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Appels à article



« Best or worst practices ? » Mondialisation et dissémination des modèles de développement urbain

Être distingué par le label « best practice » est désormais devenu un nouvel enjeu des opérateurs ou des municipalités, enjeu déjà ancien dans les villes du Sud qui gagne aujourd’hui les villes du Nord. Curieusement, et à part quelques critiques très partielles ou très localisées, ce phénomène n’a guère intéressé les sciences sociales vouées à l’étude des villes malgré les nombreuses dimensions et points de vue d’analyse critique qu’il interpelle. C’est ce silence des « études urbaines », particulièrement impressionnant dans le monde de la recherche, que ce dossier d’Espaces et Sociétés souhaite un peu combler.

Diverses raisons de le faire – et du même coup, divers points d’entrée dans cette approche – peuvent être invoquées :

L’enjeu qui se profile derrière l’accession à cette sorte de « distinction internationale » génératrice de publicité et d’attractivité, est en fait celui de la mondialisation et de l’homogénéisation des modes de faire, face à la complexité urbaine et au nouveau « poids » démographique et socio-politique que représentent les villes.

Le projet, implicite ou explicite, de mettre au point des méthodes que l’on pourrait disséminer partout à travers le monde met en lumière au moins deux « croyances », ou postulats, qui vont à l’encontre de ce que nous disent les sciences sociales quand elles prennent la peine d’aller observer ce qui se produit réellement dans l’action et en particulier dans le processus de décision et dans la mise en oeuvre des projets, urbains ou autres :

- la première tente de nous faire croire que l’enjeu du changement dans les politiques urbaines serait avant tout méthodologique et que la diffusion d’un « kit » de savoirfaire générerait des apprentissages salvateurs pour faire face aux diverses crises de la gestion ou du développement urbains ;
- la seconde s’illusionne sur une sorte de maîtrise conceptuelle universelle du processus de projet et minimise l’impact du contexte et l’effet des jeux divers et variés des acteurs locaux et nationaux sur le sort des décisions en amont comme dans la mise en oeuvre des « projets ».

Face à ce courant dominant particulièrement pesant et médiatisé, les travaux qui donnent à voir autre chose passent un peu inaperçus. Nous aimerions dans ce numéro d’Espaces et Sociétés pouvoir montrer, par exemple, la manière dont les injonctions des organisations internationales ou des bailleurs de fonds sont concrètement « traduites » dans les différents pays du Sud qui en « bénéficient ». Nous souhaitons aussi des articles qui discutent la façon dont des innovations au Sud (par exemple le très médiatisé « budget participatif ») sont réinterprétées socio-culturellement ou politiquement dans les pays du Nord, ou encore des articles s’attachant aux effets pudiquement appelés non-intentionnels que génèrent, sur le long terme, certaines de ces innovations si prometteuses. Seront bienvenus des articles sur le modèle de gestion publique en Europe et/ou sur l’expérience des grands oeuvres d’architecture qui se trouvent reliés à des grands projets urbains et qui constituent des griffes internationales (par le biais de la culture, par exemple).
Les évaluations institutionnelles évoquent rarement ces aspects, tout à leur souci d’encenser les « best practices ». Or les pratiques, telles qu’elles existent et se construisent petit à petit sur le terrain, les « mauvaises » pratiques, les torsions et devenirs de « best practices » dont l’image finale ne ressemble plus du tout au modèle initial, nous paraissent, en tout état de cause, un objet bien plus pertinent offert au regard des sciences sociales.

Ce numéro spécial a donc pour objectif d’interroger la capacité des sciences sociales à se distancier des chants de sirène et des nouvelles illusions d’un universalisme particulièrement racoleur parce que mobilisant des thèmes – démocratie, transparence, participation, gouvernance – qui font consensus.

Merci de votre contribution.

Coordination du dossier
Françoise Navez-Bouchanine et Licia Valladares


Adresse pour la correspondance :

Françoise Navez- Bouchanine
8 rue Christian Dewet
75012 Paris
fnb@club-internet.fr
et
Licia Valladares
Faculté des Sciences économiques et sociales
USTL – Université des sciences économiques
et technologiques de Lille
59655 Villeneuve d’Ascq Cedex
licia.valladres@wanadoo.fr

Calendrier
2 avril 2006: date limite de remise des articles

Attention, dorénavant la revue ne demande plus de
propositions d’articles mais directement les articles.

Les articles ne dépasseront pas 45 000 signes (espaces compris)
en incluant texte, notes, résumés, références bibliographiques, annexes.
Les conseils aux auteurs figurent dans chaque numéro.
Les normes de présentation sont disponibles sur le site de la revue



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