| > N°140-141 Sommaire
> Résumés |
Prix du n° :
28 €
 |
La mixité : mot d’ordre, voeu pieux ou simple argument ? |
 |
par Philippe GENESTIER |
|
Le mot « mixité » a des significations différentes et de nombreux usages dans le domaine de la sociologie, des politiques locales et de l’urbanisme. Cet article met au jour la variété de sens et d’enjeux, dévoilant les différentes conceptions de la société et les divers modèles de justice qui irriguent l’imaginaire politique contemporain. Le mot « mixité » est appréhendé selon une démarche d’analyse de discours, comme un symptôme des contradictions et des hésitations intellectuelles et idéologiques actuelles.
|
|
Effets paradoxaux de la loi SRU et profil des acquéreurs de biens immobiliers en Île-de-France |
  |
par Didier DESPONDS |
|
Dans le contexte français, la notion de « mixité sociale » s’est imposée comme la réponse aux dynamiques de fragmentation urbaine et d’accentuation des inégalités territoriales. La loi SRU de décembre 2000 en constitue le point d’orgue. Elle fixe des objectifs à atteindre en termes de logements sociaux, à l’échelle de la commune. Sur la période 2001-2005, les choix des acquéreurs de biens immobiliers ont évolué. Avec des héritages complexes résultant des politiques des années 1950/1960, les situations sont contrastées. La position des communes concentrant de forts taux de logements sociaux a-t-elle évolué, sur le plan des niveaux de prix comme sur celui des profils sociaux des acquéreurs ? L’étude se limite à la région Île-de-France, où les contrastes et les enjeux sont les plus forts.
|
|
La mixité dans la rénovation urbaine : dispersion ou re-concentration ? |
  |
par Christine LELÉVRIER |
|
| La mixité est un objectif central des programmes de rénovation urbaine lancés en France et en Europe dans les années 2000, la diversification de l’habitat en étant l’instrument. L’article, après avoir présenté les enjeux de la mixité dans la rénovation, associée à l’idée de parcours résidentiel, met en évidence les effets paradoxaux de la démolition et des relogements dans une dizaine d’opérations franciliennes. D’une part, à l’inverse des effets de la rénovation des années 1960, la tendance est plutôt à la re-concentration des familles les plus pauvres dans la ZUS qu’à la dispersion, et au départ de petits ménages plus « aisés » vers des secteurs plus valorisés, dans et hors de la ZUS. D’autre part, les recompositions sociales et urbaines, perceptibles à travers ces mobilités et le vécu des habitants, vont plutôt dans le sens d’une fragmentation des « grands ensembles » et/ou de la commune en petites unités résidentielles, homogènes, mais différenciées entre elles. Elles posent la question des échelles de la mixité, tout en reposant celles de la cohabitation et des inégalités dans le choix de ces proximités spatiales et sociales. |
|
Dans la « cuisine » de la mixité : retour sur des expérimentations nantaises |
  |
par Pierre-Arnaud BARTHEL et Célia DÈBRE
|
|
Fabriquer une diversité de produits de logements sur les opérations publiques d’aménagement est au coeur de la commande des élus nantais. La programmation est un levier pour établir une mixité d’occupation sociale (locataires, primo-accédants et autres propriétaires occupants). Les aménageurs, chargés par les collectivités des projets urbains, doivent intégrer des logements sociaux (liés aux droits à construire hérités par les bailleurs sociaux des démolitions faites dans les quartiers en rénovation urbaine), constituer une offre inédite de logements à prix encadrés (logements dits « abordables ») et expérimenter des opérations immobilières associant les logements « libres », « abordables » et sociaux. La mise en oeuvre de cette programmation complexe montre les réponses faites par les bailleurs sociaux et les promoteurs, l’évolution de leurs pratiques et cultures professionnelles, mais aussi la persistance de réflexes ségrégatifs et une volonté de différenciation argumentée des deux côtés.
|
|
« Comment nous sommes devenus HLM ». Les opérations de mixité sociale à Paris dans les années 2000 |
  |
par Marie-Hélène BACQUÉ, Yankel FIJALKOW, Amélie FLAMAND et Stéphanie VERMEERSCH
|
|
| Cet article entend travailler la thématique de la mixité sociale à partir d’une perspective dynamique, qui envisage les situations de mixité à travers la coprésence non de positions mais de trajectoires socio résidentielles différenciées, interagissant au sein d’un cadre global lui-même en évolution. À partir d’une enquête sur les actions menées depuis 2002 par la Ville de Paris en vue d’agir sur la mixité sociale résidentielle, il met en évidence la pertinence de la distinction entre mobilités actives et passives afin de comprendre les discours et pratiques des habitants concernés. Il éclaire la multiplicité des points de vue, de l’ascension sociale au déclassement, et souligne comment la contrainte vécue conduit à l’exacerbation des rapports sociaux et des logiques de distinction autour de la question raciale. Dans cette perspective, la figure du ghetto devient prégnante et souligne combien l’objectif de cohésion par la mixité est loin d’être atteint. |
|
De Paris à Londres : le défi de la mixité sociale par les « acteurs clés » |
  |
par Lydie LAUNAY |
|
| La mixité sociale constitue un des objectifs centraux des politiques urbaines menées à Paris et à Londres et légitime des interventions sur le peuplement du logement social et intermédiaire pour transformer les quartiers populaires. Dans cette optique, une attention toute particulière est accordée aux acteurs clés considérés comme des « relais » efficaces de mixité sociale auprès des couches populaires et issues de l’immigration. Pourtant, cette politique comporte des risques dans la mesure où elle repose sur une acceptation supposée, bien que non vérifiée, des habitants aux trajectoires sociales et résidentielles hétérogènes à cohabiter avec d’autres. |
|
Quand la mixité sociale mobilise des gentrifieurs. Enquête sur un mot d’ordre militant à Boston |
  |
par Sylvie TISSOT |
|
| Cet article part d’un conflit qui a opposé des résidents d’un quartier de centreville requalifié aux États Unis, à propos de l’aménagement d’habitat collectif pour des anciens sans-logis. Deux camps s’affrontent, dont l’un défend l’opération au nom de la « mixité sociale ». On partira de la manière dont, à l’occasion du conflit, ce concept a été utilisé pour mettre au jour le fonctionnement d’un groupe de propriétaires blancs mobilisés qui impulse et contrôle les transformations du quartier, et ce malgré les différenciations internes qui le traversent. À travers la gestion territoriale qui s’est ainsi mise en place depuis les années 1960, se jouent les formes et la légitmité de la présence de populations perçues comme « autres ». On met ainsi en évidence l’impact plus ou moins inclusif ou exclusif de la mobilisation des gentrifieurs pour la « mixité sociale ». |
|
Mixité sociale ou inclusion sociale ? Bricolages montréalais pour un jeu à acteurs multiples |
  |
par Annick GERMAIN, Damaris ROSE et Amy TWIGGE-MOLECEY |
|
| L’histoire de la mixité sociale comme catégorie d’action publique dans les politiques de logement à Montréal (province du Québec, Canada) peut être lue à travers des projets exemplaires et des moments phares, qui l’incarnent à des échelles spatiales différentes. À chaque fois cependant, la mixité sociale apparaît plus comme le résultat d’un bricolage où interviennent plusieurs acteurs autour de l’enjeu du logement social que comme une politique top down. Elle est aussi davantage associée aux statuts d’occupation (propriété, location) qu’à des préoccupations de cohésion sociale. Les HLM, les coopératives et le logement abordable y jouent un rôle-clé. Enfin, elle se déploie aujourd’hui sur le registre de l’équité socio-spatiale et repose fortement sur le dynamisme et l’influence des organismes communautaires. |
| |
Inner City Blues : niveau de vie, main-d’oeuvre précaire et taudis dans le Londres de la fin du XIXe siècle |
  |
par Malcolm MANSFIELD |
|
| L’enquête célèbre sur la pauvreté à Londres de Charles Booth traitait indirectement du problème sanitaire dû au surpeuplement des logements ouvriers (taudis). Constatant l’échec d’une approche du logement insalubre présupposant le relogement en priorité des travailleurs méritants et la dispersion des travailleurs non méritants à la suite des démolitions, Booth signalait les risques pour le niveau de vie résultant de la proximité des travailleurs occasionnels et des travailleurs démoralisés. Cette proximité causée par l’immobilisation des travailleurs autour des bassins d’emploi « irréguliers » fut mise en scène à travers les cartes de la pauvreté. En fin de compte Booth mobilisait le même appareil conceptuel moralisateur pour traiter le problème du marché du travail que celui des réformateurs sanitaires. En réalité, dans les deux cas le problème était identique : le niveau très bas de conduite morale de certains travailleurs intermittents. |
| |
Le Droit à la ville de Henri Lefebvre : quel héritage politique et scientifique ? |
  |
Laurence COSTES |
|
| En mars 1968, Le Droit à la ville de Henri Lefebvre paraît. Il provoque une prise de conscience dans l’histoire des idées sur la perception de la ville comme enjeu de société. Il annonce l’arrivée d’une nouvelle réalité, l’urbain, la fin de la ville industrielle et son éclatement en périphéries et banlieues. Cet article montre les prolongements et la modernité des thèses de Lefebvre : ses notions ont été largement reprises, tant au niveau national qu’international, par des praticiens de la politique de la ville et des sociologues de l’urbain, confirmant ses intuitions et ses craintes. Ce livre, par sa démarche, a également favorisé une progression dans l’appropriation de la ville et il laisse des pistes aidant à la compréhension de l’urbain aujourd’hui. La place de ce droit à la ville est une question plus que jamais d’actualité. |
| |
Économie du lien et biopolitique. Gaston Bardet et l’urbanisme comme science sociale |
  |
Luigi MANZIONE |
|
| Entre 1934 et 1948, Gaston Bardet construit une idée d’urbanisme comme « science des agglomérations humaines ». On explorera ici moins les aspects méthodologiques et épistémologiques que les points de doctrine d’une co-implication espace-société, en équilibre instable entre une approche communautaire (économie du lien) et une posture régulatrice (biopolitique). Au-dedans d’une métaphore de l’espèce, la question essentielle de la limite est posée par rapport à la composition des groupes et à l’espace qu’ils occupent dans la ville et sur le territoire, avec des références, d’une part, aux notions de continuité et de lien et, d’autre part, aux catégories de stabilité et d’ordre. |
|
 |