Accueil
N°134 Accéder à tous les numéros d'E&S Le Comité... S'abonner à la revue Autres sites et revues spécialisés Envoyer un e-mail
> N°113-114 Sommaire > Résumés

Prix du n° :
28 € (184 F)


Suspens de sens
par François LAPLANTINE

La notion de métissage a rarement été pensée en architecture, mais le plus souvent combattue (par souci de pureté), tandis qu'elle a été confondue avec le syncrétisme et l'éclectisme. Cet article propose de construire, à travers la tension du rythme, un paradigme éloigné à la fois de la fusion de l'homogène et de la séparation de l'hétérogène. Après avoir interrogé les architectures baroques et " postmodernes ", il propose de distinguer deux modulations du métissage : une esthétique architecturale du plan et de la ligne et une esthétique architecturale du flux. Puis il examine des formes complexes de liaisons parataxiques réfractaires au modèle de l'harmonie classique.


Espaces de métissage


par Alexis NOUSS

Le lexique conceptuel du pluralisme culturel offre une gamme de notions rivales ultisées sans discernement et sans rigueur, en quasi-synonymie : multiculturel, interculturel, transculturel, hybridité, syncrétisme, métissage... Une telle confusion autorise de fâcheuses manipulations idéologiques qu'il importe de contrer en s'attachant à fournir des définitions précises.
Au terme de l'exercice, le métissage s'avère le paradigme le plus apte à saisir les réalités sociétales du mode contemporain. Processus permettant la muti-appartenance identitaire, culturelle ou esthétique, troisième voie entre fusion et différenciation, homogène et hétérogène, le métissage invite ainsi à distinguer une spatialité spécifique qui sera approchée en contrastant les notions d'hétérotopie et de tiers-espace.


Bali : pratiques héritées et modèles recomposés.
par Nathalie LANCRET

Si, depuis des temps anciens Bali est le lieu de circulation et de confrontation d'influences culturelles majeures, les échanges s'inscrivent désormais dans un contexte singulier marqué par l'intégration de l'île dans une Indonésie pluri-ethnique et pluri-confessionnelle, par son ouverture au tourisme de masse et par l'accélération des processus d'internationalisation qui en résultent.
Débute alors un mouvement de réflexion et de normalisation sur ce qu'est ou devrait être l'architecture domestique, qui a eu pour conséquence de composer ce que nous appellerons un nouveau capital architectural. Celui-ci codifie les échanges entre des modèles et des pratiques hérités (transmis oralement selon des traditions séculaires) et de nouvelles expressions architecturales et urbaines initiées et expérimentées ailleurs, en Occident notamment, construites en référence au regard supposé que le monde porte sur la société balinaise, appréhendée comme un bien de consommation touristique.


La fabrication d'une architecture vernaculaire contemporaine : le cas du quartier musulman de Xi'an.
par Jean-Paul LOUBES

Le quartier musulman de la Tour du Tambour connaît depuis dix ans une rapide transformation. Son identité s'exprimait jusque-là dans une architecture chinoise. Mais la fin des années 1980 a vu une mutation radicale de ses formes urbaines, que l'on pourrait résumer par une formule : " de la ville chinoise à la médina ".
L'ouverture récente de la Chine a eu un double effet : d'un côté, le quartier a tiré profit de l'arrivée des touristes ; de l'autre, les musulmans, voyageant désormais librement (reprise des pèlerinages à la Mecque, notamment), rapportent des images architecturales nouvelles (les vocabulaires arabo-islamiques). Il en a résulté un renforcement de l'identité musulmane avec un fort impact sur l'environnement urbain. Une architecture vernaculaire contemporaine s'est ainsi développée hors de tout cadre institutionnel. En rupture partielle avec la tradition constructive chinoise, l'invention combine le respect du parcellaire existant avec l'adoption d'un système de signes identitaires nouveaux.


Tribulations d'un modèle urbain dominé : le " compartiment vietnamien ".
par Christian PEDELAHORE de LODDIS

Le travail présenté ici tente de restituer et d'éclairer les processus de transformation d'un type architectural constitutif de l'urbanité vietnamienne, le " compartiment ". Modèle spatial de la vie domestique, cette matrice de la ville asiatique " vulgaire " a été dépréciée tant par les pouvoirs successifs que par les professionnels de l'aménagement urbain et les " savants ".
Par la complexité et la souplesse de son agencement, le " compartiment " est pourtant très représentatif de l'autonomie et de la continuité des dynamiques urbaines locales. La réévaluation de ce modèle dominé, méconnu et menacé pourrait ouvrir la voie à son actualisation, contribuant ainsi à contrecarrer les logiques délétères de la planification autoritaire, de la séparation et de la ségrégation.


Échanges d'art aux colonies : à propos de quelques architectures vietnamiennes chargées d'histoire.
par Arnauld LE BRUSQ

La colonisation a occasionné maintes situations d'échanges artistiques. L'article en exposera la problématique générale et tentera de dégager les processus à l'œuvre. Ensuite sera abordée et discutée (j'ajoute ce second terme) la question du " métissage " architectural à travers quatre exemples de bâtiments.
L'hôtel des Messageries maritimes à Saïgon et l'évêché de Hanoï sont deux bâtiments " pionniers " de situation de conquête qui mettent en œuvre des savoir-faire occidentaux et asiatiques. Les musées Blanchard de la Brosse à Saïgon et le musée Louis Finot à Hanoï constituent deux réalisations qui permettent de mettre en pratique la théorie d'une " architecture indochinoise ".
Enfin, à travers ces exemples sera posée la question du musée colonial comme lieu de formulation privilégié de l'échange d'art sur le plan de l'architecture, et de constitution patrimoniale sur le plan culturel.


L'architecture civile indo-portugaise : le croisement des modèles.
par Helder CARITA

La production architecturale indo-portugaise en Inde se présente comme un phénomène complexe et de longue durée, avec des niveaux très différents d'assimilation, d'influences réciproques et de métissages. Cet article s'intéressera à l'architecture domestique des familles brahmanes et chardos converties au catholicisme, très influencées par les modèles des maisons des familles portugaises établies à Goa dès le XVIe siècle.
La production architecturale de ces familles atteint une progressive suprématie face à celle des autres groupes sociaux privilégiés, surtout à partir du XVIIe siècle et tout au long du XIXe. Dans ce cadre d'évolution générale, l'architecture civile développe un processus d'interinfluences esthétiques et culturelles qui durera plus de quatre siècle, mais que nous n'observerons pas dans l'architecture religieuse ou militaire.


Le modèle de " maison à la portugaise " en Afrique de l'Ouest et au Brésil au XVIIe siècle.
par Peter MARK

Entre le XVIe et le XIXe siècle, les Luso-Africains de la Sénégambie les " Portuguais ", se définissaient en partie par le type de maison qu'ils habitaient. Ce style s'est rapidement épanoui, avec différentes variantes, tout autour de l'Océan Indien jusqu'au Brésil, en suivant le réseau commercial portugais-capverdien, jusqu'au Brésil. La maison à la portugaise fut transférée au Brésil par des immigrés portugais venant des îles du Cap Vert et par des esclaves africains venant de la Sénégambie.
Ces maisons construites en " banco " n'existent plus. Seules subsistent quelques cartes et gravures très générales. Les tableaux du peintre hollandais Frans Post qui vécut au Brésil lorsque la Hollande occupait la parie nord-est du pays montrent des bâtiments de style portugais, documentation iconographique qui donne une idée des formes spécifiques de ces maisons.


Cultures et architectures de l'entre-deux.
par Roselyne de VILLANOVA

Quel est cet entre-deux issu des croisements culturels, double négation des modèles stables, le ni-ni, le métis, le sans style ? Les interactions entre savant et populaire, minoritaire ou colonisé et dominant dans différents contextes, sont ici abordées dans la réciprocité de la circulation et dans les temps longs. L'espace-temps de l'entre-deux se réfère aux fabrications, créations, renouvellement des savoir-faire à l'œuvre en matière d'habitat dans l'acculturation, ainsi qu'aux formes et aux pratiques qui en résultent.
À partir de plusieurs enquêtes, l'analyse s'appuie sur des " passeurs " de culture contemporains tels que les immigrés ; elle s'appuie également sur des travaux sociologiques et historiques portant sur des époques privilégiées de mise en contact des cultures lors de l'expansion européenne, de l'essor du commerce maritime et de la conquête du Nouveau Monde.


Histoire identitaire et histoire locale dans la construction du Pays cathare.
par Marie-Carmen GARCIA

Cet article propose une analyse des relations de dépendance entre la production d'histoires et de territoires dans le cadre du programme de développement local Pays cathare. L'analyse se déroule en deux temps. Une première partie est consacrée à la genèse du processus de construction de la fiction historique qui est au principe de la légitimation du Pays cathare. Une deuxième partie montre comment les relations de dépendance entre histoire et territoire s'affaiblissent avec l'affirmation de l'identité cathare du département de l'Aude. Enfin, nous montrons comment la transformation des relations de dépendance entre le discours historique et le projet de développement ouvre la voie à la recherche historique professionnelle. En effet, la qualification d'un territoire administratif via la construction d'une histoire identitaire implique, dans le cas étudié, la légitimation d'une référence territoriale en partie discordante avec celle produite par l'histoire locale. Ainsi, nous interrogeons dans ce texte une modalité d'appropriation de l'histoire dans un projet politique de développement territorial et plus largement un processus de qualification d'un territoire de l'action publique.


Danse hip-hop et usages des espaces publics.
par Sylvia FAURE

Avec l'institutionnalisation de la danse hip-hop en France, depuis plus de quinze ans, les activités situées dans des espaces institutionnalisés (les salles de danse, les maisons de quartiers) ont très largement supplanté celles de la " rue ". En cela, les pratiques actuelles interrogent le sens et la forme de la danse hip-hop qui s'est longtemps associée à une culture populaire de rue. À partir de l'analyse comparative des usages sociaux et sexuels des espaces publics, ce texte vise à contribuer à la connaissance sociologique des modes d'apprentissage des danseurs et danseuses.


La dynamique complexe des migrations d'actifs vers l'espace " rural isolé ".
par Josette DEBROUX

Phénomène quantitativement marginal, les migrations d'actifs vers le " rural isolé " interrogent l'explication selon laquelle les flux migratoires seraient commandés par la " polarisation spatiale et par la hiérarchie des localisations ". L'analyse des propriétés sociales de ces migrants montre qu'en dépit d'une grande hétérogénéité sociale, ils ont en commun une même " marginalité originelle ". Menacés de déclassement social ou ayant connu une ascension contrariée, ces migrants vont trouver dans l'espace rural le moyen de maintenir leur singularité originelle sans " déchoir ". Eux-mêmes issus de familles mobiles, pouvant se référer à des univers différents, ils renouent, par la migration, avec une partie de ce qui les constitue.


L'accessibilité des piétons à l'espace public urbain : un accomplissement perceptif situé.
par Rachel THOMAS

Cet article met la notion d'accessibilité à l'espace public urbain, à l'épreuve des situations de cheminement ordinaires. La thématique du handicap des personnes, qui oriente aujourd'hui encore les débats, est donc dépassée. Il s'agit de montrer en quoi l'accès du piéton à la ville résulte d'un processus d'ancrage pratique et perceptif. La notion de configuration sensible structure le raisonnement : l'activité configurante du piéton consiste, dans le temps et la dynamique du parcours urbain, à saisir, associer puis s'approprier les ressources fournies à l'action par l'environnement sensible. À terme, cet acte de configuration procède d'une mise en forme de l'environnement. Il permet au piéton de déchiffrer l'espace, de s'orienter, d'ajuster sa marche et sa conduite en fonction de la présence (ou pas) d'autrui.
 

Editions érès
http://www.espacesetsocietes.msh-paris.fr - Tous droits réservés Espaces & Sociétés
E&S respecte la loi informatique et libertés de 1978