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La famille dans tous ses espaces

Dans le champ des sciences sociales, et en particulier en sociologie, l’intérêt des chercheurs à l’égard des dimensions spatiales de la famille, de la vie familiale, ou bien encore des liens familiaux ne constitue pas une nouveauté. Des travaux réalisés dans les années 1950 sur l’habitation des familles ouvrières (Chombart de Lauwe, 1959), aux études récentes consacrées aux relations familiales au sein du logement (Singly de, 1998), en passant par les analyses produites dans les années 1970 sur l’évolution des liens familiaux dans les sociétés urbanisées (Pitrou, 1976), la question des rapports entre familles et espaces, et entre espaces et familles, a déjà donné lieu en effet à une importante littérature (Bonvalet, 1998).

Mais cette question mérite aujourd’hui d’être ré-examinée. La diversification croissante des espaces de vie des individus et des ménages, les tensions nouvelles entre ancrage et mobilité, entre regroupement et dispersion, qui accompagnent le processus contemporain d’urbanisation et auxquelles se trouvent confrontés aussi bien les individus que les groupes sociaux de tous types, les évolutions rapides des formes et des structures familiales, ou bien encore l’importance grandissante que semblent revêtir les espaces résidentiels en termes de ressources et de constructions identitaires, tout cela invite à la fois à approfondir et à élargir l’étude des espaces de la famille et l’analyse des rapports à l’espace des groupes familiaux et de leurs membres.

Dans ces perspectives, ce dossier d’Espaces et Sociétés se propose d’explorer plus particulièrement quatre dimensions.

La famille dans son logement : pluralité des formes familiales et des usages du logement

La première a trait à l’analyse de la famille dans son logement et, plus précisément, à la diversité des configurations familiales et des manières d’habiter le logement.

De fait, sans doute parce que l’un des enjeux majeurs des travaux récents sur les rapports entre famille et logement a été de mettre au jour la diversité des relations intra-familiales et des espaces de relations entre conjoints d’une part et entre parents et enfants d’autre part, la littérature contemporaine sur la famille dans son logement s’est très largement focalisée sur l’observation d’un type de ménages – les ménages familiaux des classes moyennes -, au détriment d’une observation plus systématique des relations familiales au sein du logement selon les milieux sociaux. Autrement dit, comment les familles bourgeoises ou les familles des milieux populaires habitent-elles aujourd’hui leur logement ? Derrière le ” modèle Tanguy ” porté à l’écran par Étienne Chatiliez , comment s’organise par exemple, dans les milieux populaires, la ” cohabitation forcée ” des enfants d’âge adulte au domicile de leurs parents ?

De surcroît, les familles ne sont pas seulement socialement différenciées. Elles peuvent également revêtir dans le temps, à l’intérieur d’un même logement, des formes variables. Tel est le cas, par exemple, de nombreuses familles recomposées dont le nombre d’enfants présents au domicile fluctue selon les jours ou les semaines. Tel est aussi, autre illustration, le cas des familles au sein desquelles, pour cause d’études loin du domicile, un ou plusieurs des enfants s’absentent à certaines périodes du logement parental. Dans quelle mesure ces changements temporels dans la composition de la famille au domicile sont-ils générateurs d’usages différenciés du logement et de manières plurielles de vivre en famille ? Comment, par exemple, dans les ménages familiaux composés de conjoints ayant chacun leurs propres enfants, parfois présents, parfois absents du logement, les enfants de chaque conjoint aménagent-ils leurs espaces et leurs relations, selon la présence ou l’absence dans le logement des enfants de l’autre conjoint ?

La diversification des espaces de la vie et des relations familiales

La deuxième dimension autour de laquelle des contributions sont attendues concerne la diversification des lieux dans lesquels se construisent et se déploient les relations familiales.

Si le logement – au sens du domicile – constitue très certainement encore dans la période actuelle un lieu important de la famille, la vie familiale semble de moins en moins être confinée dans l’espace du logement. Au côté des relations familiales qu’ils entretiennent à l’intérieur de leur domicile, les différents membres des ménages familiaux ont en effet bien souvent tendance à avoir aussi d’autres relations, avec tout ou partie des autres membres de leur famille, dans d’autres lieux : dans des espaces de loisirs, dans des espaces publics, dans des lieux de vacances, etc. Quels sont donc aujourd’hui les espaces associés à la vie familiale ? Et quels types de relations sont à l’œuvre au sein de ces différents espaces ?

Ce questionnement invite, par exemple, à identifier les différents lieux (hors logement) dans lesquels s’inscrivent les relations familiales selon les milieux sociaux : le café, le cinéma, le club de sport, etc. ; ou bien encore, dans le prolongement des travaux récemment réalisés sur “les variations saisonnières de la vie familiale” (Gotman, Léger, Decup-Pannier, 1999), à mettre au jour les diverses formes d’organisation de la vie familiale des ménages familiaux dans leurs différents lieux de résidence (dans la résidence principale, au sens administratif du terme, dans la résidence secondaire, dans la résidence des vacances, etc.).

Par extension, cette ligne d’analyse invite aussi à observer les liens existants entre les modes d’organisation de la vie familiale au sein du logement et les pratiques des espaces urbains des individus membres de ménages familiaux. Dans quelle mesure, par exemple, les inégalités bien souvent constatées au sein des couples, entre l’homme et la femme, dans la prise en charge des tâches domestiques sont-elles productrices d’usages différenciés du quartier ou de la ville ?
Les formes d’inscription spatiale de la famille
Parce que la famille ne se limite pas aux conjoints et aux enfants, étudier les rapports entre familles et espaces suppose de surcroît d’élargir l’observation aux formes d’inscription spatiale de la famille “étendue” (aux parents, grands-parents, frères, sœurs, etc.) et au fonctionnement social de ces dispositifs spatiaux.
Ici, il s’agit principalement d’explorer les formes de regroupement ou au contraire de dispersion des familles, au sens large du terme. Peut-on distinguer des types de familles caractérisées par un fort enracinement dans un lieu, et à l’opposé des types de familles ” sans territoires “? Les familles spatialement regroupées ont-elles tendance à avoir des relations familiales plus développées que les familles géographiquement dispersées ? Comment, plus largement, les familles composent-elles avec l’espace pour maintenir ou renforcer leur identité ?

Les espaces de la famille dans les trajectoires sociales des individus

Enfin, ce numéro se propose de traiter des rapports que les individus entretiennent avec les espaces de la famille, dans le sens ici des espaces ” hérités ” des espaces de l’histoire familiale (lieux d’origine de la famille, lieux de résidence des parents…), et du rôle que jouent ces espaces dans les trajectoires résidentielles, professionnelles et sociales des individus.

Quelle analyse peut-on faire des rapports que les individus entretiennent avec ces ” lieux de familles “, selon les différents moments de leurs trajectoires ? Comment ces lieux sont-ils perçus ? Comment sont-ils mobilisés ou au contraire mis à distance ? En quoi peuvent-ils constituer des ressources dans les trajectoires des individus ?

Les contributions attendues pour ce dossier pourront porter sur une ou sur plusieurs de ces dimensions. Les articles traitant de ces dimensions dans un pays étranger, ou proposant une comparaison internationale, seront particulièrement appréciés.

Références citées :

BONVALET C. (1998), Famille-Logement. Identité statistique ou enjeu politique ?, Paris, INED, coll. “Dossiers et recherches”, n° 72.
CHOMBART DE LAUWE P.-H. (1959), Famille et habitation, Paris, CNRS.
GOTMAN A., LÉGER J.-M., DECUP-PANNIER B. (1999), “Variations saisonnières de la vie familiale : enquête sur les secondes résidences”, dans BONNIN P., VILLANOVA R. de (dir.), D’une maison, l’autre, Paris, Créaphis.
PITROU A. (1976), Le soutien familial dans la société urbaine, Revue Française de Sociologie, vol. XVIII.
SINGLY F. de (1998), Habitat et relations familiales, Paris, éditions du Plan construction et architecture, coll. “recherches”, n° 90.

 

Merci de votre contribution.

Coordination du dossier :

Jean-Yves AUTHIER, Catherine BIDOU-

Pour tout renseignement, contactez :

Jean-Yves AUTHIER
GRS, Université Lyon 2 (Bât. K)
5, avenue Pierre-Mendès France
69676 BRON Cedex
Jean-Yves.Authier@univ-lyon2.fr

Catherine BIDOU-ZACHARIASEN
Université de Paris-Dauphine
IRIS
75775 PARIS Cedex 16

Bidou@dauphine.fr


Les propositions d’articles doivent tenir sur une page.
Les articles ne dépasseront pas 40 000 signes (hors espaces)
tout compris (notes, résumés, références bibliographiques).
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