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Les « gentrifieurs » du Bas-Montreuil : vie résidentielle et vie professionnelle

Au début des années 1980, les investissements réalisés par les ménages de classes moyennes dans des logements et des quartiers anciens populaires pouvaient être interprétés comme des façons de compenser une socialisation professionnelle défaillante ou insuffisamment valorisante. L’article examine un cas contemporain de gentrification à la lumière d’une telle relation compensatoire entre vie professionnelle et vie résidentielle. Si certaines formes d’investissements dans l’espace résidentiel semblent toujours relever de cette logique compensatoire, on voit apparaître de nouvelles articulations entre vie résidentielle et vie professionnelle. Ainsi, l’expé- rience résidentielle de « gentrifieur » peut être mobilisée comme ressource dans certaines trajectoires professionnelles bien différentes de celles des
« gentrifieurs » des années 1980. Ces nouvelles articulations reflètent les évolutions du rapport au quartier et du rapport au travail de certaines fractions des classes moyennes.

Le « travail » de gentrification : les transformations sociologiques d’un quartier parisien populaire

Jusqu’à la fin des années 1990 le quartier de Sainte-Marthe (Paris, 10e ) abritait une population ouvrière et des ateliers d’artisanat. Depuis cette époque, ces activités ont disparu, et la population s’est transformée à travers à la fois une paupérisation et une gentrification.
Des artistes-plasticiens se sont installés dans les anciens locaux d’artisans, et des professions artistiques au sens large ont repris et transformé un habitat vétuste et très dégradé.
Cet article propose de montrer que le processus de gentrification ne correspond pas simplement au remplacement de catégories sociales populaires par des catégories de niveau socio-économique plus élevé. La gentrification se constitue aussi à travers le « travail social » effectué par les « gentrifieurs ». Ceux-ci en emménageant dans un habitat où l’environnement est difficile (trafic de drogues, ateliers clandestins, violence…) s’investissent matériellement et symboliquement. Mais ce faisant, ils construisent aussi l’espace du quartier en « ressources sociales » professionnellement mobilisables. Leur valorisation de la mixité sociale et de la sociabilité de quartier est cependant souvent mise à mal par une certaine pratique de l’« entre-soi ».

« Bringing politics back in » : la gentrification comme politique de développement urbain ? – Autour des « villes perdantes »

S’appuyant sur l’étude de Roubaix et de Sheffield, cet article a pour objectif de montrer comment les élites des villes de tradition industrielle considèrent dorénavant que le réinvestissement de leur centre-ville par les classes moyennes constitue une solution au déclin, et en viennent ainsi à appuyer des processus de gentrification en cours par la mise en oeuvre de politiques urbaines. Cette évolution stratégique est tout à la fois le résultat de contraintes externes et de transformations politiques internes aux villes ; la diffusion de nouvelles théories du développement économique local est également un facteur explicatif de ce phénomène qui conduit à un traitement différencié de l’espace urbain.

Des « pionniers » prisonniers : immobilité résidentielle et déclassement social des pavillonnaires en ville nouvelle

Cet article se propose de revenir, dans une perspective dynamique, sur les significations sociales de l’habitat pavillonnaire de ville nouvelle pour les classes moyennes qui s’y sont installées. Différents ressorts pourraient permettre d’expliquer le déclassement vécu (approche subjective) et mesuré par les données statistiques (approche objective). Ils concernent aussi bien les évolutions socio démographiques des quartiers d’habitat pavillonnaire que les trajectoires inter- et intragénérationnelles d’une partie des cadres du privé touchés par l’instabilité professionnelle dès les années 1980. En outre, la question de l’entretien des ensembles pavillonnaires cristallise les tensions avec la Mairie socialiste à mesure de leur vieillissement ; elle révèle des enjeux politiques liés à la représentation des classes moyennes pavillonnaires sur la scène municipale et à leur perte de pouvoir résidentiel.

Le loft : habitat atypique et innovation sociale pour deux générations de « nouvelles classes moyennes »

La reconversion d’anciens locaux d’activité en logements est un phénomène certes marginal, mais révélateur de certaines innovations sociales dans les franges supérieures des classes moyennes. Plusieurs auteurs ont vu dans la diffusion des lofts l’effet de la récupération marchande de la critique artiste et d’une demande croissante envers un habitat distinguant. L’analyse de cinq cas d’habitants ayant reconverti d’anciens locaux industriels dans le Bas-Montreuil, en région parisienne, fait apparaître d’autres ressorts d’un tel choix résidentiel. Pour la génération des « nouvelles classes moyennes » arrivée dans les années 1980, ces espaces ont permis de mettre en oeuvre des normes d’habitat alternatives et de donner sens à une position sociale nouvelle. Pour leurs successeurs, arrivés dans les années 2000, la conversion de locaux d’activité permet de valoriser des ressources non financières et de compenser une position sur le marché immobilier fragilisée par la précarisation de l’emploi.

Le logement, facteur de sécurisation pour des classes moyennes fragilisées ?

Les classes moyennes font aujourd’hui l’objet d’une attention accrue, moins pour célébrer leur hégémonie que pour souligner les difficultés croissantes d’une partie d’entre elles. À l’issue d’une vaste enquête sur la population active en France, cet article montre les décalages existant entre l’appartenance aux classes moyennes sur la base du statut socioprofessionnel et les conditions matérielles de vie et de logement. En cause : la faible progression des revenus, l’augmentation des dépenses contraintes (au premier rang desquelles figure le logement) et surtout, le déclassement professionnel d’une partie des ménages des classes moyennes. Les fortes disparités internes à ce groupe accroissent la différenciation des trajectoires résidentielles. Trois type se dégagent nettement : les trajectoires ascendantes qui nourrissent une logique d’aspirations croissantes ; les trajectoires descendantes de ménages confrontés à une « logique de subsistance », au même titre que les fractions les plus modestes des couches populaires ; et, dans l’entre-deux, les trajectoires obéissant à une logique de sécurisation par le logement, tant sur le plan patrimonial, que social et statutaire.