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Appels à article



L’observation et ses angles

Outil fondamental dans l'approche de l'espace et des rapports que les sociétés entretiennent avec lui, l’observation directe ou in situ n’est pas toujours reconnue comme une méthode valide, sérieuse et rigoureuse. On peut poser qu’elle implique l’action (l’observation) d’un sujet (l'observateur) sur un objet (la situation observée), or ces trois termes sont loin d’être toujours explicités dans les recherches. C’est pourquoi nous invitons ici à se pencher sur les angles d'observation, tant ceux des approches disciplinaires ou méthodologiques que ceux des points de vue individuels, qui créent non seulement des perspectives privilégiées mais aussi des angles morts ou aveugles.

L’émergence de la science moderne s’est appuyée sur l'idée d'une distance entre l'observateur et ce qu'il observe, distance qui garantirait l'objectivité et la neutralité du chercheur en présupposant que ses croyances et intérêts personnels n'affectent pas sa capacité à rendre compte d'une réalité vis-à-vis de laquelle il se pose comme extérieur. Mais ce postulat est remis en question par la présence de l'observateur au sein de ce qu'il observe et qu'il connaît intimement (l'humanité, la société, le milieu de vie). Or, cette promiscuité affecte la reconnaissance de la scientificité des sciences humaines et sociales (SHS) par les sciences dites naturelles, exactes ou dures qui dominent l'organisation de la recherche et la distribution des ressources.

La remise en question d’une objectivité garantie par l’extériorité a engagé les SHS dans des réponses différentes, qui fondent l'hétérogénéité épistémologique, éthique et méthodologique de ces disciplines et notamment de celles qui s'intéressent particulièrement aux rapports entre les espaces et les sociétés. On peut mentionner, entre autres, les réflexions de l'ethnologie et de la sociologie sur l'observateur et ses interactions avec les sujets observés et leur environnement, ou celles de la géographie sur des objets d'observation, comme le paysage, l'espace vécu ou le territoire. L'architecture a surtout développé des méthodes et des outils pour la description et l'inventaire des bâtiments et des environnements, comme l'analyse typo-morphologique. La psychologie s'est inspirée de l'éthologie animale pour concevoir des dispositifs « in vitro » afin d'observer le comportement des individus face à des choses et/ou dans un groupe.

Dans ce contexte, des qualificatifs sont apparus pour préciser la situation de l'observateur, les conditions de l'observation et la spécificité des matériaux recueillis : observation participante, flottante, postée ou itinérante, ponctuelle ou récurrente, etc. Toutes ces approches s'appuient sur des techniques d’enregistrement à leur tour fort différentes, selon des modalités qui vont du plus personnel au plus impersonnel : journal intime, carnet de notes ou de croquis, photos, audio ou vidéo, cartographie, mesure de flux, relevés ou inventaires, etc.

Ainsi, si l’observation peut sembler facile d’accès, elle n’est simple qu’en apparence. Elle est peut-être la mieux à même de rendre compte du caractère irrémédiablement situé des savoirs et des chercheurs, et de la nécessité corrélée de faire apparaître les conditions de production des informations. Néanmoins, les publications n'explicitent pas souvent la positionnalité de l'observateur (quel est son rapport préalable au terrain, le rôle de son âge, de son genre, de son apparence et de son appartenance de classe, etc. ?), la contextualité de l'observation (quelles sont les conditions de réalisation ? Quels en sont les outils ?) ou la définition de ce qui est observé (des gens et/ou des lieux ? Des façades, des ambiances, des pratiques, des flux, des échanges…?).

Cet appel invite donc les auteurs à réfléchir sur la façon dont ils ont mobilisé l'observation directe dans la conduite de leurs recherches. En particulier, nous souhaitons explorer l’hypothèse selon laquelle la pluralité des déclinaisons théoriques et techniques de l'observation est particulièrement saillante lorsque celle-ci porte sur des espaces, leurs configurations et leurs usages. Quel statut l'observation permet-elle d'accorder à l'espace ? L’enregistrement et la restitution de données relatives à l’espace posent-ils des défis spécifiques ? Quels sont les critères de rigueur ou de validité de la méthode ? Que choisit-on de conserver ou de délaisser des observations réalisées, quelles techniques pour en conserver les traces ?

Nous sollicitons par conséquent des réflexions sur les choix conceptuels et techniques permettant d’observer et de qualifier des espaces, à différentes échelles : espace de la ville dans sa globalité, lieux de résidence, de travail et de loisirs, territoires du transit quotidien ou de la migration, voire espaces rêvés, honnis, fantasmés… Quelles sont les manières originales de saisir les lieux et les activités sociales qui les produisent ? Quelle est la portée heuristique des méthodologies qui articulent l’observation à d’autres modes de recueil et de mise en forme des données, comme la statistique, la photographie, la cartographie, le dessin, ou la description littéraire ? L’observation de l'espace est-elle nécessairement visuelle ou peut-elle passer par d’autres facultés sensorielles (ouïe, odorat, toucher…) ? Est-elle en mesure de rendre compte du temps qui passe à différentes échelles, des dynamiques sociales au long cours et si oui, par quels procédés ? Enfin, est-elle centrale ou périphérique par rapport à d'autres méthodes d'acquisition de l'information ? Quelles critiques peut-on lui adresser ? Existe-t-il des situations dans lesquelles on ne peut y avoir recours, pour des raisons pratiques ou éthiques ? Peut-on, doit-on tout observer ?

 

 

Coordination du dossier

Florence Bouillon et Jérôme Monnet

Calendrier

15 novembre 2014 : date limite de remise des articles

15 janvier 2015: information des auteurs

 

Adresse pour l’envoi des textes et toute correspondance

exclusivement en version électronique par courriel aux deux adresses suivantes :

florence.bouillon@gmail.com

jerome.monnet@univ-paris-est.fr

 

 

Les auteurs qui s’interrogent sur la pertinence de leur proposition peuvent contacter les coordinateurs

 

Attention :
- La revue ne demande pas de propositions d’articles, mais directement les articles,

- Les articles ne dépassent pas 42 000 signes (espaces compris) en incluant : texte, notes, références bibliographiques, annexes, mais hors résumés.

- Les conseils aux auteurs figurent dans chaque numéro.

- Les normes de présentation et les conseils aux auteurs
sont disponibles sur le site de la revue :

http://www.espacesetsocietes.msh-paris.fr/conseils.html

 



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