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Prix du n° :
21,35 € (140 F)


Un sociologue à Paris.
par Thierry PAQUOT

L'anthropologie sociale urbaine trouve avec l'étude sur Paris et l'agglomération parisienne (1952) dirigée par Paul-Henry Chombart de Lauwe (1913-1998) sa première grande production. Cette recherche inégalée fait dorénavant référence, tant pour l'instantané parisien qu'elle propose que pour les outils méthodologiques qu'elle expérimente (photographies aériennes, monographies de quartiers, cartographies dynamiques, entretiens libres, recherche-action, bibliographie commentée, etc.). Cette enquête convoque l'essentiel des travaux existants, quelle que soit leur discipline, en France et à l'étranger, contemporains et historiques et se veut une compréhension active des modes de vie des citadins. Paul-Henri Combart de Lauwe œuvre pour une sociologie appliquée, d'autres diront "engagée"...


Paul-Henry Chombart de Lauwe : la sociologie urbaine française entre morphologies et structures.


par Jean-Pierre FREY

Alors que, dans la sociologie urbaine française naissante, Henri Lefebvre penchait nettement pour une approche holiste de l'espace urbain comme terrain privilégié de la lutte des classes, Paul-Henry Chombart de Lauwe, en s'attachant lui aussi à analyser des processus ancrés dans la vie quotidienne des habitants, devait mettre l'accent sur le cadre architectural et urbanistique de la vie des familles ouvrières. Son souci de rendre compte des besoins et aspirations des populations auprès des autorités et techniciens l'amenèrent au plus près des réalités de terrain, de la demande spécifiée des groupes sociaux et des configurations matérielles de l'espace.
En prenant les concepts de morphologie sociale et de morphologie urbaine comme fil conducteur de la relecture des œuvres de Chombart et de son équipe, Jean-Pierre Frey relève la pertinence et les audaces, mais aussi toute l'ambiguïté et les prudences d'une démarche de recherche prioritairement adressée aux décideurs de l'aménagement. Il souligne en particulier les concessions faites à une idéologie technocratique qui a pesé sur la construction des objets de la sociologie urbaine à propos de questions toujours d'actualité comme la ségrégation ou la spécification des groupes sociaux dans et par l'espace.


L'Ecole de Chicago une aventure scientifique à redécouvrir.
par Armel HUET

Paul-Henry Chombart de Lauwe, pionnier de la sociologie de la ville, s'est vu parfois attribuer une certaine " filiation " intellectuelle avec l'École de Chicago. Ce numéro d'Espaces et Sociétés est alors l'occasion de reparler de celle-ci. En France, l'École de Chicago a connu un succès ambigu, tardif, en même temps que son apport est souvent mal compris. Elle suscite encore de grandes divergences d'appréciation de ses modes d'approche et plus encore des orientations théoriques qu'elle a esquissées, ou de la vision qu'elle a forgée de la ville comme système naturel et culturel. Il est vrai que la variété de ses travaux, étalés sur une longue période, rend souvent difficile la perception d'une cohérence de ses problématiques théoriques. L'article reprend la périodisation en trois époques proposées par Kurtz, et y ajoute une quatrième, après 1945, pour montrer comment l'héritage de l'École de Chicago se manifeste aujourd'hui encore dans l'affirmation du courant interactionniste.


Paul-Henry Chombart de Lauwe, un sociologue à la télévision 1957-1960.
par Marie-Françoise LEVY

Alors que la télévision s'implante en France dans les années cinquante, Jean d'Arcy, directeur des programmes, a pour ambition d'associer cette nouvelle technique de transmission d'images au rassemblement des Français : à la refondation de l'unité nationale. C'est dans ce contexte que Paul-Henry Chombart de Lauwe participe à la conception et à la réalisation d'une des premières séries documentaires que la télévision diffuse entre 1957 et 1960. Cette expérience inédite porte les empreintes des travaux du chercheur et de son équipe. La démarche, les thèmes et les principes développés dans les ouvrages du sociologue trouvent ici leur application dans une transposition filmique réfléchie. L'observation d'une "unité de vie sociale" et de groupes sociaux distincts constitue le fil rouge de ce "Tour de la France " des années cinquante auquel contribue Chombart de Lauwe - tant par l'apport scientifique de ses écrits que par ses formes d'engagement.


La sociologie urbaine de Paul-Henry Chombart de Lauwe : une pensée en action dans le Sud.
par Yves PEDRAZZINI

Paul-Henry Chombart de Lauwe est connu en France et ailleurs en Europe pour avoir été un pionnier de l'anthropologie appliquée dans les années 30, puis, après-guerre, pour avoir participé à " l'invention " de la sociologie urbaine. Mais un autre aspect de ses travaux est valorisé dans les pays du Sud, notamment en Amérique Latine : c'est là qu'il a su inaugurer un champ d'études avec des chercheurs de terrain particulièrement engagés dans la transformation culturelle de leur société ; c'est également dans le Sud qu'il a énoncé les principes de la "recherche-action", dont l'élément central est la participation des habitants aux projets, qu'ils soient riches ou pauvres. C'est ainsi que l'on peut dire qu'il n'est pas étranger à l'actuelle reconnaissance de la culture des quartiers, cités, barrios ou favelas.


Pour une eth(n)ologie spatiale de l'espace.
par Philippe BONNIN

Cet article se propose de revenir sur l'histoire des idées qui nous permettent de penser l'habitat, la maison, la ville, et d'une manière générale le rapport entre une société et son espace, durant la seconde moitié du XXème siècle, en insistant sur le contexte dans lequel s'est développé le mouvement des idées - pour que cette histoire ne soit pas réduite à quelques slogans, pour que ne soit pas omise l'existence des écoles de pensée alternatives, celles qui proposaient une pensée plus complexe, plus nuancée. À travers Paul-Henry Chombart de Lauwe, il souligne la richesse, pour l'appréhension de l'espace, du primat de l'observation directe, du terrain ; de l'étude de la relation entre les formes matérielles de la vie sociale et ses formes symboliques, représentations et aspirations, et en premier lieu l'habitat ; il termine en posant à nouveau la question de la possibilité d'une eth(n)ologie de l'espace.


Action sociale localisée et contrainte économique. Enquête dans les centres sociaux associatifs de la Communauté urbaine de Lille.
par Maryse BRESSON

Cet article montre comment la contrainte économique contribue à façonner les transformations de l'action sociale mises en évidence dans la littérature sociologique. Une étude dans les centres sociaux de la Communauté urbaine de Lille montre comment la généralisation des financements sur projets et l'obligation pour les acteurs sociaux de multiplier les partenaires financiers favorisent l'adoption de certains procédés de l'entreprise compétitive, appliqués à la gestion du personnel. Cette évolution, liée la diffusion des dispositifs localisés d'action sociale, au détriment des dispositifs destinés à des "publics cibles", est présentée comme une chance par la Fédération des centres sociaux du Nord mais elle vient heurter les aspirations des militants du social.



Points de repère et construction territoriale : quelles méthodes d'analyse pour comprendre les relations ville-montagne à Grenoble et Chambéry ?
par André-Frédéric HOYAUX

L'étude présentée ici a pour but de montrer en quoi les points de repère, que les individus disent utiliser pour pratiquer l'espace de leur vie quotidienne, expriment une construction signifiante de l'espace, tant au niveau de l'appropriation par l'individu de celui-ci que de l'appartenance de ce dernier à un groupe social correspondant. Les points de repère, considérés comme des éléments visuels précis de l'espace, semblent alors faire office de bornage de l'étendue indéfinie, et formaliser ainsi, pour chaque individu, un territoire structurant conjointement des délimitations fonctionnelles et symboliques tant au niveau spatial que social. En ce sens, les points de repère deviennent des fragments matériels de ce territoire et parfois l'expression de sa globalité. Cependant, au-delà des conditions sociales et naturelles qui interviennent sur cette construction territoriale, il semble nécessaire d'en éclaircir une part irrépressible et non contingente qui semble relever de l'individu lui-même et du sens qu'il se donne à être dans le monde.

 

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