Archives du mot-clef action publique



Métropoles en tension. La construction heurtée des espaces politiques métropolitains

La loi française MAPAM, relative aux métropoles et adoptée en 2014, reconnaît juridiquement les métropoles. Cette réforme participe d’un flux d’initiatives diffuses, repérables sur d’autres scènes que le Parlement. Croisant les échelles d’analyses, cet article montre comment l’espace métropolitain de la région urbaine marseillaise se renforce en s’indexant aux dispositifs d’action publique et en agrégeant des élites engagées dans la prospective et la promotion économique du territoire. La convergence entre la volonté nationale et la stratégie des élites locales ne suffit pas à ancrer le projet métropolitain, contrarié par les réactions défensives des maires opposés à l’hégémonie de la ville-centre et inquiets des effets sélectifs des transferts de pouvoirs à des niveaux de gouvernance qui les marginalisent.

Fonctionnaires internationaux à Genève : le poids du privilège

À Genève, la perception des fonctionnaires internationaux est passée de l’enthousiasme qui a accompagné l’installation de la Société des Nations en 1920 à l’accusation récente de faire monter les prix du logement. Le développement urbain et économique de la ville est passé par un processus en trois étapes qui a mené à l’invention d’une minorité urbaine privilégiée : la « communauté internationale ». Comment cette population, hétérogène par la nationalité, le sexe, l’âge ou encore la fonction, a constitué une « communauté » ? En retour, comment et en quels termes, les fonctionnaires internationaux se reconnaissent-ils comme d’une communauté fondée sur leur « commune internationalité » et se démarquent-ils des « locaux » ? Cette enquête ethnographique, dans une agence de l’onu, contribue à une anthropologie urbaine d’une minorité cosmopolite.

Insécurité routière : un point de vue critique sur les stratégies de prévention

Dans le domaine de la sécurité routière, la nécessité d’une démarche de recherche n’est généralement pas reconnue. Or la recherche en sécurité routière existe, et elle constitue un fondement plus approprié pour l’étude de la prévention que les considérations morales et les schématisations du « sens commun ». Nous montrons dans cet article que la littérature internationale sur ce sujet permet d’apprécier les effets et les limites de diverses stratégies de prévention : efficacité réelle mais délimitée et souvent peu durable des mesures répressives, ambivalence de l’« amélioration » des systèmes techniques, effets complexes et parfois défavorables de l’éducation et de la formation, inefficacité des stratégies reposant sur la seule communication dans les mass media. Les limites de ces stratégies tiennent souvent à une prise en compte insuffisante de la complexité des systèmes concernés et à la faible valeur politique de la sécurité (au-delà de sa valeur rhétorique).

Le Vaudreuil (Val-de-Reuil) contre l’État ou l’itinéraire sociopolitique du localisme revisité

Les villes nouvelles des années 1960 ont donné une place déterminante au localisme. Parmi elles, le Vaudreuil ville nouvelle (Val-de-Reuil) représente sans doute le triomphe de cette grande utopie. Incarnée par le Droit à la ville de H. Lefebvre, cette façon de penser les rapports sociaux et la citoyenneté par la base fait toujours l’objet des politiques de la ville depuis trente ans. L’article montre comment les configurations relationnelles et les affiliations socioprofessionnelles des « bâtisseurs » du Vaudreuil dans différentes sphères (culturelles, techniques et politiques) ont structuré intellectuellement, historiquement et géographiquement cette pensée localiste. Il en résulte une remise en cause de cette conception manichéenne et statique de l’espace politique – le centre contre la périphérie – au profit d’une vision réticulaire, où les différents territoires mentaux de l’action publique autour du Vaudreuil constituent ses « lieux mémoire » symboliques. Aux connivences tant décriées entre « notables et administrations » des années 1960 succède un modèle de pouvoir plus diffus et décentralisé, représenté par des liaisons profitables aux mouvements gauchistes et au socialisme autogestionnaire.

Justifications des politiques participatives : deux études de cas en Belgique

Nous analysons les justifications des acteurs engagés au coeur des politiques participatives dans deux dispositifs en Belgique : les conseils consultatifs des locataires à Bruxelles et le budget participatif à Mons. L’étude des registres de justification des acteurs politiques, initiateurs de ces nouveaux projets, témoigne à la fois de l’existence d’un important fond normatif commun dans lequel ils puisent pour légitimer leur action et de l’usage différencié de celui-ci en fonction de l’échelle d’intervention, de l’auditoire présent et de la temporalité. Nous montrons aussi que la confrontation des dispositifs aux terrains locaux et aux autres acteurs produit une complexification du recours aux justifications. Enfin, si ces autres acteurs puisent eux aussi dans le même réservoir d’idées, ils le font avec des positionnements et des intentions parfois opposés.

L’aménagement des chemins de randonnée : un instrument d’identification et de « gouvernance » territoriales

Le développement des pratiques sportives itinérantes dans les espaces « naturels » péri-urbains s’accompagne de politiques publiques d’aménagement. Celle menée depuis 1993 par une Communauté d’agglomération, analysée comme instrument de dynamique intercommunale, participe à l’énonciation d’un nouveau territoire politique et de l’action publique. La réhabilitation des chemins vicinaux, leur transformation en chemins de randonnée, leur « patrimonialisation », leur mise en ordre par un schéma directeur mais aussi leur mise en scène et en carte apparaissent comme autant de dispositifs qui permettent la régulation des tensions entre différents usages de cet espace péri-urbain, la fabrication d’une « identité » intercommunale et son identification comme territoire « pertinent » et légitime d’action publique locale.