
Solidarités en ville
Quelques années après le numéro «
Linscription territoriale du travail », Espaces et
sociétés propose de revenir sur la thématique
du travail et du territoire, en prenant comme angle dentrée
celui des « pratiques solidaires ». Lapproche
que nous souhaitons voir développer est sensiblement différente.
On saperçoit que des entreprises capitalistes sattachent
aujourdhui à trouver, à faciliter ou à
créer dans le tissu urbain des gisements de solidarité,
leur permettant de se régénérer. Cette tendance,
qui rappelle les formes de capitalisme social de la fin du XIXe
siècle ou du début du XXe, acquiert un contour différent
de nos jours, manifeste dans ce quil est convenu dappeler
les « pratiques solidaires », que lon peut qualifier
pour certaines de variantes du paternalisme. Elles sont le fait
dacteurs, dorganisations et dinstitutions dont
laction est à lorigine de dynamiques territoriales.
Elles contraignent les entrepreneurs à se resituer
cf. le discours sur leur responsabilité sociale
et à inventer dautres modalités dexercice
de leur autorité.
Jusquà présent, la littérature sur
léconomie solidaire a centré son objet sur
une tentative de définition des contours de ce «
secteur », qui a été érigé au
rang de politique publique avec la création, en 2000, dun
secrétariat dÉtat à lÉconomie
solidaire dans le gouvernement socialiste Jospin (1997- 2002).
Cependant, il nous semble nécessaire de dépasser
ce type dapproche. Étant trop autocentrée,
elle met insuffisamment laccent sur la dimension territoriale.
Or, selon nous, une des dimensions fortes, essentielles de léconomie
dite solidaire est son inscription territoriale à travers
son impact sur les relations humaines, que celles-ci sinscrivent
dans un rapport de voisinage ou dans un rapport de travail. Nous
proposons, dans ce numéro, de jeter un pont entre les pratiques
déconomie solidaire, les formes de mise au travail,
entendues sous langle de linsertion des individus
au marché du travail ainsi que sous celui de leur statut,
et la dynamique territoriale, cest-à-dire les institutions
formelles et informelles qui concourent à lapparition,
à la consolidation
et à la pérennisation dun territoire vu comme
construction socio-historique.
Ainsi, nous attendons des différentes contributions à
ce numéro dEspaces et sociétés quelles
abordent la question de limpact de ces pratiques sur lémergence
de nouveaux territoires en zone urbaine sans négliger laspect
des formes de mise au travail. Les contributions devront sarticuler
autour des axes suivants, en mettant en perspective les différentes
thématiques évoquées.
Solidarités et dynamiques urbaines
Nous partons de lhypothèse de laspect multiforme
des pratiques solidaires, qui diffèrent en fonction de
facteurs socio-historiques. On constate lémergence
de pratiques à externalités solidaires, visibles
dans lexistence de manifestations spécifiques, qui
peuvent être lues sur la base des pratiques solidaires,
tout comme lémergence de pratiques apparemment non
entachées de solidarité, mais dont le contenu solidaire
est patent. Recouvrant un large éventail, sapparentant
pour certaines à des variantes du paternalisme tel quil
a pu se manifester dans lhistoire, certaines dentre
elles seront plus présentes en milieu rural, alors que
dautres auront plus de chance de se développer dans
certains quartiers urbains.
Dès lors, surgissent plusieurs questions, telles que :
quest-ce qui caractérise les nouvelles formes
de paternalisme ?
en quoi sont-elles différentes des formes précédentes
?
la ville est-elle un espace privilégié dapparition
de solidarités « nouvelles » ou spécifiques
? En quoi consistent-elles ?
en quoi se distinguent-elles des solidarités présentes
sur dautres types de territoires ?
sont-elles à lorigine de lémergence
de nouveaux territoires intra-urbains ?
doit-on y voir un élément de réponse
possible aux phénomènes dexclusion que connaissent
les espaces urbains ?
comment, avec le développement de la précarité
aujourdhui, la manière de poser la question diffère-t-elle
de la façon dont elle était posée auparavant
?
quelles sont les conditions institutionnelles dapparition
de ces solidarités ?
« Pratiques déconomie solidaire »
et formes de mise au travail : quelles implications territoriales?
En partant de lidée que le travail et plus particulièrement
les formes de mise au travail structurent le territoire, le questionnement
portera sur le type de médiation exercée par les
pratiques déconomie solidaire. En fonction de leur
nature, de leur intensité, donnent-elles une configuration
spécifique à cette structuration ? Ces pratiques
sont-elles un support pour une nouvelle configuration territoriale
de la mise au travail, ou à linverse permettent-elles
de prendre de la distance face à une configuration distributionnaliste
du travail ?
« Solidarité organisée » versus «
solidarité spontanée »
On observe, dans de nombreux pays, principalement du tiers-monde,
des formes de solidarité, que lon qualifiera de «
spontanées » (aide à la construction de logements,
tontines, etc.). Ces formes ne sont pas antinomiques avec celles
que les pouvoirs publics ont mises en place, grâce aux programmes
menés par des organisations internationales et des organisations
non gouvernementales ; elles les complètent. Elles présentent
lintérêt dinterroger aussi les politiques
de la ville mises en place par les pouvoirs publics dans la lutte
contre la pauvreté. Elles éclairent, en outre, la
nature de lÉtat providence et son évolution
récente (complétude, incomplétude, etc.).
La comparaison ou la mise en relief avec des situations internationales
seront les bienvenues. Les interrogations sappuieront sur
des territoires urbains et pourront prendre comme contrepoints
des situations dans le monde rural. Les approches peuvent être
de nature méthodologique, théorique ou
empirique.
Les articles proposés pourront porter sur une ou plusieurs
dimensions présentées dans cet appel.
Merci
de votre contribution.
Coordination
du dossier
Christian Azaïs (Espaces et sociétés)
et Jean-Pierre Girard (CRIISEA)
Adresse
pour la correspondance
:
Christian
Azaïs
3 rue Dupuis, 75003 Paris
christian.azais@u-picardie.fr
et
jean-pierre.girard@u-picardie.fr
Les articles ne dépasseront pas 50 000 signes (espaces
compris)
en incluant texte, notes, résumés, références
bibliographiques, annexes.
Les conseils aux auteurs figurent dans chaque numéro.
Les normes de présentation sont disponibles sur le site
de la revue :
http://www.espacesetsocietes.msh-paris.fr/normes.htm
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