Alors que pour certains, s’inscrire en tant que minorités dans ce quartier est synonyme de marginalisation sociale, d’autres l’envisagent comme un levier d’ascension sociale, notamment à travers l’école et la sociabilité des enfants. Dans la pratique quotidienne, les sociabilités locales déployées par ces habitants représentent des ressources précieuses pour rompre leur isolement dans ce quartier, s’y ancrer, mais surtout, pour se préserver et résister à la forte stigmatisation à laquelle ils sont confrontés au sein de l’immeuble.

Résister à l’exil. Enquête auprès des mal-logés parisiens

En raison de l’élévation des prix de l’immobilier, la tendance est depuis plusieurs décennies à l’éviction des classes populaires de la capitale. Celles qui y subsistent malgré tout, si elles n’ont pas la chance d’accéder à un parc social largement saturé, doivent bien souvent se replier sur des logements de piètre qualité. Résister à l’exil hors de Paris est cependant pour elles la première des priorités. À leurs yeux, la capitale permet en effet de compenser des conditions de travail difficiles et d’échapper à la ségrégation territoriale, deux marqueurs forts de la condition populaire contemporaine. Bien plus, ce lieu est considéré comme une façon de favoriser les projets d’ascension sociale. Par ailleurs, ces personnes redoutent un déracinement suite auquel elles perdraient leurs repères et les maigres ressources sociales dont elles disposent.