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N° 154 : Minorités, métropoles, mondialisations



Éditorial

par Maurice Blanc, Nasser Fakouhi et Anne Raulin

Appréhender le fait minoritaire dans sa dimension urbaine et en faire un objet de recherche légitime, un objet « bon à penser » et non sujet à caution, tel est l’objectif de ce dossier de la revue Espaces et Sociétés. Son intitulé croise trois termes : minorités, métropoles et mondialisations, en utilisant volontairement le pluriel. Appelée globalization en anglais, la mondialisation contemporaine n’est pas la première, Fernand Braudel (1979) l’a bien montré. Mais elle crée des conditions nouvelles, avec en premier lieu l’intensification de la croissance urbaine à l’échelle planétaire. Selon des modalités spécifiques, d’immenses métropoles se constituent, dans les pays du Nord comme dans ceux du Sud. Dans les deux cas, de nouveaux modes de vie s’inventent et la vie quotidienne des habitants s’en trouve profondément transformée.

Cette dynamique de restructuration économique et urbaine produit des changements importants. Ils affectent notamment les formations minoritaires, leurs moyens de survie économique, leurs formes d’expression esthétique, religieuse ou politique, leurs inscriptions spatiales et temporelles. Les contributions réunies dans ce dossier repèrent le déploiement actuel de quelques formations minoritaires, sous des latitudes et selon des versions identitaires variées. Elles examinent aussi les transformations en cours : favorisent-elles l’expression de « la réalité minoritaire » (Didier et Éric Fassin, 2009) ?

Sur la longue durée, les nouvelles conditions d’existence minoritaire sont liées au contexte géopolitique qui a vu les Empires coloniaux éclater, puis l’État-Nation être concurrencé par des instances économiques et politiques supra et infranationales. Ce relatif « désassemblage » du national caractérise l’époque globale, que Saskia Sassen a mise en parallèle avec l’époque médiévale : cette dernière connut déjà les formes initiales d’« assemblage » des États-nations, et elle fut elle aussi le témoin du déclin des Empires. Le surgissement de puissances économiques et politiques inédites – les villes et leurs bourgeois, avec lesquelles les royautés ont passé des alliances historiques – a contribué à affaiblir les féodalités. Ce parallélisme inversé, entre les époques contemporaine et médiévale, questionne les nouvelles forces sociales et politiques qui émergent de l’actuelle recomposition historique ; parmi elles, les minorités sont appelées à devenir de « nouveaux acteurs de l’entreprise globale » (Sassen, 2009, p. 267).

La définition identitaire de ces nouveaux acteurs relève d’appartenances diversifiées : ethnique, religieuse, sociale, professionnelle, culturelle, ou encore de sexe, d’âge, d’orientation sexuelle, de style de vie, etc. Cette définition se révèle complexe, dans la mesure où ces appartenances sont plurielles. L’approche privilégiée dans ce dossier thématique se construit à partir de l’inscription physique de ces minorités dans les villes-métropoles. Qu’ils en soient proches ou éloignés, les citadins repèrent clairement ces nouveaux mondes urbains.

La fin des Empires coloniaux a remis en question la notion de territoire « métropolitain », qui distinguait la « mère-patrie » des territoires périphériques qu’elle avait annexés. La domination trouvait dans la représentation du Panopticon de Bentham une métaphore applicable à l’échelle universelle (Foucault, 1975). Le commandement partait d’un centre unique et l’expansion centrifuge irradiait à partir d’une position de force, tout à la fois politique, économique, culturelle et sociale. Le monde ainsi conquis était couvert par une immense toile d’araignée.

Inversement, la métropole contemporaine se conçoit comme ville mondiale, et elle donne à l’étymologie de la ville-mère (mêtêr-polis) un sens bien différent. En son sein, les diversités traditionnelles qui vivaient autrefois à l’écart – l’exotisme les assignant à l’éloignement spatial, le primitivisme à une distance perçue comme temporelle – se recomposent, se développent et investissent ces capitales historiques ou ces villes globales, dans un mouvement centripète qui n’empêche nullement des phénomènes de dépérissement local de certaines minorités anciennes. Des minorités émergentes peuvent s’associer à ces mutations portées par des mouvements diasporiques diversifiés, donnant naissance à de nouvelles identités et à des expressions collectives inédites. Les métropoles contemporaines apparaissent comme des lieux où des minorités se fabriquent, par décomposition et recomposition. Les unes sont déjà obsolètes et manifestement sur des trajectoires descendantes, les autres sont pionnières et connaissent des courbes de développement ascendantes, parfois spectaculaires. Avec des décalages dans le temps, ces dernières se manifestent d’un bout à l’autre de la planète métropolisée.

Minorités et majorités

La question minoritaire a longtemps été assimilée à la problématique de la domination. Elle ne peut en être radicalement dissociée et le poids des majoritaires constitue un paramètre fondamental du statut des minoritaires. Il n’y a de minorités que face à une, voire des, majorité(s) – mainstream en anglais. Le régime démocratique, qui institue « la tyrannie de la majorité » (Alexis de Tocqueville), ne saurait être exempté de ce travers. Si cette tyrannie-là semble jusqu’à un certain point légitime, les discriminations qui trament les rapports entre majorités et minorités font l’objet d’une condamnation morale, dans le cadre d’un régime politique s’affichant démocratique. C’est au titre de victimes de la domination que les minorités urbaines ont focalisé jusqu’ici l’attention de la recherche.

C’est une différence de perspective par rapport à la tradition marxiste : partant d’une observation de simple bon sens, cette dernière considère que « les grands de ce monde », qui dominent et oppriment le peuple, ne sont qu’une minorité. Considérer les femmes comme une « minorité », parce qu’elles sont opprimées par les hommes (qui sont ainsi érigés en « majorité »), est un étrange paradoxe. L’un de nous s’en étonnait, il y a vingt ans : pourquoi traiter les femmes comme une minorité alors que, selon la belle expression du président Mao (qui était le contraire d’un féministe !), elles sont « la moitié du ciel » et même un peu plus à l’échelle mondiale, selon les démographes (Blanc et Le Bars, 1993, p. 5) ? Avec le concept de « micro-pouvoir » (Foucault, op. cit.), cette contradiction est en partie résolue : le pouvoir n’est pas le monopole d’une minorité détenant les pleins pouvoirs, il se diffuse dans l’ensemble du corps social, jusque dans la famille avec le pouvoir des hommes sur les femmes, des parents sur les enfants et des aînés sur les cadets. L’hégémonie d’une minorité dominante est relayée par des majorités qui participent à la discrimination et à l’oppression des minorités, jusque dans la vie quotidienne ordinaire.

De l’oppression à l’expression

Dans ce dossier thématique, l’opposition entre majorités et minorités n’est pas exclue, mais englobée dans l’interaction. Prétendues évidentes, les associations paradigmatiques qui font coïncider rigoureusement minorité et oppression, minorité et marginalité, ou encore minorité et pauvreté sont interrogées à nouveaux frais. Il s’agit de repérer les relations dialectiques qui entraînent des dynamiques profondes, dans des sens opposés, négativement ou positivement connotées, mais aussi remarquablement fécondes tant dans les domaines culturel, économique que social et politique. Loin de former une harmonie sociale stabilisée, les rapports entre minorités et majorités constituent un moteur historique puissant, alimenté par les formidables tensions qui résultent de leurs positions respectives dans le rapport de force. Il a été générateur de tragédies dues en grande partie à l’illusion de pouvoir éradiquer – par le génocide – la composante minoritaire des sociétés. Cette utopie unitaire a connu au xxe siècle son paroxysme, avec la mise en place des régimes totalitaires. Une société qui cherche à éradiquer ses minorités signe sa condamnation à mort.

Chacun à sa façon, les travaux ici réunis contribuent à la mise en évidence du caractère dynamique et innovant du fait minoritaire. Si la conceptualisation interactive de la relation entre minorités et majorités doit être consolidée, ces contributions présentent des cas de figure qui permettent de prendre une distance certaine avec les anciens schémas et d’envisager la réalité de l’oppression, de la marginalité ou de la pauvreté comme génératrice de puissantes dynamiques contradictoires. Ces travaux s’émancipent aussi d’une représentation de la société dont le centre (homogène, uniforme et intégré) serait assailli sur ses marges par des phénomènes déviants, minoritaires ou résistants, en attente d’une assimilation par le centre. Au contraire, les auteurs adoptent une vision de la société mettant en jeu, à tous les niveaux et sous toutes les latitudes, des rapports de force à l’issue toujours incertaine, entre minorités et majorités. L’image de la portée musicale, dont la partition reste dynamique, se substitue à celle d’un centre puissant et de marges à résorber. Ces interactions dynamiques sont génératrices de changement social (Moscovici, 1991) mais aussi productrices d’espace urbain : ainsi, les « centralités minoritaires » forment des pôles d’attraction pour les citadins aux multiples appartenances. Elles participent de cette façon à la structuration physique et symbolique des métropoles (Raulin, 2009). L’influence des minorités urbaines s’étend au-delà de cette inscription spatiale et peut se faire sentir à l’échelle nationale et mondiale par la diffusion de leurs modes d’expression.

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Ainsi, la marque de l’oppression d’une population passée de l’esclavage à la pauvreté s’affiche en vastes fresques sur les murs de la ville de Montevideo. Le candombe, demeuré longtemps un style propre aux Afro-descendants, s’est diffusé dans des quartiers éloignés socialement de ce groupe d’origine ; il a acquis un statut emblématique pour la ville, voire pour la nation uruguayenne. Ariela Epstein montre combien cette réappropriation par l’art urbain est un facteur de reconnaissance par les instances nationales et internationales : le candombe a été inscrit par l’unesco sur la liste du patrimoine mondial de l’Humanité. Mais cette reconnaissance s’accompagne d’un sentiment de dépossession : ce candombe dépolitisé et folklorisé est devenu une attraction touristique. Pourtant, le candombe fait bouger les rapports des dominés aux dominants, en particulier dans le domaine culturel, où il peut à terme servir à promouvoir l’égalité et les droits civiques. Ici, une minorité contribue à créer le cadre esthétique de la ville, en lui garantissant une originalité et une spécificité, distinguant Montevideo des autres métropoles sud-américaines, même si la peinture murale est pratiquée ailleurs.

Le travail de Colin Giraud donne à voir un autre type de renversement : la transition progressive, mais rapide, d’une minorité gay invisible à une minorité gay pleinement repérable et installée, voire institutionnalisée, dans l’espace péricentral de Montréal. La culture gay colore de façon très prégnante des quartiers gentrifiés et socialement mixtes du point de vue résidentiel. L’auteur souligne que d’autres dynamiques peuvent entrer en synergie, notamment les « affinités minoritaires » dans le contexte spécifique de cette ville, entre militantisme homosexuel, nationalisme québécois et identité francophone. En outre, ce processus de conquête d’un centre urbain à Montréal se fait explicitement en référence au Gay Village de New York : ce phénomène attire l’attention sur le processus de modélisation à l’échelle globale des manifestations minoritaires, qu’elles soient éphémères (mobilisations, défilés, festivités) ou pérennes avec l’établissement de formations urbaines qui se constituent par imitation. L’adoption de noms identiques facilite aussi leur repérage par des populations enclines à des circulations internationales et pour des fréquentations en tous genres, ces quartiers étant devenus des pôles touristiques notoires. Le « Village Gai » de Montréal est bien une conquête de la minorité gay qui obtient ainsi une reconnaissance publique de son existence et de sa dignité. Mais cette victoire pourrait paradoxalement exacerber les tensions au sein de la minorité, entre les gays établis et ceux qui, par choix ou par contrainte économique, revendiquent la marginalité de l’homosexualité.

La gentrification apparaît comme le fait d’une présence minoritaire centrale, réhabilitant des quartiers désaffectés et les reconvertissant à de nouveaux usages sociaux (voir : « La gentrification urbaine », Espaces et Sociétés, 2008, n° 132/3). Mais le phénomène d’appropriation résidentielle par les minorités dépasse largement cette réalité et prend aussi des formes qualifiées de périphériques. Pierre Bergel et Didier Desponds discutent la validité du concept d’ethnoburb dans la région parisienne. Élaboré par la géographe Li Wei, ce concept relègue la problématique du ghetto à une place circonscrite, proposant une théorisation nouvelle pour ces minorités installées en banlieue : elles deviennent propriétaires de leur logement, ne fonctionnent pas comme des « communautés ethniques isolées, mais au contraire comme un système ouvert sur la société majoritaire (mainstream), avec des échanges d’information, des relations d’affaires et des activités sociales » (traduction par les auteurs). Dans certaines communes spécifiques de la région parisienne, ces implantations (en particulier maghrébines, chinoises, indiennes et turques) sont statistiquement repérées ; elles ont connu des progressions spectaculaires dans la dernière décennie. Comme précédemment, on est devant une forme d’insertion urbaine qui correspond à une modélisation transnationale, plus difficile à mettre en évidence en France, dans un tissu suburbain historiquement saturé.

Ces trajectoires minoritaires ascendantes exercent sur l’environnement une pression immobilière qui peut se révéler excessive, comme dans le cas de Genève et de sa minorité internationale, tout à la fois manne, population providentielle et plaie. Elle est en effet accusée par les « autochtones » suisses d’aggraver leurs conditions de vie en faisant monter le prix des logements. Hossam Adly retrace la genèse d’une minorité que l’on ne peut qualifier de dominante et qu’il appelle « privilégiée », détaillant les avantages accordés aux fonctionnaires internationaux et considérés comme exorbitants par les Genevois. L’auteur propose le concept de « commune internationalité », pour exprimer au mieux le paradoxe d’une communauté cosmopolite qui valorise l’engagement humanitaire tout en cultivant l’entre-soi.

La métropolisation de Hanoï se joue à l’autre bout de la planète, avec l’intégration du Vietnam dans l’économie mondialisée. Elle entraîne la formation de nouvelles minorités urbaines paupérisées. Dénommées « populations flottantes », elles rappellent que le fait minoritaire est tout sauf stable et qu’il peut surgir dans des situations historiques de transition assez imprévisibles. Ici, un statut administratif différentiel entre urbains et ruraux impose un mouvement pendulaire à des « migrants » ruraux dont la double activité et localité (en ville et à la campagne) est rendue nécessaire par les conditions de vie du Vietnam d’aujourd’hui. Pratiquant une certaine mixité résidentielle en ville, ces « migrants » n’en constituent pas moins une minorité dominée. Gwen Pulliat analyse la nouvelle hiérarchisation des rapports sociaux et les formes de discrimination que cette situation engendre. Ces migrants ont conscience d’être une minorité discriminée et exploitée. Mais, contrairement au présupposé de nombreux discours misérabilistes sur les migrants, ils ne regrettent pas leur choix. Ils considèrent unanimement que leur situation économique serait pire s’ils étaient restés dans leur village, à la place qui leur était assignée.

La dernière contribution est consacrée aux mutations d’une minorité historiquement emblématique, correspondant à la définition aujourd’hui classique de la minorité intermédiaire, exerçant des fonctions intermédiaires dans les domaines économiques et culturels (Bonacich, 1990). Yoann Morvan envisage tout à la fois la transformation d’Istanbul en métropole mondiale et le rôle de la minorité juive dans cette mutation. Capitale de l’Empire ottoman, Istanbul est devenue une mégapole à l’articulation de l’Orient et de l’Occident, à cheval sur l’Europe et l’Asie. Elle présente une réelle complexité minoritaire (religieuse et ethnique), dans laquelle la minorité juive est elle-même composite, ayant agrégé des vagues diasporiques issues des villes de l’ex-Empire. Yoann Morvan examine aussi les rebonds diasporiques de cette minorité juive vers la France, l’Espagne, les États-Unis ou Israël, entraînant d’autres formes d’investissement économique, en particulier dans le textile. Toutes ces mutations ont des répercussions décisives sur la culture juive locale. Dans le domaine linguistique, le ladino accuse une perte de vitesse remarquable (ainsi que le français), au profit de l’anglais. Les formes de différenciation sociale à l’intérieur de cette minorité retiennent finalement davantage l’attention que les formes de solidarité interne. L’auteur donne aussi à voir cette minorité dans ses adaptations économiques aux conditions du capitalisme mondial et à ses modèles de développement urbain, notamment dans l’immobilier avec les centres commerciaux (malls), et les gated communities. Malgré de profondes transformations économiques et culturelles, la minorité juive d’Istanbul conserve les traits de l’une des figures de l’étranger identifiées par Georg Simmel : « Réduit au commerce intermédiaire, ([…] le commerçant étranger) en acquiert la caractéristique spécifique : la mobilité. Si la mobilité s’introduit dans un groupe fermé, elle entraîne avec elle cette synthèse de proximité et de distance qui constitue la position formelle de l’étranger » (Simmel, 1979 [1908], p. 53).

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Les sites métropolitains présentés dans ce dossier sont diversifiés : de l’Ouest à l’Est, nous voyageons de Montréal à Montevideo, Paris, Genève, Istanbul et Hanoï. Ils permettent de dégager quelques pistes de réflexion pour des recherches futures et de leur fournir certains repères théoriques communs. Il serait souhaitable de donner une place plus grande aux métropoles africaines ou océaniennes, tout comme il est important de ne pas se laisser submerger par le foisonnement empirique. Les approches ici réunies relèvent tant de l’anthropologie que de la sociologie et/ou géographie urbaines. Cette dernière tire le meilleur parti de traitements statistiques novateurs, en particulier en France, en raison de l’absence de statistiques ethniques officielles. D’autres travaux privilégient des observations ethnographiques approfondies. Cette pluridisciplinarité est de bon augure pour la poursuite des travaux dans ce domaine.

Ce tour d’horizon planétaire permet de constater la complexité du fait minoritaire. Il se déploie ou régresse en fonction des opportunités identitaires propices à de nouvelles expressions collectives, mais aussi en fonction de l’évolution de la conjoncture politique et économique, ainsi que de ses répercussions sur l’environnement local : on peut se demander par exemple quelles sont les conséquences des « printemps (dits) arabes » sur le sort des minorités et s’interroger sur leur rôle dans ces bouleversements (Fakouhi, 2004). Des dynamiques sociales peuvent s’enclencher : de mobilité ascendante ou descendante, de gentrification ou de paupérisation ; les dynamiques économiques peuvent être autonomes ou, au contraire, dépendantes des institutions officielles. Les minorités peuvent aussi se signaler par un impact culturel fort, ou marquer des signes d’essoufflement dans ce domaine. Enfin, elles peuvent s’ancrer dans les profondeurs d’une histoire commune, souvent traumatique, ou résulter d’une situation collective inédite.

Ces mutations minoritaires en milieu urbain s’adaptent aux recompositions des métropoles dans leurs environnements suburbains et périurbains, et à la diversité de leurs interconnections réelles et virtuelles (Bouly de Lesdain et Raulin, 2004). Mais l’investissement concomitant des centres villes se poursuit, car ils restent les lieux d’un marquage symbolique prééminent. La multiplication, la diversification et la fluidité des groupes minoritaires, en termes de circulation et de croissance, changent le rapport entre minorité et majorité. Ce rapport devenu pluriel ouvre le jeu, car de nouvelles alliances peuvent se former, au niveau local comme au niveau global. De même, de nouveaux antagonismes peuvent émerger de concurrences imprévues. Dans tous les cas, la vitalité de ce rapport est stimulée. Lui donner voix et présence est un enjeu important pour le futur de la recherche.


RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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