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Le sens des formes urbaines

Ce numéro d’Espaces et Sociétés veut contribuer au débat contemporain en apportant un éclairage sur les valeurs multiples, économique, symbolique, technique, esthétique, fonctionnelle ou patrimoniale que prennent les formes urbaines, ou qu’elles donnent à l’agglomération humaine, à la rencontre et à l’évitement des acteurs sociaux dans un espace de mobilité accrue. Aujourd’hui, en matière de production urbaine, nous continuons à nous demander quelles sont les formes consistantes et prégnantes sur lesquelles agir pour contrôler la croissance et résoudre les problèmes de la grande agglomération.

Ce dossier cherche à combiner un souci d’être au cœur du débat actuel avec une volonté de prendre distance dans une perspective épistémologique. Pour ce faire, une entrée pragmatique peut être un bon stimulant pour questionner une problématique. Elle peut se faire de diverses manières :
Qui traite de la forme urbaine aujourd’hui ? À propos de quoi ? En lui donnant quel contenu ? Comment la notion de forme est-elle opérationnalisée ? On la retrouve aussi bien chez le politique que dans les milieux préoccupés d’élaborer une science de l’action.

Une mise en question pourrait se faire aussi à partir des transformations affectant des apparences urbaines contemporaines :

- La ville diffuse par rapport à la ville compacte ;
- Le changement d’échelle et la mise en question du centre : le centre symbolique face à la multicentralité ;
- L’espace construit et l’entremêlement avec la nature : entre une symbolique historique et une symbolique cosmique ;
- Le régime complexe de mobilité et la cohabitation de rythmes temporels.
- L’apparition de nouvelles typologies bâties : centre commercial, multiplexe, parc de loisir…
- Modèles urbains postmodernes : néo-villages urbains, néo-régionalisme, historicisme…

Ces exemples ne sont qu’un appel à réflexion sur le statut de la forme et sur les liens qui peuvent en résulter entre une configuration sociale et une configuration spatiale ainsi qu’avec une orientation symbolique. Loin de se limiter à des descriptions empiriques, il s’agit de faire ressortir la prégnance particulière de la forme dans la construction d’une entité totalisatrice comme la localité de façon générique et la ville de façon spécifique.

En quoi la forme apparaît-elle comme une force organisatrice apte à emboîter les usages les uns dans les autres ? Des utilités complémentaires sont-elles induites qui donnent à la forme une capacité dynamique ? Quels équilibres et tensions cela suppose-t-il entre stabilité et évolution ?

Quelques interrogations complémentaires sont suggérées pour élaborer ce questionnement à caractère épistémologique. Souvent on associe la forme à une dimension matérielle qui surdétermine une perception physicaliste. Celle-ci est fréquente dans le sens commun. Certains vont privilégier une adéquation causale entre le contenant et le contenu. Cette hypothèse sous-tendait la vision fonctionnaliste de l’urbanisme et de l’architecture. La relation peut être d’un tout autre type à travers des affinités entre le contenant et le contenu qui ne s’imposent pas de soi, mais qui sont construites à travers des procédures collectives. Des adéquations causales peuvent se combiner avec des affinités construites selon des modalités variables. Les deux modalités sont-elles en tension dialectique ? Dans cette hypothèse, la performance de la forme découlerait des relations complexes qu’elle entretient avec les diverses dimensions du social.

Que signifient des propos comme ” les urbanistes jouent un rôle primordial dans la construction des formes urbaines ? ” À l’opposé, certains proposeront la forme comme un construit découlant du point de vue que diverses disciplines adoptent pour démêler la complexité du fait urbain. Pour d’autres, la forme fait partie des dispositifs spatiaux cadrant la vie culturelle et sociale.

À titre de repères, nous suggérons quelques questions pour aborder la forme ? Ces propositions ont pour fonction de permettre à chacun de se démarquer.

1) D’une certaine manière, la forme dépend des modes d’appropriation subjective. Ainsi peut-on examiner en quoi la démultiplication des temps vécus a une incidence sur la distribution des lieux significatifs.

2) Par ailleurs, la forme a une certaine autonomie objective. Elle s’impose comme un en-soi, dont on peut décrypter les éléments générateurs qui agissent comme des forces centripètes ou centrifuges : modèles de polarisation, modèle gravitaire, jeu des masses et distances, configurations fractales, …

3) La relation entre le subjectif et l’objectif peut être évoquée à propos des formes qui sont prégnantes à certaines échelles alors qu’elles perdent leur sens à d’autres.

- Un des enjeux de l’analyse consiste à déceler les interférences entre le contenant et le contenu. Y a-t-il des cas où l’autonomie croît, alors qu’elle décroît ailleurs ? Une association normale entre les deux s’impose-t-elle comme élément collectif de mise en ordre ? Ou les possibilités de dissidence ont-elles tendance à se multiplier vu que les degrés de liberté grandissent ? Comment se fait alors la coordination entre des liaisons multiples et imprévues ?
- Lorsque les communications à distance se multiplient par rapport aux interactions directes dans un cadre physique partagé, va-t-on vers une indifférence plus grande entre le contenant et le contenu ? Ou l’inverse se réalise-t-il dans une quête d’affinités face à un univers incertain ? Les formes de sociabilité urbaine n’ont-elles pas des contours plus invisibles face aux lieux identifiés par leur physicalité ?
- On peut concevoir la ville comme un espace cinétique qui est approprié à travers des déplacements et dont la signification évolue d’après des régimes de mobilité. L’espace cinétique suppose la composition d’éléments immobiles et mobiles. Les uns et les autres peuvent être à la fois sociaux et physiques. C’est par exemple le cas lorsque l’on évoque les agrégations affinitaires et les mixités sélectives. Quelles sont les mutations urbaines induites par cette multiplication et accélération des mobilités ?

À travers ces diverses suggestions, il s’agit d’ouvrir un débat sur un thème qui est central pour comprendre les relations entre espaces et sociétés. Quel lien y a-t-il entre forme de société et forme d’espace ? Diverses questions en dérivent : uniformisation et diversification du social, inclusion et exclusion, frontière étanche ou poreuse, …
Ce dossier devrait être la première étape d’une réflexion critique préparant des colloques futurs. Ceux-ci, en dynamisant les débats, devraient susciter un approfondissement ultérieur. D’étape en étape, il s’agirait de renforcer l’élucidation épistémologique et la réflexion critique.

Merci de votre contribution.

Coordination du dossier
Pierre PELLEGRINO (Espaces et Sociétés)

Pour tout renseignement, contactez :
Pierre PELLEGRINO
11 chemin ROVEREAZ
1012 LAUSANN
E
SUISSE

Pellegri@bluewin.ch


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Les articles ne dépasseront pas 40 000 signes (hors espaces)
tout compris (notes, résumés, références bibliographiques).
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