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N° 99 : La nature et l'artifice



ESPACE, CHANGEMENT SOCIAL, SCIENCES SOCIALES

par Maurice Blanc

Les quatre ouvrages récents ici regroupés sont assurément très divers. Ils ont en commun de privilégier l’approche territoriale des phénomènes sociaux. Par contre, ils divergent sur la relation que les chercheurs en sciences sociales entretiennent avec les acteurs qu’il étudient. Les nouvelles figures du sous-prolétariat (Bruneteaux et Lanzarini), Le nouvel ordre local : gouverner la violence (J-P Garnier) et l’ouvrage collectif en espagnol, Economia sumergida : el estado de la cuestion en Espana, sur l’économie “submergée” ou informelle se situent tous les trois dans une tradition qui fonde la science sur la rupture épistémologique avec le sens commun. Armés de leurs théories, les chercheurs en sciences sociales dévoilent la réalité de la situation aux acteurs qui la vivent mais sont incapables de l’analyser car ils baignent dans les illusions de l’idéologie. Les sciences sociales ont alors une fonction de critique ou “d’avertisseur” (Bruneteaux et Lanzarini), mais elles ne participent qu’indirectement aux transformations de la société. Sociologie urbaine et rurale, l’espace et l’agir (Remy et Leclercq) se situe dans une tradition interventionniste pour laquelle la connaissance naît de l’action, en jouant à la fois de la proximité et de la distance avec les acteurs sociaux. Les auteurs montrent en particulier comment, sans servir d’alibi scientifique et en conservant leur autonomie de jugement, les chercheurs en sciences sociales peuvent passer de la dénonciation à la coopération, souvent conflictuelle, avec tous ceux qui participent à l’aménagement de l’espace.
BRUNETEAUX Patrick & LANZARINI Corinne, Les nouvelles figures du sous-prolétariat, Paris, L’Harmattan, 1999, 252 p., coll. “Le travail du social”, ISBN : 2-7384-7551-5.
GARNIER Jean-Pierre, Le nouvel ordre local : gouverner la violence, Paris, L’Harmattan, 1999, 182 p., coll. “Géographies en liberté”, ISBN : 2-7384-7838-7.
REMY Jean & LECLERCQ Etienne, Sociologie urbaine et rurale, l’espace et l’agir, Paris, L’Harmattan, 1998, 399 p., coll. “Théorie sociale contemporaine”, ISBN : 2-7384-5433-X.
YBARRA Josep-Antoni (ed.), Economia sumergida : el estado de la cuestion en Espana, sans lieu, sans date, ISBN : 84-8497-786-2.

Liste des ouvrages reçus

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Le nouvel ordre local est un livre iconoclaste et décapant sur les violences dites “urbaines”. La violence n’est pas là où on la situe habituellement, dans les “banlieues” des pauvres, mais dans le fonctionnement des institutions, du capitalisme sauvage et de ses restructurations. J-P Garnier s’en prend d’abord aux gouvernements “sociaux-démocrates” et à ceux qui se prétendent leurs opposants de gauche alors qu’ils sont en réalité leurs alliés : les pourfendeurs de “la pensée unique”. Ils en appellent à l’Etat contre la “fracture sociale”, car ils ont oublié qu’il est “l’Etat de la classe dominante”. Partisans et adversaires de la pensée unique sont plus proches qu’ils ne l’imaginent. Ils s’accordent selon l’auteur dans “la pensée unanime”, incapable de penser un au-delà du capitalisme. Plus précisément, J-P Garnier reproche aux politiciens et aux cercles dirigeants de prendre l’effet pour la cause. La fauche dans les magasins et la fraude dans les transports sont les conséquences du chômage et de la pauvreté. Mais, pour lutter contre le chômage, il faut la volonté d’en découdre avec le capitalisme au lieu de chercher à le ménager. Il est donc plus simple de blâmer les fauteurs du trouble apparent et de punir les “incivilités”. Les violences scolaires sont sans doute les plus médiatisées des violences urbaines et J-P Garnier en propose une autre lecture. La première violence vient de l’école qui inculque très tôt l’esprit de compétition effrénée pour accéder aux “grandes écoles”. “L’élitisme républicain” prépare à la guerre économique, à concocter plus tard des plans de licenciement sans états d’âme et c’est bien la véritable violence. Les manifestations lycéennes d’octobre 1998 en sont une illustration exemplaire. Les lycéens studieux des beaux quartiers revendiquaient sagement plus de professeurs et plus de moyens pour mieux étudier. La police, et le service d’ordre de la CGT, les ont efficacement protégés de l’intrusion des jeunes “casseurs” de banlieue qui étaient indésirables au milieu d’une si bonne compagnie. J-P Garnier a deux cibles privilégiées : les chercheurs en sciences sociales qui jouent les conseillers du Prince et les élus locaux de gauche (parfois chercheurs eux-mêmes) qui mettent en œuvre sur leur territoire politique de la ville, contrat local de sécurité et autres dispositifs de prévention-répression de la violence. Aux uns comme aux autres il reproche le refus de regarder la réalité en face, le virage sécuritaire sous prétexte d’enlever des voix au Front national et l’enthousiasme pour les solutions répressives d’outre-Atlantique et d’outre-Manche. Il dénonce surtout la Novlangue, comme dans 1984 d’Orwell, lorsque les mots prennent le sens contraire de leurs sens habituel. “Citoyen” veut dire collaborateur et non plus résistant, “partenariat” veut dire délation, “démocratie” veut dire totalitarisme, etc. Le grand reproche est de (mal) camoufler une politique répressive de droite sous une rhétorique de gauche. Le nouvel ordre local est un pamphlet roboratif. Il dénonce les illusions bien ancrées dans la tête de nos dirigeants et des conseillers bien en cour et il recentre sur les vraies questions. L’auteur a la plume acerbe et l’art de la formule percutante. Il a aussi celui de dénicher la citation assassine qui illustre le propos à la perfection. Ce jeu de massacre intellectuel lui procure manifestement un plaisir jubilatoire. C’est comme les chroniques du Canard enchaîné : le lecteur peut adorer ou détester, il peut aussi s’en lasser à la longue. Depuis plus de vingt ans, avec une remarquable constance, J-P Garnier s’est fait une spécialité de dénoncer les renoncements du mouvement ouvrier, des partis politiques de gauche et de la petite bourgeoisie intellectuelle à la lutte de classes, dans le champ urbain notamment. Il y a longtemps qu’il critique les pseudo-concepts de révolution urbaine, démocratie locale, fracture sociale, etc. Il se dégage de tous ses ouvrages la vision d’un peuple trahi par ses dirigeants, ceux de gauche étant les pires. Le nouvel ordre local apparaît alors comme la version mise à jour d’un ouvrage ancien. Le sottisier s’est enrichi et les citations sont actualisées, mais l’analyse du système a-t-elle avancé pour autant ? La dénonciation des violences faites aux hommes et aux femmes par le capital s’inscrit dans une longue tradition, marxiste certes mais aussi chrétienne et humaniste. Le fondateur de la revue Esprit (l’une des têtes de Turc de J-P Garnier) fustigeait déjà “le désordre établi”. Ce n’est pas le fond de l’analyse qui fait problème mais son côté : “il n’y a qu’à”. “Abolissons le capitalisme et la violence disparaîtra avec lui” !

Les “sauvageons” dénoncés par le Ministre français de l’Intérieur ne sont que le fruit, détestable sans nul doute mais somme toute inévitable, d’un capitalisme (…) revenu à l’état “sauvage” (p.47, souligné par MB).

On peut comprendre certaines formes de violence et réhabiliter le conflit contre l’idéologie du consensus. L’actualité montre pourtant que la violence dérape facilement vers l’extermination et le génocide. Il faut s’attaquer à la fois au capitalisme et à ses fruits détestables, mais évitables peut-être. J-P Garnier se cantonne dans la critique du processus de “récupération”, selon l’expression à la mode dans les années 1970. Il a une vision très bourdieusienne de la reproduction de la société, les vagues successives de contestataires finissant par devenir les piliers les plus solides du désordre établi. Dans cette perspective, le chercheur en sciences sociales ne peut que dénoncer, pour l’honneur, une réalité qu’il ne peut transformer. Dans le chapitre final pourfendant le “totalitarisme citoyen”, l’auteur évoque en une demi-page surréaliste une conception alternative de la citoyenneté. Non consensuelle et progressiste, elle serait fondée sur la résistance à l’oppression :

(La citoyenneté) pourrait revêtir un caractère révolutionnaire (…) puisqu’elle découle (sic) de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789  (p.167).

A ce compte-là, le droit de propriété est éminemment révolutionnaire lui aussi ! L’auteur ne peut aller plus loin dans l’esquisse d’une alternative citoyenne concrète car il est prisonnier de sa conception du travail scientifique. Il lui faudrait aller analyser sur le terrain les transformations des pratiques sociales au lieu de se cantonner dans la critique, brillante et nécessaire mais somme toute limitée, des discours politico-médiatiques dominants.

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Les nouvelles figures du sous-prolétariat est un ouvrage qui s’appuie, sans les présenter en détail, sur plusieurs études réalisées par les auteurs auprès de ceux que l’on appelle couramment “les sans domicile fixe (SDF)” ou “les jeunes des banlieues”. Les médias stigmatisent ces populations pour leurs violences et Bruneteaux et Lanzarini, comme J-P Garnier, les relativisent. Ils braquent le projecteur sur les violences de l’Etat et des institutions capitalistes à l’encontre des plus faibles. Ils affichent eux aussi une volonté de rupture avec le sens commun et une grande ambition théorique :

Le concept sous-prolétaire (sic) permet d’unifier ce qui est segmenté par les spécialisations universitaires : les banlieues, les exclus, les toxicomanes, les immigrés…

Ils puisent leur inspiration chez Bourdieu et Goffman. Du premier, ils retiennent la reproduction (les cercles vicieux) et les rapports de domination qui laissent de faibles marges de manœuvre aux dominés. Avec le second, ils privilégient les situations d’interaction dans lesquelles s’exercent les stratégies de survie qui permettent quelquefois de retourner provisoirement la situation. La première partie, “les sous-prolétaires à la rue”, analyse les violences dont ils sont à la fois acteurs et victimes : violences de la société qui les jette à la rue, violences entre eux pour survivre. Les auteurs suggèrent avec précaution quelques analogies entre leur situation et celle des déportés dans les camps de concentration. Le livre s’attarde sur la sexualité des SDF, bien compromise quand on vit à la rue ou en foyer. Les observations sont justes mais il ne faudrait pas faire des sous-prolétaires les victimes exclusives de la répression sexuelle ! L’analyse porte surtout sur les relations entre les SDF et ceux qui leur viennent en aide : les bénévoles bon chic bon genre d’une association lyonnaise et, surtout, les travailleurs sociaux. Ils sont accusés une nouvelle fois d’être les garants de l’ordre capitaliste. Leurs pratiques produisent trois types d’effets pervers par la polarisation sur les manques et les handicaps, l’infantilisation et la stigmatisation. Fondée dans bien des cas, cette critique devient outrancière dans sa généralisation. La deuxième partie est intitulée “les sous-prolétaires relégués dans des cités sous contrôle” mais elle ne traite que des jeunes. Elle montre “les cercles vicieux de la haine”. Une fois pris dans l’engrenage de la violence, les jeunes ne peuvent plus s’en sortir. Les auteurs ne semblent pas se rendre compte qu’une analyse aussi simpliste vient légitimer le discours sécuritaire du Ministre de l’Intérieur sur les “sauvageons”. Ils reprennent ensuite la critique bien connue des journalistes qui créent l’événement pour l’appliquer aux “banlieues”. Ils s’extasient enfin sur une association intermédiaire dont le succès est attribué au charisme de son fondateur, jeune maghrébin originaire du quartier. Mais l’explication tourne court et, dans les cités qui n’ont pas la chance d’avoir un sauveur charismatique, ne resterait-il qu’à attendre Godot ? La troisième partie, méthodologique, montre finement les obstacles à la recherche dans les milieux sous-prolétaires. L’entretien non-directif standard et le récit de vie sont inapplicables et seraient dans certains cas une violence intolérable. Les auteurs ont dû ruser et inventer des stratégies de recherche adaptées pour mettre en évidence l’onirisme social présent dans le discours des enquêtés. Ils donnent quelques exemples de leurs pratiques concrètes, dommage que ce ne soit pas plus développé. La principale faiblesse de cet ouvrage est de ne jamais définir le concept de sous-prolétariat, alors que les auteurs en font le fédérateur qui donne unité et cohérence à leurs diverses recherches. Une longue note donne quelques arguments, discutables, en faveur de son usage. C’est bien insuffisant pour savoir de quoi on parle au juste. L’armée industrielle de réserve est évoquée, ainsi que “les inutiles au monde”. Or ces deux expressions sont contradictoires, l’armée de réserve ayant bien entendu son utilité. On sait que Marx a beaucoup critiqué le sous-prolétariat mais qu’il n’en a pas donné de définition satisfaisante. Il a pourtant distingué dans le Capital trois variantes, les formes latente, flottante et stagnante, selon le type de relations avec le prolétariat et le processus de passage de l’un à l’autre. Rien de tel ici, les sous-prolétaires sont d’origine prolétarienne mais ensuite la coupure est complète. On est en présence de deux mondes étanches, le “monde ordinaire” des prolétaires intégrés (sic), de leurs patrons, des pouvoirs publics et des services sociaux, auquel s’oppose “l’autre monde”, celui des sous-prolétaires. Une telle vision de l’ordre capitaliste est bien déroutante.

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Les auteurs de l’ouvrage collectif coordonné par J-A Ybarra appellent économie “submergée” (sumergida) la fraction la plus importante de l’économie informelle. Ils écartent l’économie criminelle de type maffieux ainsi que l’économie non marchande des réseaux familiaux et/ou amicaux. Il reste l’économie informelle provoquée par la mondialisation et la dérégulation de l’économie. Pour un nombre croissant d’entreprises, la stratégie de survie passe par la sous-traitance associée au travail au noir. Cette économie informelle devient invisible parce qu’elle s’immerge dans le tissu social mais elle n’est ni archaïque, ni obsolète. Elle est à l’origine du mouvement de précarisation dénoncé dans les deux ouvrages précédents et celui-ci en démonte les mécanismes. Les auteurs de la vingtaine de contributions ici réunies s’accordent largement sur quelques résultats et positions de recherche. D’abord, le processus d’informalisation n’est pas marginal mais central. La spécialisation flexible requiert l’informalisation. Cette thèse, déjà présente dans le dossier : “Entreprise et territoire” (Espaces & sociétés, n°88/89, 1997), est reprise et développée à la lumière du contexte espagnol. Le processus d’informalisation requiert aussi une nouvelle articulation entre le local et le global, entre les causes macro-économiques et l’action territorialisée. Ici aussi, il y a une nette parenté avec le dossier : “L’inscription territoriale du travail” (Espaces & sociétés, n°92/93, 1998). L’ouvrage prend fermement position dans les débats sur l’avenir du travail. Nous n’assistons pas à la fin du travail, il est plus que jamais nécessaire. Mais il devient invisible, il s’intensifie et il se précarise. Les auteurs se réfèrent abondamment à Marx, bien sûr, mais plus encore à Polanyi dont les tentatives de réconcilier l’économique et le social sont à juste titre tirées de l’oubli. Ce livre constitue les Actes d’un colloque pluridisciplinaire organisé en 1996, en partenariat avec l’Union générale des travailleurs (UGT). Il tient un discours très militant sur la contribution de la recherche aux luttes sociales. Mais, malgré ce discours unanimiste, on voit mal dans les textes comment les recherches présentées pourraient fertiliser la pratique syndicale. Sur la forme, ce livre a les défauts de ce genre de publication. Les contributions prises une à une sont excellentes mais leur juxtaposition ne fait pas un ouvrage cohérent et construit. Il y a trop de redites et de tournures orales. Il manque surtout un travail éditorial qui unifie et ordonne le texte. Il est difficile de se repérer dans un ouvrage aussi brouillon.

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Sociologie urbaine et rurale, l’espace et l’agir est un ouvrage très différent des précédents, sur la forme comme sur le fond. L’essentiel du livre est une sélection de textes de Jean Remy, publiés entre 1972 et 1994 dans des revues ou des ouvrages collectifs et devenus introuvables. Mais Remy a bien compris qu’un choix d’articles ne fait pas à lui seul un bon ouvrage. Une présentation qui les met en perspective et fait apparaître leur cohérence est nécessaire. C’est ici qu’Etienne Leclercq a joué un rôle important de tiers questionneur, poussant Remy dans ses retranchements et l’obligeant à préciser et ordonner ses pensées. Ce livre rend accessible une pensée complexe et subtile et il n’est pas possible d’en présenter toutes les facettes dans cette note qui se limite à l’intention centrale, explicitée dans le sous-titre : “l’espace et l’agir”. Les auteurs écrivent :
L’espace n’est pas un réceptacle passif, mais au contraire un élément dynamique, qui participe à l’élaboration et aux changements des rapports sociaux.

Une des questions en filigrane est alors la relation entre les sociologues qui étudient l’espace et les praticiens qui l’aménagent et le transforment. Remy développe une conception peu orthodoxe de la recherche. Avec un brin de provocation peut-être, il affirme le primat de l’action et il déplore les réticences des sociologues à entrer dans le jeu de l’aide à la décision. Sollicité comme sociologue-consultant lors de la construction de Louvain-la-Neuve, il n’accepte qu’à la condition d’être associé à la conception car il ne veut pas donner sa caution scientifique à un projet qui ne tiendrait en réalité aucun compte de ses analyses. Il réhabilite l’entrée empirique de la recherche :

La théorie n’est pas le point de départ de la recherche (…). Le point de départ est un terrain que je “problématise” grâce à une grille de questions afin de pouvoir poser un diagnostic.

Il souligne l’importance de la méthodologie et de la “boîte à outils” (statistiques, entretiens, scénarios, etc) qui permettent d’établir des diagnostics rapides. Pour aider les aménageurs, Remy met en évidence les logiques des différents acteurs en présence. Par exemple, dans la construction de Louvain-la-Neuve, il a analysé les perceptions, usages et intérêts que les divers groupes d’usagers pouvaient avoir d’un centre urbain. L’objectif de l’intervention est d’aider les partenaires à développer un jeu plus ouvert.

Comment aider (le commanditaire) à développer une lecture plus systématique de la réalité, qui lui donnera des schémas de causalité plus efficaces en vue d’une intervention dans un jeu social, une transaction ou une négociation.

Un des apports majeurs de la sociologie urbaine de Remy est la complexification du rapport entre l’espace et la vie sociale. L’utopie rationalisatrice de Le Corbusier surestimait l’efficacité sociale des dispositifs spatiaux et elle croyait qu’un bon urbanisme permettrait de faire l’économie d’une révolution. Elle croyait que la mixité sociale résoudrait la ségrégation alors qu’elle n’a fait que l’exacerber dans les grands ensembles comme le montrent, chacun à sa manière, Garnier ou Bruneteaux et Lanzarini. Les formes spatiales sont prises dans une dynamique affective et culturelle variable selon les groupes sociaux. La structure spatiale et la structure sociale sont à la fois liées et autonomes et il faut affirmer la primauté du social sur le spatial. Dans ces pages, le propos peut sembler exagérément optimiste et consensuel. Le conflit et le rapport de forces ne sont guère évoqués. Remy ne les ignore pas puisqu’il a élaboré ailleurs le concept de transaction sociale pour rendre compte des situations qui mêlent l’échange, la négociation et l’imposition ou le rapport de forces. Sa conception de l’intervention sociologique devrait être précisée dans cette perspective. Travailler pour un commanditaire qui détient l’argent et le pouvoir peut entrer en conflit avec la volonté de favoriser la participation à la décision des habitants les plus démunis, avec ce que cela implique de redistribution du pouvoir. Ce livre est une invitation à élaborer la déontologie de l’intervention sociologique.

 


Liste des ouvrages reçus à la rédaction

  Revue Economie Publique – Etudes et Recherches n°1 – 1998/1, DeBoeck Université.


  Revue Villes en Parallèle, n° spécial “ La ville soviétique avant la pérestroïka ”, n°26-27, décembre 1998.


  Josep-Antoni Ybarra (ed), Economia sumergida : el estado de la cuestión en España, Iniciativas de Futuro, UGT, 1998, 354 p.


  La réforme à l’école. Essai, sans auteur, éditions Charles Corlet, 1999, 62p.


  Jean-Marc Stébé, La crise des banlieues, Paris, PUF, Que sais-je ? 1999.


  Béatrice Sokoloff, Barcelone ou comment refaire une ville, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 1999.


  Gérard Namer, Le système social de Rousseau. De l’inégalité économique à l’inégalité politique, Paris, L’Harmattan, coll. “Logiques Sociales”, 1999.


  Gérard Namer, Rousseau sociologue de la connaissance. De la créativité au machiavélisme, Paris, L’Harmattan, coll. “Logiques Sociales”, 1997.


  Paz Benito del Pozo et Henar Pascual Ruiz-Valdepeñas, Geografía y geógrafos industriales en España – Industrial Geography and Geograpgers en Spain, Associación de geógrafos españoles, Grupo de trabajo de geografía industrial, Instituto de Fimento de Andalucía, 1998.


  Magazine de l’Institut Français d’Afrique du Sud – The French Institute of South Africa’s Magazine, n°11 (septembre-décembre 1998), n°12 (janvier-avril 1999), n°13, mai-août 1999.


  Des éditions Armand-Colin :

- Collection Synthèse-Géographie (100 p.) :

n°41, Géographie humaine des littoraux maritimes, par Jean-Jacques Bavoux et Danièle Bavoux
n°42, Les villes dans le monde, par Pierre Bloc-Durafour
n°43, L’outil statistique en géographie, tome 1 : Les distributions à une dimension, par Philippe Lahousse et Vincent Piedanna
n°44, Les régions à l’heure de la mondialisation, par Jean-Pierre Paulet
n°46, Lexique de géographie humaine, par Christian Pradeau

- Collection U Géographie 
:

La géographie appliquée. Du géographe universitaire au géographe professionnel, par Michel Philipponeau, 1999, 299 p.

Géographie humaine, par Max Derruau, 1999 (1ère édition 1976), 447 p.

La population de la France
, par Daniel Noin et Yvan Chauviré, 1999 (1ère édition 1986), 207 p.

Les grands fleuves. Entre nature et société
, par Jacques Berthemont, 1999, 254 p.

Climats et sociétés
, par Denis Lamarre et Pierre Pagney, 1999, 272 p.

La France. Les 22 régions
, par Marcel Baleste, Jean-Claude Boyer, Solange Montagne-Vilette, Jacques Gras et Claude Vareilles, 1999 (1ère édition 1993), 332 p.

Tropicalité. Géographie physique intertropicale
, par Jean Demangot, 1999, 340 p.

L’économie de l’Espagne
, par Alain Huetz de Lemps, 1998, 304 p.

L’Amérique centrale et les Antilles. Une approche géographique
, par Alain Musset, 1998 (1ère édition 1984), 182 p.

Les concepts de la géographie humaine
, par Antoine Bailly et al., 1998 (4ème édition), 330 p.

Les milieux “naturels” du globe
, par Jean Demangeot, 1998 (1ère édition 1984), 337 p.

 

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N° 99 : La nature et l'artifice


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