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Généalogie d’un mythe : les établissements publics d’aménagement des villes nouvelles
par Loïc VADELORGUE

Les aménageurs des villes nouvelles françaises attribuent souvent l’originalité de ces villes à l’utilisation d’une forme administrative nouvelle : les établissements publics d’aménagement. L’analyse historique dément cette conception déterministe à différents niveaux. D’une part, les EPAVN s’inscrivent dans une tradition biséculaire d’établissements publics. D’autre part, le choix politique qui a consisté, au milieu des années 1960, à préférer la formule des EPA plutôt que celle des sociétés d’économie mixte a fait l’objet de nombreux débats et compromis. Entre-temps, la conception des villes nouvelles a fait l’objet d’un changement d’échelle. Imaginées à l’origine dans un contexte régional, les villes nouvelles se territorialisent dès la fin des années 1960. La lenteur de la transformation des missions d’études en établissements publics d’aménagement indique que les tensions au sein de l’exécutif ne sont pas apaisées à l’heure où sont lancés les premiers chantiers.


Le Vaudreuil (Val-de-Reuil) contre l’État ou l’itinéraire sociopolitique du localisme revisité
par Claire BROSSAUD

Les villes nouvelles des années 1960 ont donné une place déterminante au localisme. Parmi elles, le Vaudreuil ville nouvelle (Val-de-Reuil) représente sans doute le triomphe de cette grande utopie. Incarnée par le Droit à la ville de H. Lefebvre, cette façon de penser les rapports sociaux et la citoyenneté par la base fait toujours l’objet des politiques de la ville depuis trente ans. L’article montre comment les configurations relationnelles et les affiliations socioprofessionnelles des « bâtisseurs » du Vaudreuil dans différentes sphères (culturelles, techniques et politiques) ont structuré intellectuellement, historiquement et géographiquement cette pensée localiste. Il en résulte une remise en cause de cette conception manichéenne et statique de l’espace politique – le centre contre la périphérie – au profit d’une vision réticulaire, où les différents territoires mentaux de l’action publique autour du Vaudreuil constituent ses « lieux mémoire » symboliques. Aux connivences tant décriées entre « notables et administrations » des années 1960 succède un modèle de pouvoir plus diffus et décentralisé, représenté par des liaisons profitables aux mouvements gauchistes et au socialisme autogestionnaire.


Villes nouvelles et démocratie ou « le rendez-vous manqué »
par Michel MOTTEZ

En replaçant les villes nouvelles dans le droit commun, l’État s’est-il suffisamment assuré de leur capacité à s’autogérer ? L’auteur retrouve dans le Schéma directeur régional de 1965 ce qu’il considère comme les trois piliers sur lesquels les villes nouvelles se sont construites : les piliers économique, culturel et démocratique. Focalisant son analyse sur la ville nouvelle d’Évry, il constate que la construction économique, bien que fragile, a été correctement assurée, alors que la construction culturelle, malgré les nombreux matériaux rassemblés, n’est pas une réalité tangible aujourd’hui. Il explique l’absence de cette perception par la faiblesse d’une construction démocratique prisonnière d’institutions communales figées. Montrant les liens qui unissent démocratie et identité culturelle, il interroge sur ce qui peut être fait pour que ce « rendez-vous manqué » demeure possible. Pour lui, cela concerne la santé de la démocratie.


Brasília : l’urbanité dans une ville nouvelle
par Brasilmar FERREIRA NUNES
et Lourdes BANDEIRA

Cet article analyse l’évolution de la ville de Brasília, capitale administrative du Brésil depuis 1960, et planifiée selon le modèle dicté par la charte d’Athènes. Il étudie les transformations sociales qui se sont produites depuis l’inauguration de la ville et montre l’importance de l’hétérogénéité sociale de l’ensemble du district fédéral. Les impacts de ces transformations sociales sur l’espace urbain sont ensuite traités. Les auteurs concluent que l’intention déclarée des concepteurs du plan de la nouvelle capitale – « créer un nouvel homme, une nouvelle société à partir d’un dessin rationnel de la cité » – ne s’est pas concrétisée. La planification urbaine s’avère être un faible instrument de changement social. Brasília est l’exemple même d’une ville qui doit sa pérennité au soutien substantiel de l’État.


La contribution des villes nouvelles au polycentrisme francilien : l’exemple de la polarisation liée à l’emploi
par Sandrine BERROIR, Nadine CATTAN
et Thérèse SAINT-JULIEN

Cet article évalue la capacité de polarisation des villes nouvelles dans le système des interdépendances pour l’emploi qui donne à la région métropolitaine francilienne une certaine cohérence. La mobilisation de trois composantes complémentaires de la polarisation – la puissance et la nature de l’offre d’emploi, la dépendance/autonomie à l’égard du pôle principal (ici, de l’emploi parisien) et la portée de la polarisation – permet de donner une image du rôle que jouent aujourd’hui les villes nouvelles dans le fonctionnement du système polycentrique francilien. Ce rôle est comparé à celui d’une dizaine de pôles d’emploi témoins, afin d’évaluer la spécificité des trajectoires de ces villes.


Pratiques de mobilité et aménagement urbain :
les déplacements domicile-travail des actifs habitant à Marne-la-Vallée
par Nathalie BREVET

Cet article étudie la question des mobilités à Marne-la-Vallée en proposant d’observer la manière dont cette question est abordée au sein du Schéma directeur de 1965, en s’attachant tout particulièrement à l’organisation des mobilités liées au travail, et en effectuant une évaluation de ces objectifs sur la base des données fournies par le recensement général de la population de 1999. Les résultats montrent que, conformément aux orientations du Schéma directeur, Marne-la-Vallée ne fonctionne pas sur le mode autarcique. Les mobilités domicile-travail des actifs habitant cette ville nouvelle s’effectuent à l’échelle de Marne-la-Vallée, et encore plus de l’Est parisien. Ces mobilités ne se caractérisent pas par un usage exclusif de l’automobile : les actifs utilisent majoritairement les transports en commun en direction de Paris, et l’accès aux centres urbains de la ville nouvelle ne témoigne pas d’un usage intensif de l’automobile.


Ancrage et proximités familiales dans les villes nouvelles franciliennes : une approche comparative
par Christophe IMBERT

Les villes nouvelles franciliennes avaient pour projet de constituer de véritables bassins de vie au sein de la grande couronne. Trente-cinq ans après leur lancement, il apparaît que les Franciliens se sont ancrés dans les villes nouvelles d’une manière spécifique. Cette spécificité relève principalement de la centralité qui fonde ces espaces urbains et du caractère massif de leur peuplement. Si la venue en ville nouvelle a signifié avant tout l’accès à la propriété, les femmes ont pu y trouver un lieu de recours pour se loger au moment d’une séparation conjugale. Il est en outre significatif que les personnes venant vivre dans une ville nouvelle s’y sont plus souvent fixées que ne l’ont fait les autres habitants de la grande couronne, ce indépendamment de leur statut social ou de la nature de leur logement. Peut-être cet ancrage est-il dû à une plus grande proximité de leurs enfants, mise ici en évidence, après leur décohabitation ?


L’anthropologue et ses territoires. Qu’est-ce qu’un territoire aujourd’hui ?
par Michel MARIÉ

À la manière de l’autobiographe, l’auteur nous parle ici de ses territoires successifs comme ayant été à la fois ses lieux de vie et ses terrains de recherche. Il tente de déceler, dans le même mouvement de l’esprit, l’évolution de son regard et la manière dont celui-ci a été conditionné par l’évolution même de ces territoires. Dans une société marquée par une très grande mobilité, l’anthropologue « voyeur » et voyageur mimétise en quelque sorte l’expérience même des territoires et des habitants qu’il a fréquentés.


Patrimoine et conflits sociaux : l’exemple de la défense de la montagne minière de Potosi, Bolivie
par Pascale ABSI

Contrairement à ce que suggère le concept universalisant de Patrimoine de l’humanité, dans les faits, le patrimoine n’existe jamais que dans des appropriations et des configurations sociales et historiques particulières. Ces dernières sont elles-mêmes traversées par des clivages qui divisent les populations concernées, à l’heure de définir où commence et où finit l’injonction du patrimoine. En raison de son histoire coloniale, le site minier de Potosi a été déclaré Patrimoine de l’humanité en 1987. L’usage fait de ce titre, par une partie de la population pour s’opposer à sa mise en exploitation massive, et la relégation des enjeux économiques et politiques du débat sont ici l’occasion de s’interroger sur les tensions et les écueils qui surgissent de la confrontation entre la vocation universalisante et publique du patrimoine et les intérêts particuliers des acteurs sur le terrain.


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