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 Progressive Grocer, ou la « petite distribution » en mouvement (États-Unis, 1929-1959)
par Franck COCHOY

Face à l’essor de la distribution de masse et face à la mobilité croissante des clientèles, les petits commerces sont-ils restés immobiles ? Non, au moins dans le cas du petit commerce alimentaire américain. À partir de l’analyse de la revue professionnelle Progressive Grocer sur la période 1929-1959, l’article montre comment les spécialistes d’une « épicerie progressiste » ont tenté de reconfigurer un grand nombre d’équipements commerciaux pour faire bouger autrement et davantage produits et consommateurs. On découvre que ce réaménagement des mobilités commerciales a reposé sur quatre types d’innovations étroitement articulées : une redistribution des éléments à l’intérieur du bâti, une libération contrôlée des regards puis des parcours, l’invention de mobiliers flexibles, la mise en place de dispositifs de fluidification de la clientèle.


Concevoir un espace de transit et de consommation : la gestion de site dans les gares parisiennes
par Hélène DANG VU et Hubert JEANEAU

La transformation de trois grandes gares parisiennes, par la diversification de leurs activités et l’intégration plus poussée d’une offre commerciale, impose une réflexion sur la gestion de ces sites, devenus polyfonctionnels. Comment articuler deux logiques, de transit et commerciale, parfois contradictoires ? L’article analyse une gestion de site qui cible des individus à la fois voyageurs et consommateurs.



Firmes multinationales, commerce ambulant et mobilité à Mexico
par Caroline STAMM

Exploitant les espaces de l’entre-deux causés par la métropolisation, les firmes multinationales ont développé à Mexico le commerce ambulant comme nouveau canal de distribution. À partir des études de cas des entreprises Telcel et Quala, dont les vendeurs ambulants sont omniprésents dans la capitale mexicaine, cet article propose d’étudier à la fois les logiques de fonctionnement et d’organisation des multinationales et de leurs vendeurs et les pratiques de consommation des citadins. Il démontre que ce mode de vente, rentable et hyperflexible, est adapté aux évolutions des mobilités quotidiennes au sein de la métropole, où le consommateur est lui aussi ambulant.


Les commerçants ambulants et leurs clients à Rio de Janeiro

par Maria de FÁTIMA CABRAL MARQUES GOMES, Caterine REGINENSI et
Nicolas BAUTES


Cet article examine les pratiques et les discours de citadins de la métropole de Rio de Janeiro, clients éventuels ou attitrés des vendeurs ambulants. Nous proposons de réfléchir sur la dimension marchande des déplacements du quotidien à partir d’une ethnographie comparée de deux espaces de la ville : le marché populaire d’Uruguaiana et la plage de Copacabana.


 Consommer dans le métro, une question d’engagement dans le temps et l’espace

par Marion TILLOUS, Vincent KAUFMANN et Nicolas LOUVET


L’article traite de la consommation ambulante dans les pôles d’échanges. À partir d’une enquête qualitative dans quatre sites franciliens portant sur la manière qu’ont les usagers de s’engager dans un pôle d’échanges, il propose une lecture de la consommation ambulante. Au fil des résultats, il apparaît que la consommation dans les espaces de mobilité dépend à la fois des « capabilités » du voyageur et des attri-buts des lieux. La rencontre de ces deux types d’attributs bute cependant sur deux obstacles à la consommation. D’une part, les lieux d’échanges ne peuvent être compris que par le biais de processus cognitifs faisant appel à l’abstraction : pour se déplacer, le voyageur sort mentalement du lieu et se déplace dans le plan de réseau dont les symboles signalétiques sont les seuls référents situés. D’autre part, les lieux sont aménagés de façon que la fonctionnalité prime sur l’aisance.


La consommation ambulante face aux supermarchés : production spatiale, concurrence et résistance à Lima
par Lissette ALIAGA

L’objectif de cet article est de développer une approche du rôle de la consommation ambulante dans un contexte de consolidation urbaine. Sur la base d’une enquête effectuée en juillet 2005 dans cinq concentrations de commerces populaires du nord de Lima Métropolitaine (Pérou), on explore les changements des comportements de consommation de produits alimentaires de la part de résidents des quartiers populaires, dans les petits marchés ambulants et face à l’installation de grands magasins et supermarchés. Les résultats suggèrent que la pratique de la consommation ambulante tend à se segmenter, en diminuant les dépenses et la fréquence de cette consommation parmi les gens qui ont atteint un meilleur niveau de vie. Cependant, la disposition à abandonner cette pratique est encore faible et met en évidence des situations de résistance qui démontrent que le commerce populaire et ambulant peut concurrencer le commerce formel et moderne.



Visites guidées et marketing de la différence à Cartagena de Indias (Colombie)
per Élisabeth CUNIN et Christian RINAUDO

La mise en scène de la différence dans la présentation touristique de Cartagena de Indias, sur la côte Caraïbe colombienne, est étudiée en se centrant sur la pratique du paseo en chiva, visite guidée entre lieux touristiques dans un bus folklorique. Il s’agit de montrer comment la ville se transforme en objet de consommation, à travers lequel l’histoire et la culture locales deviennent des produits et des signes aisément appropriables globalement. Ancien port d’entrée des esclaves et incarnation d’un passé colonial espagnol, Cartagena se prête particulièrement à une réflexion sur les identités de et dans la ville, qui se réfère à la commercialisation de la culture et du corps noirs comme à l’évocation d’un métissage associé à l’Amérique latine. Au croisement entre études sur la ville et sur l’ethnicité, nous proposons une analyse de la production d’un lieu dans lequel les différences sont autant de ressources touristiques, pouvant être consommées tout en déambulant, produisant ainsi une histoire et des identités standardisées et stéréotypées qui agissent en retour sur le rapport des habitants à leur ville.


Cadres, techniciens et ouvriers : mobilités professionnelles et privilège spatial
par Quentin RAVELLI

Au cours des restructurations routinières des groupes multinationaux, les salariés ne vivent pas leurs transitions professionnelles de la même manière selon leur position hiérarchique. Parmi les trajectoires de salariés licenciés à la fermeture d’un centre de recherche pharmaceutique en Rhône-Alpes, se distinguent trois expériences de mobilité : la mobilité d’évolution pour les cadres, la reconversion pour les techniciens, le chômage pour les techniciens-ouvriers. Mais l’huis clos de l’entreprise ne suffit pas à expliquer comment s’opère ce « tri sélectif ». Pour comprendre pourquoi seuls les cadres acceptent la proposition de reclassement en région parisienne, il faut étudier aussi la reproduction des pratiques de mobilité et l’organisation spatiale de la vie familiale. Pour un agent de laboratoire, garder le travail ne saurait compenser le sacrifice de l’espace de vie, élaboré au fil des années pour compenser les insatisfactions au travail – partir, « c’est bon pour les cadres ».


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