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Sécurité et gouvernance flexibleà Johannesburg et au Cap : légiférer pour gou-verner ?

par Claire BÉNIT-GBAFFOU et Marianne MORANGE

Depuis l’abolition de l’apartheid, les montages sécuritaires locaux prolifèrent au Cap et à Johannesburg. Ils reposent sur des partenariats très variés entre pouvoirs publics et acteurs non étatiques. Or les premiers hésitent à légiférer et font, en la matière, des choix instables dans le temps et différenciés dans l’espace métropolitain. Notre hypothèse est que cela reflète une redéfinition de la nature du pouvoir de l’État et de son rapport à l’espace métropolitain : il choisit une «gouvernance flexible», forme de domination par la «fluidité» spatiale et temporelle en réponse à l’instabilité des alliances politiques, aux conflits sur l’échelle de gouvernance urbaine et ce pour assurer la territorialisation de politiques urbaines néolibérales.



Friches en ville : du temps de veille aux politiques de l’espace
par Charles AMBROSINO et Lauren ANDRES

La réappropriation des friches urbaines, durant leur temps de veille, par des acteurs informels, constitue un paradoxe prégnant pour les institutions en charge de la planification et des politiques urbaines. D’un côté, ce réinvestissement contribue à reterritorialiser et à revaloriser ces espaces délaissés. De l’autre, la superposition progressive des différentes stratégies de reconversion bouscule l’agenda de la planification. L’analyse des friches urbaines nous permet de mieux appréhender les processus de mutabilité de la ville contemporaine et d’analyser les coalitions d’acteurs qui en résultent. C’est en retraçant l’histoire récente de l’ancien faubourg ouvrier grenoblois, Berriat, que nous illustrerons notre propos.



Urbanisme et militantisme de quartier dans les quartiers populaires de Valladolid
par María A. CASTRILLO ROMÓN et Luis SANTOS Y GANGES

La manière dont se sont exprimées et ont évolué les relations de pouvoir entre la municipalité de Valladolid et les associations de quartier à propos de l’espace urbain présente des traits à la fois communs et distincts, en comparaison de ce qui s’est produit dans d’autres villes espagnoles. Au cours des années 1970, le contexte urbain fut en général propice à la formation d’associations de quartier en tant que sujets politiques. À partir de la décennie suivante, ce processus prend place à Valladolid dans le cadre de la coopération conflictuelle, et les quartiers connaissent des transformations urbaines importantes sous l’impulsion des habitants. Après 1995, les relations entre ces derniers et la mairie évoluent dans le cadre de quelques structures de participation formelle dont l’efficience est largement tributaire des contacts informels, et très vulnérable au conflit, ce qui rend très variable la capacité  d’intervention des habitants dans la prise de décisions d’aménagement.


Scénographies pour un simulacre : l’espace public réenchanté
par Jean-Pierre GARNIER

Quel sens donner à la mise en scène, par le biais de la «requalification» et de l’«animation événementielle» de certains espaces publics, d’une urbanité placée sous le signe de la réappropriation ludique et conviviale de la ville ? Opportunité offerte aux citadins de faire valoir leur capacité d’action et leur vision propres de la vie commune, ou mise en condition et normalisation à visées de pacification sociale ?
Il s’agira de montrer dans quel contexte et avec quelles finalités se met en place ce «dispositif», au sens que le philosophe G. Agamben donne à ce concept : «Tout ce qui a, d’une manière ou d’une autre, la capacité de capturer, d’orienter, de déterminer, d’intercepter, de modeler, de contrôler et d’assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours.»


Espaces et stratégies de résistance : répertoires d’action collective dans la Francecontemporaine

par Fabrice RIPOLL

Cet article analyse la dimension spatiale des stratégies militantes à travers leurs conditions de réalisation, à partir d’enquêtes de terrain menées sur des «mouvements de chômeurs», des mouvements «altermondialistes», ainsi que plusieurs mobilisations étudiantes. Après avoir présenté deux grandes transformations structurelles affectant le champ politique (multiplication des échelles de décision, médiatisation croissante), trois grandes stratégies d’intervention dans l’«espace public» sont analysées en soulignant leurs difficultés : les «manifestations» et autres usages du nombre dans les espaces centraux ; les actions «radicales» ou «symboliques» menées par de petits groupes dans des lieux bien choisis ; les «forums» et autres tentatives de constitution d’une agora.


Aspects territoriaux de la «guerre à la terreur»
par Stuart ELDEN

Si les aspects géographiques de la «guerre à la terreur» ont déjà été traités, ses aspects proprement territoriaux sont moins souvent abordés. Cet article traite de la relation entre territoire et terreur sous trois angles : d’abord, la relation entre les camps d’entraînement terroristes et l’absence de pouvoir souverain sur le territoire en certains endroits est examinée à la lumière de l’idée d’«espace d’exception» développée par Agamben ; ensuite, il s’agit d’interroger la présentation d’Al-Qaïda et du militantisme islamiste plus généralement comme organisations déterritorialisées, en insistant sur la dimension territoriale de leurs opérations. Enfin, on se penche sur les réactions territoriales, en prenant en compte notamment la façon dont la notion de droit international d’intégrité territoriale, dans son double sens de préservation territoriale et de souveraineté territoriale, subit des atteintes croissantes. Des exemples sont pris en Afghanistan, en Irak, et plus particulièrement autour des événements récents au Liban, afin d’illustrer ce point.


Rapports de genre et de génération dans des «quartiers en transition» de la région lyonnaise

par Abdelhafid HAMMOUCHE

Cet article traite des rapports de genre et de génération en situation migratoire. L’analyse des repositionnements au sein des familles et dans l’espace public pour les familles immigrées arrivées en France pendant la période fordiste (années 1960), jusqu’à aujourd’hui. La première phase est caractérisée par la perspective du retour. Dans la seconde, la perspective est incertaine. Le passage d’une phase à l’autre montre que ces femmes et ces jeunes filles ne sont plus des passagères dans les espaces physiques communs. Elles occupent une place plus visible dans l’espace public même si celui-ci reste indexé aux hommes. Cette transition permet pour celles et ceux qui en ont les ressources sociales de se dégager en partie des rapports de genre et de génération hérités de la période fordiste.


Les jardins familiaux aujourd’hui : des espaces socialement modulés
par Frédérick GUYON
 
Cette recherche ethnologique et sociologique montre qu'au sein de la famille des jardins familiaux prennent place des styles de pratique et de vie pluriels. Ces derniers sont révélés par l'organisation de l'espace et par le discours de l'aménageur. L'étude a une fonction heuristique : elle révèle les différents types qui constituent cette pluralité sociale nouvelle et une fonction analytique : elle précise les facteurs à l'origine des ces usages. Ainsi, nous voyons que le jardin est un lieu où se superposent des sédiments de diverses cultures. Ils sont ainsi le support d'une production de biens consommables et échangeables, tels que des légumes, des fruits et des fleurs, mais ils peuvent également être des lieux de repos, de détente et de convivialité, des «îlotsde campagne».


Réurbanisation ou gentrification ? Parcours d'entrée dans la vie adulte et changements urbains à Bruxelles
par Mathieu VAN CRIEKINGEN

Les évolutions contemporaines du peuplement des villes-centres sont marquées par la croissance de multiples formes de ménages détachées du modèle familial nucléaire. Cela fait dire à certains qu’une nouvelle phase de croissance urbaine s’est ouverte dans les sociétés capitalistes avancées, la «réurbanisation». Cet article met l’accent sur la présence croissante de jeunes adultes vivant seuls ou avec un(e) partenaire dans l’espace urbain central et relie cette évolution aux mutations contemporaines des parcours d’entrée des jeunes dans la vie adulte. L’analyse cherche à cerner la nature des dynamiques territoriales initiées par ce type d’évolution socio-démographique et à en interroger le sens au prisme conceptuel de la gentrification. Les observations empiriques réalisées sur le cas de Bruxelles nous amènent à relever l’importance particulière d’un processus de gentrification marginale sur le marché locatif privé.


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